lOUL, p
m, p. 299. — 2. Wem, p. 293, 29S. —
velle preuve que cet archevêque était capable, en matière de religion, des dissimulations les plus criminelles.
XXXIII. Les six articles de Henri. — Henri s'expliqua encore plus précisément sur l'ancienne foi , dans la déclaration de ces six articles fameux qu'il publia en 1539. Il élablissait dans le premier la transsubstantiation ; dans le second , la communion sous une espèce; dans le troisième, le célibat des prêtres , avec la peine de mort contre ceux qui y contreviendraient; dans le quatrième, l'obligation de garder les voeux; dans le cinquième, les messes particulières; dans le sixième, la nécessité de la confession auriculaire'. Ces articles furent publiés par l'autorité du roi et du Parlement, à peine de mort pour ceux qui les combattraient opiniâtrement et de prison pour les autres , autant de temps qu'il plairait au roi.
XXXIV. Le mariage du roi avec Anne de Clètes. Dessein de Cromwel qui le proposa. Nouvelles amours du roi. Cromwel condamné à mort. — Pendant que Henri se déclarait d'une manière si terrible contre la Réformation prétendue, Cromwel le vice-gérant, et l'archevêque ne voyaient plus d'autre moyen de l'avancer, qu'en donnant au roi une femme qui protégeât leurs personnes et leurs desseins. La reine Jeanne Seymour était morte dès l'an 1537 en accouchant d'Edouard-. Si elle n'éprouva pas la légèreté de Henri , M. Burnet reconnaît qu'elle en est apparemment redevable à la brièveté de sa vie'. Cromwel qui se souvenait combien les femmes de Henri avaient de pouvoir sur lui tant qu'elles en étaient aimées, crut que la beauté d'Anne de Clèves serait propre à seconder ses desseins, et porta le roi à l'épouser. Mais par malheur ce prince devint amoureux de Catherine Howard 'i; et à peine eut-il accompli son mariage avec Anne, qu'il tourna toutes ses pensées à le rompre. Le vice-gérant porta la peine de l'avoir conseillé , et trouva sa perte où il avait cru trouver son soutien. On s'aperçut qu'il donnait une secrète protection aux nouveaux prédicateurs, ennemis des six articles et de la présence réelle , que le roi défendait avec ardeur». Quelques paroles qu'il dit à cette occasion contre le roi , furent rapportées. Ainsi par l'ordre de ce prince , le Parlement le condamna comme hérétique et traître à l'Etat. On remarqua qu'il fut condamné sans être ouï^; et qu'ainsi il porta la peine du détestable conseil dont il avait été le premier auteur, de condamner des accusés sans les entendre. Et on dira que la main de Dieu n'est pas visible sur ces malheureux réformateurs, qui étaient aussi, comme on voit, les plus méchants aussi bien que les plus hypocrites de tous les hommes I
XXXV. Hypocrisie de Cromicel. Vains artifices de M. Burnet. — Cromwel prostituait plus que tous les autres sa conscience à la flatterie, puisque par sa qualité de vice-gérant il autorisait en public tous les articles de foi de Henri, qu'il tâchait secrètement de détruire. M. Burnet conjecture que, si on refusa de l'entendre, « c'est qu'apparemment, dans toutes » les choses qu'il avait faites » pour la Réformation prétendue, « il était muni de bons ordres de son
1. Liv. m, p. 352. — 2. Pag. 351. — 3. Pag. 2S2. — -1. Pag. 379. — 5. Pag. 381. — 6. Pag. 363, 382, 538.
HISTOIRE DES VARIATIONS
» inailrc, et n'avail agi vraiseniblablcnient que par » le coinmandcmenl du roi, donl les démarclies vers » une réforme sont assez connues'. » Mais à ce coup l'artilice est trop grossier; et pour y ôlrc surpris, il faudrait vouloir s'aveugler. M. Burnctoscrat-il dire que les dèniarclics qu'il attribue à Henri vers la Réforme ont été au préjudice de ses six articles, ou de la présence réelle, ou de la messe? Il se démentirait lui-même, puisqu'il avoue dans tout son livre que ce prince a toujours été Ircs-zélé, ou, pour parler avec lui, Irès-enlélé de tous ces articles. Cependant il voudrait ici nous faire accroire que Cromwel avait des ordres secrets pour les alïaibiir, pendant qu'on le fait mourir lui-même pour avoir favorisé ceux qui s'y opposaient.
