‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 22 sur 545 · Mém., p. 2. Histoire du Conc. d'Ephcs., p · texte numérisé non relu

Mém., p. 2. Histoire du Conc. d'Ephcs., p

IIKMAHQUES SUU J/IIISTOIRE

i|u'iin Dieu puisse naitrc cl mourir, il ne reste ;iulre chose, ;i croire, sinon que Jùsus-Christ n'est pas Dieu; ce qu'on ne peut entendre avec trop d'horreur.

C'était l;\en eiïet le fond de l'erreur de Ncstorius. Quelque dissimulé qu'il fût, il ne fallait pas le presser beaucoup pour lui faire dire, non par conséquence, mais ouvertement, que Jésus-Christ n'était pas Dieu. Tout le monde sait ce blasphème dont il fut convaincu dans le concile d'Ephése : « Je ne r> dirai pas que cet enfant de deux ou trois mois » (en parlant de Jésus-Christ) soit Dieu. » Dans son premier analhématisme, il condamne ouvertement ceux qui disent que Jésus-Christ soit vrai Dieu'. On trouve dans ses cahiers rapportés dans le concile d'Ephèsc , « que Jésus-Christ était Dieu comme Mo'ise était appelé le dieu de Pharaon^. » M. Dupin remarque lui-même, que dès le commencement, saint Cyrille lui reprocha que « quelques- »uns, (et ces quelques-uns étaient Nestorius » lui-môme et ses partisans) ne voulaient plus souf- » frir qu'on appelât Jésus-Christ Dieu, et ne l'ap- » pelaient pas autrement que l'instrument de la » divinité'. » Ce n'était donc pàs imagination croire qu'il rejetât cette vérité.

Au reste, il ne faut pas se persuader que l'horreur du peuple fût attachée aux idées précises de Paul de Samosate. En quelque sorte qu'il entendit dire que Jésus-Christ n'était pas Dieu, c'était assez pour exciter son indignation. M. Dupin a cru éluder cette objection en remarquant trois manières de le dire'' : celle de Paul de Samosate, celle d'Arius, celle de Nestorius. Cette distinction lui est inutile, puisque le peuple catholique les détestait toutes, comme également inouïes. Il a détesté Paul de Samosate, qui a nié que Jésus-Christ fut Dieu en le faisant un pur homme : il a détesté Arius quia nié qu'il fût Dieu, parce que le Verbe qui ne faisait qu'une même personne avec lui, ne l'était pas : il ne détestait pas moins Nestorius, qui le niait d'une autre manière, en niant l'union hyposlalique. En un mot, de quelque sorte qu'on le nie, on rejette également le fondement de la foi; et on ne peut s'excuser d'être en effet dans l'erreur de Paul de Samosate, puisque bien que d'une autre manière, on convient toujours avec lui que Jésus-Christ n'est pas Dieu , et que celui que nous adorons est une pure créature.

SECONDE REMARQUE

Seconde erreur : Que la maniirc dont ?iesloriiis niait la divinité de Jésus-Chrisl pouvait être dissimulée.

On ne doit pas se persuader, comme l'insinue notre auteur, que ce fussent là des subtilités où le peuple n'entrait pas, et oii il eut été l)on de ne le pas faire entrer. « La chose étant mieux exami- » née, on connut bientôt, dit-il, que l'erreur de Nes- » torius était plus subtile (que celle de Paul de Sa- » mosate). Saint Cyrille le reconnut lui-même, et il » avoua qu'il eut été mieux de ne point remuer cette » question. » Je ne com[H'ends pas ce qu'il veut dire : Saint Cyrille le reconnut lui-même. C'est

1. Conc. Eph., I.part. ii.ix. —2. Qtint. xxvii, Conc. Ephes., Ad. I, col. 581. — 3. Epist. ad iWst., pari. 1, c. vi , col. 313. — 4. Hép. au Mém., p. 6.

