‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 223 sur 545 · REFLEXIONS SUR LETAT DE LA REFORME · texte numérisé non relu

REFLEXIONS SUR LETAT DE LA REFORME

jjDUvoir, et rendre le jugement impossible? Mélanchton avait trop de sens pour ne pas voir que c'était une illusion. Que fera-t-il? Apprenons-le de lui-même. En 1537, quand les luthériens furent assemblés à Smalcalde, pourvoir ce que l'on ferait sur le concile que Paul III avait convoqué à Manloue, on disait qu'il ne fallait point donner au Pape l'autorité de former l'assemblée où on lui devait faire son procès, ni reconnaître le concile qu'il assemblerait. Mais Mélanchton ne put pas être de cet avis : « Mon avis fut , dit-il ', de ne refuser pas » absolument le concile; parce qu'encore que le » Pape n'y puisse pas être juge, toutefois il a le » DROIT DE LE coxvoQi'ER, ct il faut quc le concile » ordonne qu'on procède au jugement. » Voilà donc d'abord de son avis le concile reconnu; et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que tout le monde demeurait d'accord qu'il avait raison dans le fond. « De plus fins que moi, poursuit-il, disaient que » mes raisons étaient subtiles et véritables, mais » inutiles; que la tyrannie du Pape était telle que » si une fois nous consentions à nous trouver au » concile, on entendrait que par là nous accorde- » rions au Pape le pouvoir de juger. J'ai bien vu r> qu'il y avait quelque inconvénient dans mon opi- » nion : mais enfin elle était la plus honnête. L'au- » tre l'emporta après de grandes disputes; et je » crois qu'il y a ici quelque fatalité. »

XXVI. Quand on a renversé certains principes, tout ce qu'on fait est insoutenable et contradictoire. — C'est ce qu'on dit lorsqu'on ne sait plus où l'on en est. Mélanchton cherche une fin au schisme; et faute d'avoir compris la vérité tout entière, ce qu'il dit ne se soutient pas. D'un côté il sentait le bien que fait à l'Eglise une autorité reconnue : il voit même qu'il y fallait, parmi tant de dissensions qu'on y voyait naître, une autorité principale pour y maintenir l'unité , et il ne pouvait reconnaître cette autorité que dans le Pape. D'autre côté, il ne voulait pas qu'il fut juge dans le procès que lui faisaient les luthériens. Ainsi il lui accorde l'autorité de convoquer l'assemblée, et après il veut qu'il en soit exclu; bizarre opinion, je le confesse. Mais qu'on ne croie pas pour cela que Mélanchton fût un homme peu entendu dans ces alTaires : il n'avait pas cette réputation dans son parti , dont il faisait tout l'honneur, je le puis dire : et personne n'y avait plus de sens, ni plus d'érudition. S'il propose des choses contradictoires, c'est que l'état delà nouvelle Réforme ne permettait rien de droit ni de suivi. Il avait raison de dire qu'il appartenait au Pape de convoquer le concile : car quel autre le convoquerait, surtout dans l'état présent de la chrétienté? Y avait-il une autre puissance que celle du Pape que tout le monde reconnût? Et la lui vouloir ôter d'abord avant l'assemblée où Ton voulait, disait-on, lui faire son procès, n'était-ce pas un trop inique préjugé; surtout ne s'agissant pas d'un crime personnel du Pape, mais de la doctrine qu'il avait reçue de ses prédécesseurs depuis tant de siècles, et qui lui était commune avec tous lesévéquesde l'Eglise? Ces raisons étaient si solides, que les autres luthériens contraires à Mélanchton, avouaient, nous dit-il lui-même, comme on vient de voir, qu'elles étaient cJritables. Mais ceux qui reconnaissaient cotte vérité

Page 1