XXXVL Prostilulion de la conscience de Cranmer. Il casse le mariage du roi avec Anne de Clèves. Termes magnifiques de cette inique sentence. Le roi épouse Catherine Howard, favorable à la Réforme, et bientôt décapitée pour ses infamies. — Mais laissons les conjectures de M. Rurnet , et les tours dont il tâclie en vain de colorer la Reformation, pour nous attacher aux faits que la bonne foi ne lui permet pas de nier. Après la condamnation de Cromwel , il restait encore, pour satisfaire le roi , à se défaire d'une épouse odieuse, en cassant le mariage d'Anne de Clôvcs. Le prétexte en élait grossier. On alléguait pour cause de nullité les fiançailles de cette princesse avec le marquis de Lorraine, pendant que les deux parties étaient en minorité, et sans que jamais ils les eussent ratifiées étant majeurs-. On voit bien qu'il n'y a rien de plus faible pour casser un mariage accompli : mais, au défaut des raisons, le roi avait un Cranmcr prêt à tout faire. Par le moyen de cet archevêque ce mariage fut cassé comme les deux autres : « la sentence en » fut prononcée le neuvième juillet 1540, signée de » tous les ecclésiastiques des deux chambres, et » scellée du sceau des deux archevêques^. » M. Burnet en a honte, et il avoue que « Henri n'avait ja- » mais eu une marque plus éclatante de la com- » plaisance aveugle de ses ecclésiastiques. Car ils » savaient, poursuit-il, que ce contrat prétendu, «dont on faisait le fondement du divorce, n'avait » rien qui portât atteinte au mariage''. » Ils agissaient donc ouvertement contre leur conscience; mais, afin qu'on ne se laisse pas éblouir une autre fois aux spécieuses paroles de la nouvelle Réforme, il est bon de remarquer qu'ils donnent cette sentence en représentant le concile universel ; après avoir dit que le roi ne leur demandait que ce qui élait véritable, ce qui était juste, ce qui élait honnête et saint'^ : voilà comme pariaient ces évêques corrompus. Cranmer, qui présidait à cette assemblée, et (pii on ])orla le résultat au l'arlement, fut le plus làcbcde tous; et M. Rurnet, après lui avoir cbcrché une vaine excuse, est obligé d'avouer que, craignant que ce ne fût là une entreprise formée pour le perdre, il fut de l'avis général". 'J'el fut le courage de ce nouvel Athanasc et de ce nouveau Cyrille.
Sur celte inique sentence, le roi épousa Catherine Howard, assez zélée pour la Réforme, aussi
l.Pag. 332. - 2. Pitg. 373,375, 385.-3. Pag. 385. — -I. Pag. 384. — 5. Jugement de Cran, et des Evéqties. Rec. de Ilui-» T. part., l. 111, n. 19, p. 197, 385. — 0. Pag. 381, .SS5.
bien qu'Anne de Roulen : mais le sort de ces réformées est étrange. La vie scandaleuse de celle-ci lui fit bientôt perdre la tête sur un échafaud; et la maison de Henri fut toujours remplie de sang et d'infamie.
X.WVII. Nouvelle déclaration de foi conforme au,v sentiments de l'Eglise. Les prélats dressèrent une Confession de foi , que ce prince confirma par son autorité '. Là on déclare en termes formels l'observation des sept sacrements : celui de la Pénitence dans l'absolution du prêtre; la Confession nécessaire; la Transsubstantiation; la Concomitance, ce qui levait, dit M. Burnet, la nécessité de la commimion sous les deux espèces- ; l'honneur des images, et la prière des saints au même sens que nous avons vu dans les premières déclarations du roi, c'est-à-dire, au sens de l'Eglise; la nécessité et le mérite des bonnes 03uvres pour obtenir la vie éternelle; la prière pour les morts^; et en un mot, tout le reste de la doctrine catholique, à la réserve de l'article de la primauté, dont nous parlerons à part.
XXX'VIII. Hypocrisie de Cranmer, qui souscrit à tout. — Cranmer souscrivit à tout avec les autres : car, encore que M. Burnet témoigne que quelques articles avaient passé contre son avis, il cédait à la pluralité; et on ne nous marque aucune opposition de sa part au décret commun. La môme exposition avait été publiée par l'autorité du roi dès l'an 1538, signée de dix-neuf évêques, de huit archidiacres, et de dix-sept docteurs, sans aucune opposition. Voilà quelle était alors la foi de l'Eglise anglicane et de Henri, qu'elle s'était donné pour chef. L'archevêque passait tout contre sa conscience. La volonté de son maître était sa règle suprême; et au lieu du Saint-Siège avec l'Eglise catholique, c'était le roi seul qui devenait infaillible.
XXXIX. On ne changea rien de considérable dans les Missels, et autres livres d'Eglise. Suite des hypocrisies de Cranmer. — Cependant il continuait à dire la messe, qu'il rejetait dans son cœur, encore qu'on n'eût rien changé dans les Missels. M. Burnet demeure d'accord que « les altérations furent si lé- » gères, qu'on ne fut point obligé de faire impri- » mer de nouveau ni les Bréviaires, ni les Missels, « ni aucun ofilce : car, poursuit cet historien , en » effaçant ([uciques collectes où on priait Dieu pour » le Pape, l'ofilce de Thomas Béquet, » (c'est saint Thomas de Cantorbéri) « et celui des autres saints » roiranchés''; » et en faisant outre cela quelques ratures peu considérables , on se servit toujours des mêmes livres. On pratiquait donc au fond le même culte. Cranmer s'en accommodait; et si nous voulons savoir toute sa peine, c'est, comme nous l'aj)prend M. Burnet'^, qu'à la réserve de Fox, évêque de Hereford, aussi dissimulé que lui, « les autres » évêques de son ]>arli l'endiarrassaiont plus qu'ils » ne lui étaient utiles, à cause qu'ils ne connais- » salent ni la prudence politique, ni l'art des mé- » nagements; de sorte qu'ils altaquaient ouverte- 11 ME.N'T des choses qu'on n'avait pas encore abolies. » Cranmer, qui trahissait sa conscience, et qui attaquait sourdement ce qu'il approuvait et pratiquait en public, élait plus habile; |inis(iu'il savait porter
1. Png. 391. — 2. Paq. 397. — 3. Pag. -101, 109. - 4. Pag. 40). 405. — 5. Pag. 350.