LIVRE VIL — RÉFORMATION ANGLICANE
donnait aux évèques de les annoncer au peuple dont il leur atait commis la conduite : langage jusques alors fort inconnu dans l'Eglise. A la vérité , quand il décida ces points de foi , il avait auparavant ouï les évèques, comme les juges entendent des experts : mais c'était lui qui ordonnait et qui décidait. Tous les évèques souscrivirent après Cronnvel vicaire général, et Cranmer archevêque de Cantorbôri.
XXX. Cranmer et les autres souscrivent contre leur conscience aux articles de Henri. Vaiiie défaite de M. Burnet. — M. Burnet a de la honte de voir ses réformateurs approuver les principaux articles de la doctrine catholique, et jusqu'à la messe, qui seule les contenait tous. Il les excuse , en disant que « divers évèques et divers théologiens » n'avaient pas eu au commencement une connais- » sance distincte de toutes les matières, et que, » s'ils s'étaient relâchés à certains égards , c'avait » été par ignorance, plutôt que par politique, ou » par failjlesse'. » ^lais n'est-ce pas se moquer trop visiblement , que de faire ignorer aux réformateurs ce qu'il y avait de plus essentiel dans la Réforme? Si Cranmer et ses adhérents approuvaient de bonne foi tous ces articles , et même la messe, en quoi donc étaient-ils luthériens? Et s'ils rejetaient dès lors en leur cœur tous ces prétendus abus , comme on n'en peut douter, leur signature qu'est-ce autre chose qu'une honteuse prostitution de leur conscience? Cependant, à quelque prix que ce soit, M. Burnet veut que dès lors on ail réformé, à cause que dès le premier article de la définition de Henri , on recomm.:ndait au peuple la foi à l'Ecriture et aux trois symboles-, avec défense de rien dire qui n'y fût conforme ? chose que personne ne niait , et qui ainsi n'avait pas besoin d'être réformée.
Voilà les articles de foi donnes par Henri en 153G. Mais quoiqu'il n'eut pas tout mis, et qu'en particulier il y eut quatre sacrements , dont il n'avait fait aucune mention , la Confirmation , l'Extrème-Onction , l'Ordre et le Mariage; il est trèsconstant d'ailleurs qu'il n'y changea rien, non plus que dans les autres points de notre foi : mais il voulut en particulier exprimer dans ses articles ce qu'il y avait alors de plus controversé , afin de ne laisser aucun doute de sa persévérance dans l'ancienne foi.
XXXI. Pour engager la noblesse , on lui vend les biens de l'Eglise à cil prix. — En ce môme temps, par le conseil de Cromwel, et pour engager sa noblesse dans ses sentiments , il vendit aux gentilshommes de chaque province les terres des couvents qui avaient été supprimés, et les leur donna à fort bas prix. Voilà les adresses des réformateurs, elles liens par où l'on tenait à la réformation.
XXXII. Cromwel et Cranmer confirment de 7iouveau la foi de l'Eglise, qu'ils détestaient dans leur cœur. — Le vice-gérant publia aussi un nouveau règlement ecclésiastique, dont le fondement était la doctrine des articles qu'on vient de voir si conformes à la doctrine catholique. M. Burnet trouve beaucoup d'apparence à croire que ce règlement fut dressé par Cranmer', et nous donne une nou-