donc à dire (pie saint Cyrille était un de ceux qui s'étaient ti'ompés sur le senlimciU de Nestorius. Personne ne le dira; puis(|u'il est constant que dès la première lettre qu'il écrivit sur celte matière, qui l'ut celle aux solitaires d'Egypte , il pénétra si bien les sentiments de cet hérésiarcjue, qu'on ne voit pas que depuis, il y ait rien découvert de nouveau. Mais voici où notre auteur en veut venir : « C'est, dit-il, » que saint Cyrille avoua lui-même qu'il eût été » mieux de ne pas remuer celte question. » Que veutil dire? est-ce que saint Cyrille reconnut et avoua qu'il eût été mieux que Nestorius n'en eût jamais parlé? qui en doute? Ce n'est pas là de quoi il s'agit : ce n'est pas ce qu'il fallait dire; saint Cyrille reconnut et acoua lui-même, puisqu'il ne pouvait jamais en avoir douté. C'est donc qu'il eut mieux valu laisser Nestorius en repos , et ne pas faire tant de bruit d'une si subtile erreur, comme si elle n'eut pas regardé d'assez près le fondement de la foi. V'oilà ce qu'on insinue et ce qu'on ose attribuer à saint Cyrille.

TROISIÈME REMARQUE

Cette erreur mal imputée à saint Cyrille. Passage de ce Pire.

Mais où est-ce encore que saint Cyrille fit cette reconnaissance et cet aveu? L'auteur nous l'apprend ailleurs par ces mots ' : « Les moines d'E- » gypte furent les premiers à remuer ces questions » subtiles et à les agiter entre eux : s'en étant trouvé » plusieurs qui soutinrent le parti de Nestorius, » saint Cyrille d'Alexandrie, qui était d'avis con- » traire, écrivit une grande lettre à ces moines, » dans laquelle, après les avoir avertis qu'il eût » beaucoup mieux valu ne point remuer ces sortes » de questions abstraites, qui ne peuvent être d'au- » cune utilité, il se déclare contre le sentiment de » Nestorius, en approuvant , par plusieurs raisons, » qu'on doit appeler la Vierge Marie, Mère de » Dieu. » Voilà toujours les idées de M. Dupin : ces matières étaient abstraites , c'est-à-dire , plutôt raiïînées et curieuses que solides et nécessaires, et on n'en pouvait tirer aucune utilité. Nestorius était d'un avis, saint Cyrille était d'avis contraire : au fond il eût mieux valu ensevelir cela dans l'oubli, sans se mettre en peine si la sainte Vierge était proprement mère de Dieu , ou non. Selon ces belles idées, le lecteur est induit à croire que toute la peine qu'on se donna pour terminer ces questions était inutile; mais il jugerait toute autre chose, si on lui rapportait sincèrement les sentiments de saint Cyrille, dans celte lettre aux solitaires : « J'ap- » prends , dit-il^, qu'il y a des gens qui s'insinuent » parmi vous avec des paroles enllées, dont ils abu- » sent le peuple, et qui osent révoquer en doute si » la sainte Vierge doit être appelée Mère de Dieu.» Il ajoute qu'il est étonné qu'on puisse émouvoir inie telle question, ou douter d'une vérilé dont la tradition est si constante dans l'Eglise. Il dit même qu'il aurait mieux valu que ces disinites ne fussent jamais venues dans leurs solitudes. Ce n'est pas à eux à se jeter dans des considérations si subtiles, el la simplicité de la foi leur était meilleure. On voit donc que ce qu'il reprend, c'est qu'on traite

1. Pag. 688. — 2. Episl. Cyr. ad Monac. Conc. Eph., I. part, cap. II, n. i ; cot. 23.

DES CONCILES D'ÉPHÈSE ET DE CHALCÉDOINE

cette vérité pour en douter, pour en faire une matière de dispute parmi les solitaires; mais qu'au reste il en fait voir l'impûrtance, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de renverser le concile de Nicée , le fondement de la piété, et celui du culte des chrétiens.

QUATRIÈME REMARQUE

Troisiime erreur : Que la manière dont Xcslorius niait que JHus-Christ fût Dieu, était tine dispute de mots.

Notre historien poursuit' : « Saint Cyrille avoua 1) lui-même qu'il eût mieux valu ne pas remuer » cette question. Mais parce que Kestorius conti- » nuait toujours à scandaliser les peuples, etàpar- » 1er d'une manière contraire à celle de l'Eglise , » sans vouloir changer, on fut obligé de le con- » damner. » L'auteur du Mémoire dit en ce lieu^ : » Vous diriez, à entendre parler M. Dupin, qu'il » ne s'agissait que de quelques expressions reçues » dans l'Eglise, auxquelles Nestorius avait peine à B s'accommoder, et que tous les Pères , que tous 1) les théologiens catholiques avaient donné dans )i l'illusion, lorsqu'ils ont jugé d'un commun accord » qu'il ne s'agissait de rien moins que de la divinité I) de Jésus-Christ. »

M. Dupin pourra répondre qu'il a fait voir en d'autres endroits, que la dispute avec Nestorius était effective, et non pas une dispute de mots, et j'en conviens; mais cela ne l'excuse pas : premièrement, parce qu'il ne sufTit pas de dire bien en un endroit, et qu'il faut dire bien partout , et ne se laisser jamais imprimer des arguments ou des dogmes des hérétiques : secondement , parce qu'il demeure toujours que, selon lui, la question, si Jésus-Christ est Dieu , de la manière dont Nestorius la traitait, est une dispute de mots.

