Préf. sur p. 31Î
îa r>n. — 2. //. pan., Hv. i, p. 123. — 3. Idem ,
lISTdlUK DES \'Ai;lATI()NS.
ment il eiUra en faveur auprès du roi et d'Anne de Boulen (15-^9-1530). — Dès l'an 1529, Thomas Cranuier s'i'lail mis à la lèlc du parti qui l'avorisail le tlivorcc avec Callierine, el le mariage que le roi avait résolu avec Anne de Boulen'. En 1530, il lit un livre contre la validité du mariage de Calherinc; et on peut juger de l'agrément qu'il trouva auprès d'un prince dont il llallait la passion dominante. On commença dès lors à le regarder à la Cour comme une esjjècc de favori, qu'on croyait devoir succéder au crédit ducanlinal de Wolsey. Cranmer était dès lors enijagc dans les sentiments de Luther^, el, comme dit M. Burnet, il était leplus estimé de ceux qui les avaient cndjrassés'. Anne de Boulen, poursuit cet auteur, arait aussi reçu quelque teinture de celte doctrine. Dans la suite il la fait paraître tout à fait liée au sentiment de ceux qu'il appelle les Réformateurs. Il faut toujours entendre par ce mot, les ennemis ou cachés ou déclarés de la messe et de la doctrine catholique. Tous ceux du même parti, ajoute-t-il'', se déclaraient pour le divorce. Voilà les secrètes liaisons de Cranmer et de ses adhérents avec la maîtresse de Henri : voilà les fondements du crédit de ce nouveau confident, et les commencements de la Réforme d'Angleterre. Le malheureux prince, qui ne savait rien de ces liaisons ni de ces desseins, se liait lui-même insensiblement avec les ennemis de la foi qu'il avait jusqu'alors si bien défendue; et par leurs trames secrètes , il servait sans y penser au dessein de la détruire.
IX. Cranmer cntoyé à Rome pour le divorce, y est fait pénitencier du Pape : il se marie , quoique prêtre; mais en secret (1530). — Cranmer fut envoyé en Italie et à Rome pour l'affaire du divorce; et il y poussa si loin la dissimulation de ses erreurs , que le Pape le fit son pénitencier^ : ce qui montre qu'il était prêtre. Il accepta cette charge , tout luthérien qu'il était. De Rome il passa en Allemagne, pour y ménager les protestants ses bons amis ; et ce fut alors qu'il épousa la sœur d'Osiandre. On dit qu'il l'avait séduite, et qu'on le contraignit de l'épouser^; mais je ne garantis point ces faits scandaleux, jusqu'à ce que je les trouve bien avérés par le témoignage des auteurs du parti , ou en tout cas non suspects. Pour le mariage, le fait est constant. Ces messieurs sont accoutumés, malgré les canons cl malgré la profession de la continence, à tenir de tels mariages pour honnêtes. Mais Henri n'était pas de cet avis, el il détestait les prêtres qui se mariaient. Cranmer avait déjà été chassé du collège de Christ à Cambridge , à cause d'un premier mariage. Le second , qu'il contracta dans la prêtrise, lui oiil fait de bien plus terribles alTaires; puisque même , selon les canons , il eiil été exclu de ce sainl ordre par un second mariage, quand il eût été contracté devant la prêtrise. Les réformateurs se jouaient en leur coiur el des saints canons, cl de leurs vœux : mais, par la crainte de Henri, il làllul tenir ce mariage fort caché; et ce grand réformateur commença par tromper son mailre dans une matière si importante.
X. Cranmer, nommé archevêque de Cantorbéri prend des bulles du Pape , quoique marié el luthé-
1. nurn.. T. i.liv. i, p. 123. —2. Idem, p. 132. —3. Ibid., p. 135. — 4. Ibid. — 5. Ibid., p. 136, 111. — 6. Ibid., p. Ma.
rien. — Pendant qu'il était en Allemagne en l'an 1533, l'archevêché de Cantorbéri vint à vaipier par la mort de Varham. Le roi d'Angleterre y nomma Cranmer : il l'accepta. Le Pape, qui ne lui connai.ssail aucune autre erreur que celle de soutenir la nullité du mariage de Henri, chose alors assez indécise , lui donna ses bulles ' : Cranmer les reçut, el ne craignit pas de se souiller en recevant, comme on parlait dans le parti, le caractère de la bète.
XI. Le sacre de Cranmer : profession de soumission envers le Pape : sa protestation , son hypocrisie. — A son sacre, el devant que de procéder à l'ordination , il fit le serment de fidélité qu'on avait accoutumé de faire au Pape depuis quelques siècles. Ce ne fut pas sans scrupule, à ce que dit M. Rurnel; mais Cranmer était un homme d'accommodement : il sauva tout, en protestant que par ce serment, il ne prétendait nullement se dispenser de son devoir envers sa conscience, envers le roi el l'Etal : protestation en elle-même fort inutile; car qui de nous prétend s'engager par ce serment à rien qui soit contraire à sa conscience, ou au service du roi et de son Elat? Loin qu'on prétende préjudicier à ces choses , il est même exprimé dans ce serment, qu'on le fait sans préjudice des droits de son ordre, salvo ordine meo-. La soumission qu'on jure au Pape pour le spirituel, est d'un autre ordre que celle qu'on doit naturellement à son prince pour le temporel : el, sans protestation,, nous avons toujours bien entendu que l'une n'apporte point de préjudice à l'autre. Mais enfin, ou ce serment est une illusion, ou il oblige à reconnaître la puissance spirituelle du Pape. Le nouvel archevêque la reconnut donc, quoiqu'il n'y crût pas. M. lîurnet avoue que cet expédient était peu conforme à la sincérité de Cranmer^ : et, pour adoucir comme il peut une si criminelle dissimulation, il ajoute un peu après : « Si cette conduite ne » fut pas suivant les règles les plus austères de la » sincérité, du moins on n'y voit aucune superche- » rie. » Qu'appelle-t-on donc supercherie"? el y en a-l-il de plus grande que de jurer ce qu'on ne croit pas, el se préparer des moyens d'éluder son serment par une protestation conçue en termes si vagues? Mais M. Rurnet ne nous dit pas que Cranmer, qui fut sacré avec toutes les cérémonies du Pontifical, outre ce serment dont il prétendait éluder la force, fil d'autres déclarations contre les(iuelles il ne réclama pas ; comme de « recevoir avec sou- » mission les traditions des Pères, et les consli- » tutions du Saint-Siège apostolique; de rendre » obéissance à saint Pierre en la personne du Pape, » son vicaire, el de ses successeurs, selon l'auto- » rite canonique; de garder la chasteté -^ : » ce qui, dans le dessein de l'Eglise, expressément déclaré dès le temps qu'on y reçoit le sous-diaconal, emportait le célibat el la continence. Voilà ce que M. Burnet ne nous dit pas. Il ne nous dit pas que Cranmer dit la messe selon sa coutume avec son consacrant. Cranmer devait encore protester contre cel acte, el contre toutes les messes qu'il dit en ofTiciant dans son Eglise; du moins durant tout le
1. T. I, liv. II, p. 189. — 2. Pont. Rom. in consec. Ep. — 3. Durn., T. i, liv. a, p. 190. — 4. Ponl. Rom. in comec. Episc.