VIII. Le secret du second mariage qui devait pas
1. N. 21. — 8. Jac, ni. 10. — 3. Idem, n. 6; Oen., ii. 24. — 4 Matth., XIX. 4, 5, 6. — 5. Liv. des Comid. conscient. 5, n. 26. — a. Consul. ,n. 4. 10, 21. —7. Idem, n. 23, 24. — S. Ibid., n. 3.
llISTOIliE DES VAIUATIONS.
scr pour concubinage : ce scandale mi'prise par les consullanls. — Une si inf;ïiiio consullalion cùl déshonoré tout le parli , el les docleurs qui la souscrivirciU n'auraient pas pu se sauver des clameurs Ijubliqucs, qui les auraient rangés, comme ils l'avouenl, paniii les mahom^lanx , ou parmi les anahaplisks , qui font un jeu du mariage. Aussi le prévirent-ils dans leur avis, et déi'endirent sur toutes choses au landgrave de découvrir ce nouveau mariage'. Il ne devait y avoir qu'un très-petit nombre de témoins, qui devaient encore être obligés au secret, sous le sceau de la confession-, c'est ainsi que parlait la consultation. La nouvelle épouse devait passer pour concubine. On aimait mieux ce scandale dans la maison de ce prince , que celui qu'aurait causé dans toute la chrétienté, l'approbation d'un mariage si contraire à l'Evangile, et à la doctrine commune de tous les chrétiens.
IX. Le second mariage se fait en secret : le contrat qui en fut passé. — La consultation lut suivie d'un mariage dans les formes entre Philippe, landgrave de liesse, et Marguerite de Saal, du consentement de Christine de Sa.\e sa femme. Le prince en fut quitte pour déclarer en se mariant qu'il ne prenait cette seconde femme par aucune légèreté ni curiosité, mais par « d'inévitables nécessités de corps et » de conscience , que Son Altesse avait expliquées » à beaucoup de doctes, prudents, chrétiens et 1) dévots prédicateurs , qui lui avaient conseillé de » mettre sa conscience en repos par ce moyen'. » L'instrument de ce mariage, daté du 4 mars 1540, est, avec la Consultation, dans le livre qui fut publié par l'ordre de l'électeur Palatin. Le prince Ernest a encore fourni les mêmes pièces ; ainsi elles sont publiques en deux manières. Il y a dix ou douze ans qu'on en a produit des extraits dans un livre qui a couru toute la France % sans avoir été contredit; et on vient de nous les donner en forme si authentique^, qu'il n'y a pas moyen d'en douter. Pour ne rien laisser à. désirer, j'y ai joint l'instruction du landgrave : et l'histoire maintenant est complète.
X. Réponse du landgrave cl de Luther à ceux qui leur reprochent ce mariage. — Les crimes échappent toujours par quelque endroit. Quelque précaution qu'on eût prise pour cacher ce mariage scandaleux, on ne laissa pas d'en soupçonner quelque chose; et il est certain qu'on l'a reproché an landgrave aussi bien Cju'à Luther dans des écrits publics : mais ils s'en tirèrent par des équivoques, Un auteur allemand a publié une lettre du landgrave à Henri le jeune, duc de Brunswick", où il lui parle en ces termes : « Vous me reprochez un 1) bruit qui court, que j'ai pris une seconde femme, » la |)remicre étant encore en vie. Mais je vous dé- » clare que si vous, ou qui que ce soit, dites que » j'ai contracté un mariage non chrétien, ou que » j'ai fait quelque chose indigne d'un prince chré- » tien, on me l'impose par pure calomnie : car, » quoifiue envers Dieu je me tienne pour un mal- » heureux pécheur, je vis i)0urtant en ma foi et en » ma conscience devant lui d'une telle manière que « mes confesseurs ne me tiennent pas pour un
1. Consul., n. 10, IS. — 2. Idem, n. 21. — 3. Inst. copulat. Voue: à la fin de ce livre vi. -- 4. Lettres de Oastineau. — 5. Varill., Hist. de Pllcres., liv. xii. -- 6. Hortlederus de caus. hell. Germ. an. 1540.
» homme non chrétien. Je ne donne scandale à » personne , et je vis avec la princesse ma femme » dans une parfaite intelligence. » Tout cela était véritable selon sa pensée: car il ne prétendait pas que le mariage qu'on lui reprochait fût non chrétien. La landgrave sa femme en était contente , et la consultation avait fermé la bouche aux confesseurs de ce prince. Luther ne répond pas avec moins d'adresse. On reproche, dit-il ', « au landgrave que » c'est un polygame. Je n'ai pas beaucoup à parler » sur ce sujet-là. Le landgrave est assez fort , et a » des gens assez savants pour le défendre. Quant à » moi, je connais une seule [u'incesse el landgrave » de liesse, qui est et qui doit être nommée la » femme et la mère en liesse; et il n'y en a point >> d'autre qui puisse donner à ce prince déjeunes » landgraves, que la princesse qui est lille de Georges » duc de Saxe. » En elfet, on avait donné bon ordre que ni la nouvelle épouse ni ses enfants ne pussent porter le litre de landgraves. Se défendre de cette sorte , c'est aider à sa conviction , et reconnaître la honteuse corruption qu'introduisaient dans la doctrine ceux qui ne parlaient dans tous leurs écrits que du rétablissement du pur Evangile.
XL Sermon scandaleux de Luther sur le mariage. — Après tout, Luther ne faisait que suivre les principes qu'il avait posés ailleurs. J'ai toujours craint do parler de ces inévitables nécessités qu'il reconnaissait dans l'union des deux sexes, et du sermon scandaleux qu'il avait fait à Wittemberg sur le mariage ; mais puisque la suite de cette histoire m'a une fois fait rompre une barrière que la pudeur m'avait imposée, je ne puis plus dissimuler ce qui se trouve bien imprimé dans les œuvres de Luther^. Il est donc vrai que dans un sermon qu'il fit à Wittemberg pour la réformation du mariage, il ne rougit pas de prononcer ces infâmes et scandaleuses paroles : « Si elles sont opiniâtres (il parle » des femmes), il est à propos que leurs maris » leur disent : Si vous ne voulez pas , une autre i> le voudra : Si la maîtresse ne veut pas venir, que » la servante approche. » Si on entendait un tel discours dans une force et sur le théâtre , on en aurait honte. Le chef des réformateurs le prêche sérieusement dans l'Eglise; et comme il tournait en dogmes tous ses excès, il ajoute : « Il faut pourlant » auparavant que le mari amène sa femme devant » l'Eglise, et qu'il l'admoneste deux ou trois fois : » après, répudiez-la, et prenez Eslher au lieu de » Vasthi. » C'était une nouvelle cause de divorce ajoutée à celle de l'adultère. Voilà comme Luther a traité le chapitre de la Réformation du mariage. Il ne lui faut pas demander dans quel Evangile il a trouvé cet article : c'est assez qu'il soit renfermé dans les nécessités qu'il a voulu croire au-dessus de toutes les lois et de toutes les précautions. Faut-il s'étonner après cela de ce qu'il permit au landgrave? Il est vrai que dans ce sermon , il oblige à répudier la première femme avant que d'en prendre une autre; et dans la consullalion il fiermet au landgrave d'en avoir deux. Mais aussi le sermon fut prononcé en l.")22, et la consullalion est écrite en 15.39. Il était juste (juc Luther ap|irit linéique chose en dix-sei)t ou dix-huit ans de Réforinalion.