Voilà les deux particularités très-agréables aux sociniens, qui paraissent dans le passage que lui reproche l'auteur du ilémoire; mais en voici qui leur plairont encore davantage.

CINQUIÈME REM-^RQUE.

La qualité de Mebe de Dieu trop faiblement soutenue par M. Dupin.

Le même auteur du Mémoire lui objecte encore qu'il favorise le dogme de Nestorius; et je n'aurais point à parler de cette matière, si les réponses de M. Dupin ne m'y obligeaient.

L'accusation se réduisait à deux chefs^ : le premier, que M. Dupin avait parlé faiblement et indignement de ce terme. Mère de Dieu; le second, qu'il avait mis ces expressions des Egyptiens, le Verbe est ne' , Dieu est ne', il a souffert, il est mort, au rang de celles que la postérité n'a pas suivies. Sur cette double accusation, M. Dupin ne fait qu'éluder.

Pour le premier chef, qui regarde le terme de Mère de Dieu, ce qu'on lui objecte , c'est qu'au lieu de dire que cette proposition, Marie est Mère de Dieu, est véritable, naturelle, propre, et ne peut être niée ni révoquée en doute , sans renverser le mystère, notre théologien est content, pourvu qu'on assure qu'on peut dire que Marie est Mère de Dieu"" :

1. Poq.TS. —2. Jléin., II'-Rem., p. 2. — 3. Mém., p. 1. — 4. P. 777.

que ce sont là de ces expressions innocentes que l'usage a introduites dans l'Eglise, et qui sont vraies en un sens'; comme s'il n'était pas vrai en toute rigueur et dans la propriété du discours, que la sainte Vierge est Mère de Dieu.

Or c'est de quoi iL Dupin ne peut se défendre. Toute l'excuse qu'il apporte à ce qu'il a dit, que cette expression, Mère de Dieu, est de celles qui sont vraies en un sens, c'est que ce n'est pas lui qui parle en cet endroit, mais Jean d'Antioche et les Orientaux , qu'il fait parler conformément à ce qu'ils écrivent à Nestorius. Il avoue donc que si c'était lui qui parlât ainsi , il serait digne d'être repris; mais il ne songe pas que si ce n'est pas lui qui parle, c'est lui-même qui fait parler les Orientaux de cette sorte , pour montrer qu'on ne les pouvait pas soupçonner d'erreur. Je ne lui impute donc pas de les avoir fait parler comme il prétend qu'ils parlaient, mais de s'être contenté de leurs discours et de cette pernicieuse interprétation du terme de Mère de Dieu, par laquelle on l'atTaiblit en disant, que cette expression est vraie en xm sens. C'est de même que si l'on disait qu'on est orthodoxe, en disant que cette expression ; Jésus-Christ est Dieu ; ou celle-ci : Ce qu'on reçoit dans l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ ; ou celle-ci : l'Eucharistie est un sacrifice, sont vraies en un sens. Or toutes ces expressions, loin d'être orthodoxes, sont un manifeste affaiblissement, ou plutôt un déguisement de la foi ; puisqu'elles tendent à dire que ces propositions ne sont pas absolument véritables ni en elles-mêmes, ni dans leur sens naturel; et au contraire, qu'elles ne le sont qu'avec restriction ; ce qui est une erreur manifeste.

Il ne sert donc de rien à notre auteur de nous apporter de longs passages, où il reçoit l'union hypostatique et le terme de Mère de Dieu. Dès qu'il affaiblit cette expression d'une manière si pitoyable en d'autres endroits, et qu'il reconnaît pour orthodoxes ceux qui en corrompent le vrai sens , il est coupable. Qu'il soit catholique dans le fond (pour moi je ne veux pas dire qu'il soit Nestorien), mais il ne doit donc pas approuver des expressions qui , dans leur sens naturel, induisent l'erreur; et quand on les lui objecte, il faudrait avouer sa faute et s'humilier, au lieu d'insulter encore, et de triompher de son inconsidération dans des matières de cette conséquence.

