Hosp. 162. —2. Ep. ad Ital. inl. Calo. ep., p. -H
HISTOIRE DES VAUIATIUNS.
Depuis qu'il oui coiiiuiencé ;i traiter l'accord, il n'aimait point à dire avec Z\Yingle, que l'Euchavistie était le corps, comme la pierre était Christ, et comme l'agneau était la Pù(iue ; il disait plutôt qu'elle l'était comme la colombe est appelée le Saint- Esprit : ce qui montre une présence réelle; puisque personne ne doute que le Saint-Esprit ne fût présent, et encore d'une façon particulière sous la l'orme d'une colombe.
11 apportait aussi l'exemple de Jésus-Christ soufflant sur les apôtres, en leur donnant en même temps le Saint-Esprit* : ce qui démontrait encore que le corps de Jésus-Christ n'est pas moins communiqué ni moins présent que le Saint-Esprit le fut aux apôtres.
Avec tout cela il ne laissa pas d'approuver la doctrine de Calvin-, toute pleine des idées des sacramentaires, et ne craignit ])oinl de souscrire à une Confession de foi, où le même Calvin disait que la manière dont on recevait le corps et le sang de Jésus-Christ dans la Cène consistait en ce que le Saint-Esprit y unissait ce qui était séparé de lieu. C'était, ce semble, clairement marquer que Jésus- Christ était absent. Mais Bucer expliquait tout, et il avait sur toute sorte de dilTicultés des dénouements merveilleux. Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que les disciples de Bucer, et, comme nous l'avons dit, les villes entières qui s'étaient tant éloignées sous sa conduite de la présence réelle, rentraient insensiblement dans cette croyance. Les paroles de Jésus-Christ furent tant considérées et tant répétées, qu'enfin elles firent leur efiet; et on revenait naturellement au sens littéral.
XXXI. Mélanchton commence à clouter de la doctrine de Luther. Sa faible théologie. — Pendant que Bucer et ses disciples, ennemis si déclarés de la doctrine de Luther sur la présence réelle, s'en rapprochaient; Mélanchton, le cher disciple du même Luther, l'auteur de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie où il avait soutenu la réalité, jusqu'à paraître incliner vers la transsubstantiation, commençait à se laisser ébranler.
Ce fut en 1535 ou environ que ce doute lui vint dans l'esprit*; car auparavant on a pu voir jusqu'à quel point il était ferme. Il avait même composé un livre du sentiment des saints Pères sur la Cène, où il avait recueilli beaucoup de passages très-exprès pour la présence réelle. Comme la critique en ce temps n'était pas encore fort fine, il s'aperçut dans la suite qu'il y en avait quelques-uns de supposés^ et que les copistes ignorants ou peu soigneux avaient attribué aux anciens des ouvrages dont ils n'étaient pas les auteurs. Cela le troubla, encore qu'il eût produit un assez bon nombre de passages incontestables. Mais ce qui l'embarrassa davantage, c'est de trouver dans les anciens beaucoup d'endroits où ils appelaient l'Eucharistie une ligure ■\ Il ramassait les passages; et il élait étonné, disait-il, d'y voir une grande diversité : faible théologien , qui ne songeait pas que l'état de la foi ni de cette vie ne permettait pas que nous jouissions de Jésus-Christ à découvert; de sorte qu'il se donnait sous une forme étrangère, joignant nécessairement la vérité
1. Epist. ad liai. int. ep. Calv., p. 44. — 2. Inl. ep. Calv., p. 398. — 3. Hosp. an. 1535, 137 ei sej. — 4. Lib. m, epist. 114. ad Joan. JJrcnt. — 5. Idem.
avec la figure, et la présence réelle avec un signe extérieur qui nous la couvrait. C'est de là que vient dans les Pères cette diversité apparente qui étonnait Mélanchton. La même chose lui eût paru , s'il y eût pris garde de près, sur le mystère de l'Incarnation, et sur la divinité du Fils de Dieu , avant que les disputes des hérétiques eussent obligé les Pères à en parler plus précisément. Et en général toutes les fois qu'il faut accorder ensenibde deux vérités qui semblent contraires, comme dans le mystère de la Trinité et dans celui de l'Incarnation être égal et être au-dessous , et dans le sacrement de l'Eucharistie être présent et être en figure; il se fait naturellement une espèce de langage qui parait confus, à moins qu'on n'ait, pour ainsi parler, la clef de l'Eglise, et l'entière compréhension de tout le mystère : outre les autres raisons qui obligeaient les saints Pères à envelopper les mystères en certains endroits, donnant en d'autres des moyens certains de les entendre. Mélanchton n'en savait pas tant. Ebloui du nom de Réforme et de l'extérieur alors assez spécieux de Luther, il s'était d'abord jeté dans son parti. Jeune encore, et grand humaniste; mais seulement humaniste , nouvellement appelé par l'électeur Frédéric pour enseigner la langue grecque dans l'Université deWittemberg, il n'avait guère pu apprendre d'antiquité ecclésiastique avec son maître Luther; et il était tourmenté d'une étrange sorte des contrariétés qu'il croyait voir dans les saints Pères.
XXXII. Dispute du temps de Ratramne , où Mélanchton se confond. — Pour achever de l'embarrasser, il fallut encore qu'il allât tomber sur le livre de Bertram ou de Ratramne, qui commençait alors à paraître' : ouvrage ambigu, où l'auteur constamment ne s'entendait pas toujours lui-même. Les zwingliens en font leur fort. Les luthériens le citent pour eux , et trouvent seulement à dire qu'il ait jeté des semences de transsubstantiation^. Il y a en elTet de quoi contenter, ou plutôt de quoi embarrasser les uns et les autres. Jésus-Christ dans l'Eucharistie est si fort un corps humain par sa substance, et il est si dissemblable à un corps humain dans ses qualités, qu'on peut dire que c'en est un, et que ce n'en est pas un à divers égards : qu'en un sens , et en n'y regardant que la substance , c'est le même corps de Jésus né de Marie ; mais que dans un autre sens, et en n'y regardant que les manières, c'en est un autre qu'il s'est fait lui-même par sa parole, qu'il cache sous des onilires et sous des figures, dont la vérité ne vient pas jusqu'aux sens, mais se découvre seulement à la foi.
C'est ce qui fit au temps de Ratramne une disliute parmi les fidèles. Les uns ayant égard à la substance, disaient que le corps de Jésus-Christ était le même dans les entrailles de la sainte \'ierge et dans l'Eucharistie : les autres ayant égard aux qualités , ou plutôt à la manière d'être , voulaient (|ue c'en fût un autre. Ainsi voit-on que saint Paul, parlant du corps ressuscité, en fait comme un autre corps fort dilVérenl de celui iiue nous avons en cette vie mortelle', quoiqu'au fond ce soit le même : mais à cause des qualités dilTcrenles dont ce corps est