SIXIÈME REMARQUE

Suite de la mime matière, et M. Dupin toujours coupable, malgré ses vaines excuses.

J'en dis autant de cette expression : « On peut » dire que Marie est mère de Dieu. » L'auteur, pour la soutenir, répond que Nestorius « ayant enseigné » qu'on ne peut pas dire que Marie soit mère de » Dieu, ce qu'on avait à prouver contre lui, était » qu'on le pouvait dire-. » Il a oublié que Nestorius avait écrit au pape Céleslin, que cette e.rpression, Mère de Dieu, se pouvait souffrir^, et par conséquent qu'on pouvait dire qu'elle était vraie en un sens; mais il a encore plus oublié les règles du bon raisonnement. Selon ces règles, cette proposi-

1. /'. 133, 7S1. — a. Rép., p. 4, 5. — 3. Conc. Eph., I. part., cctp. XVI, col. 352.

REMARQUES SUR L'HISTOIRE

lion : On ne peut pas dire que Marie soit mère de Dieu, délruil plus que ne pose celle-ci : On peut dire que Marie est mère de Dieu. Car ce qu'exclut lu première est universel, et ce que pose la seconde ne l'est pas. Pour viirilier la première, il faut qu'on ne puisse dire en aucun sens : Marie est mère de Dieu : pour vérilier la seconde, il sutlit qu'on le puisse dire en un certain sens, quoique ce ne soit pas le sens propre. Ainsi celle proposition des sociniens : On peut dire que Jésus-Christ est Dieu, et celle-ci des Calvinistes : Oti peut dire que l'Encharvilie est le corps de Ji'siis-Christ, sont propositions captieuses, qui allaiblissent la vérité et conduisent à l'erreur. Il en est de même de celle-ci : On peut dire que la sainte Vienje est mère de Dieu; et pour confondre ceux qui soutiendraient qu'on ne le peut dire, ce qu'on a à leur opposer, c'est non-seulement qu'un le peut dire, mais encore qu'on le doit, pour parler plus correctement , que la proposition est véritable dans la propriété du discours.

M. Dupin, qui fait tant l'habile, est si peu instruit de ces régularités du langage ihéologique, qu'encore à présent dans sa liéponse il use de circuit sur ce terme de Mère de Dieu,', et croit avoir satisfait à tout, en disant « qu'il est consacré par l'usage de » l'Eglise, qu'il faut s'en servir, et que ceux cjTii ne » voudraient pas s'en servir devraient être considé- » rés comme hérétiques. » Avec tout ce long discours, il reste encore cette échappatoire, qu'il s'en faut servir par respect, et qu'en refusant de le faire, on ne sera pas pour cela hérétique formel, mais seulement présumé et considéré comme tel. Que ne dit-il nettement et à pleine bouche, que ce terme est propre, naturel, vrai à la lettre et dans la rigueur du discours, et que c'est pour cette raison qu'il a passé naturellement dans le langage de l'Eglise ? Craint-il de condamner trop formellement Nestorius et ses défenseurs?

SEPTIÈME REMARQUE

Proposition de foi que M. Dupin taxe d'excès.

Le second chef d'accusation est d'avoir mis ces propositions : Le Verbe est mort, Dieu est mort , et les autres de cette nature , au rang des excès que la postérité n'a pas suivis-. Voici ce qu'il répond'' ; « On ne trouvera pas que M. Dupin condamne ab- » solumenl ces expressions : Le Verbe est né , il » EST MORT, etc. Il remarque seulement qu'elles ont " été rejetées de quelques catholiques, aussi bien » que celte expression qui est semblable : Un de la )' Trlvité est mort. » Jamais il ne parlera correctement. .1/. Dupin ne condamne pas absolument ces expressions : c'est de même que s'il disait, je ne condamne pas absolument cette proposition : Jésus- Christ est Dieu , ou celle-ci : Ce qu'on reçoit dans l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ : ce qui veut dire qu'on les condamne à la vérité , mais non pas absolument, et qu'elles peuvent se soutenir en quelque façon. C'est encore une autre erreur à M. Dupin de dire que quelques catholiques ont rejeté ces propositions : Un Dieu est mort , etc. ; car ces prétendus catholiques ne sont que les partisans de Nestorius, qui n'auraient jamais été reçus dans l'Eglise s'ils avaient persisté à les rejeter."

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