RÉFORMATION ANGLICANE
la politique et l'art des ménagements jusqu'au plus intime de la religion.
XL. Conduite de Cranmer sur les six articles. — On s'étonnera peut-être comnienl un homme de cette humeur osa parler contre les sis articles : car c'est là le seul endroit oii M. Burnet le fait courageux; mais il nous en découvre lui-même la cause'. C'est qu'il avait un intérêt particulier iia.ns l'article qui condamnait à mort les prêtres mariés, puisqu'alors il l'était lui-même. Laisser passer dans le Parlement en loi de l'Etat sa propre condamnation, c'eut été trop; et sa crainte lui fit alors montrer quelque sorte de vigueur : ainsi , en parlant assez faiblement contre quelques autres articles, il s'expliqua beaucoup contre celui-lii. Mais après tout, on ne voit pas qu'il ait fait autre elïorl en cette rencontre, si ce n'est qu'après avoir tâché vainement de dissuader la loi , il se rangea, selon sa coutume, à l'avis commun.
XLI. Récit de M. Burnet sur la résistance de Cranmer. — Mais voici le plus grand acte de son courage. M. Burnet, sur la foi d'un auteur de la Vie de Cranmer, veut que nous croyions que le roi, inquiété par Cranmer sur la loi des six articles , voulut savoir pourquoi il s'y opposait, et qu'il ordomia au prélat de mettre ses raisons par écrit'-. Il le fit. Son écrit, mis au net par son secrétaire, tomba entre les mains d'un ennemi de Cranmer. On le porta aussitôt à Cromwel , qui vivait encore , dans le dessein d'en faire prendre l'auteur, ilais Cromwel éluda la chose, et Cranmer sortit ainsi d'un pas dangereux.
Ce récit est tout propre à nous faire voir que le roi ne savait rien en elfet de l'écrit de Cranmer contre les articles; que s'il l'eût su, le prélat était perdu ; et enfin qu'il ne se sauvait que par une adresse et une dissimulation continuelle : en tout cas, si M. Burnet l'aime mieux ainsi, je veux bien croire que le roi trouvait dans Cranmer une si grande facilité d'approuver dans le public tout ce que son maître voulait, que ce prince n'avait pas besoin de se mettre en peine de ce que pensait dans son cœur un homme si complaisant, et ne pouvait se défaire d'un si commode conseil.
XLII. Honteuses pensées de Cranmer sur l'autorité ecclésiastique, qu'il sacrifie à la royauté. — Ce n'était pas seulement dans ses nouvelles amours qu'il le trouvait si flatteur ; Cranmer avait fabriqué dans son esprit cette nouvelle idée de chef de l'Eglise attachée à la royauté : et ce qu'il en dit, dans une pièce que M. Burnet a donnée dans son recueil^, est inouï. Il enseigne donc « que le prince chrétien » est commis immédiatement de Dieu, autant pour » ce qui regarde l'administration de la parole , que » pour l'administration du gouvernement politique. 1) Que dans ces deux administrations il doit avoir » des ministres qu'il établisse au-dessous de lui : » comme par exemple le chancelier et le trésorier, » les maires et les shérifs dans le civil; et les évê- » ques, curés, vicaires et prêtres, qui auro.m titre » p.\R Sa Majesté , dans l'administration de la pa- '< rôle, comme par exemple, l'évoque de Cantorbéri, » le curé de Winwick, et les autres. Que tous les » officiers et ministres, tant de ce genre que de tout
1. Pag. 353. — 2. Pur/. 3G3. — 3. Rec, I. part., liv. m, n. i, ;). 201.
» autre, doivent être destinés, assignés et élus par » les soins et les ordres des princes , avec diverses » solennités , qui .\e so>'t pas de .nécessité , mais de 1) bienséance seulement; de sorte que si ces charges » étaient données par le prince sans de telles solen- » nités, elles ne seraient pas moins données; et B qu'il n'y a pas plus de promesse de Dieu, que la )) grâce soit donnée dans l'établissement d'un office » ecclésiastique, que dans l'établissement d'un office » politique. »
XLIII. Réponse de Cranmer à une objection. Honteuse doctrine sur l'autorité de l'Eglise durant les persécutions. — Après avoir ainsi établi tout le ministère ecclésiastique sur une simple délégation des princes, sans même que l'ordination ou la consécration ecclésiastique y fiil nécessaire, il va au devant d'une objection qui se présente d'abord à l'esprit; c'est à savoir comment les pasteurs exerçaient leur autorité sous les princes infidèles : et il répond conformément à ses principes, qu'en ce temps il n'y avait pas dans l'Eglise de vrai pouvoir ou commandement; mais que le peuple acceptait ceux qui étaient présentés par les apùtres, ou autres qu'il croyait remplis de l'Esprit de Dieu, de sa seule colonie libre; et dans la suite les écoutait, comme un bon peuple prêt à obéir aux avis de bons conseillers. Voilà ce que dit Cranmer dans une assemblée d' évoques : et voilà l'idée qu'il avait de cette divine puissance que Jésus-Christ a donnée à ses ministres.
XLIV. Cranmer a toujours persisté dans ce seiiliment. — Je n'ai pas besoin de rejeter ce prodige de doctrine, tant réfuté par Calvin et par tous les autres protestants; puisque M. Burnet en rougit lui-même pour Cranmer, et veut prendre pour rétractation de ce sentiment ce qu'il a souscrit ailleurs de l'institution divine des évêqucs. Mais, outre que nous avons vu que ses souscriptions ne sont pas toujours une preuve de ses sentiments, je dirai encore à M. Burnet qu'il nous cache avec trop d'adresse les vrais sentiments de Cranmer. Il ne lui importait pas que l'institution des évêques et des prêtres fût divine; et il reconnaît cette vérité dans la pièce même dont nous venons de produire l'extrait : car il y est expressément porté à la fin , que tout le monde, et Cranmer par conséquent, éta'it d'avis que les apôtres avaient reçu de Dieu le pouvoir de créer des évêques' ou des pasteurs. C'est aussi ce qu'on ne pouvait nier sans contredire trop ouvertement l'Evangile. Mais la prétention de Cranmer et de ses adhérents était, que Jésus-Christ instituait les pasteurs pour exercer leur puissance, comme dépendante du prince dans toutes leurs fonctions; ce qui est sans difficulté la plus inouïe et la plus scandaleuse llalterie qui soit jamais tombée dans l'esprit des hommes.
XLV. Le dogme qui fait émaner de la roijauté toute l'autorité ecclésiastique , mis en pratique. — De là donc il est arrivé que Henri VIII donnait pouvoir aux évêques de visiter leurs diocèses avec cette préface : « Que toute juridiction, tant ecclé- ^ siastique que séculière, venait de la puissance » royale, comme de la source première de toute » magistrature dans chaque royaume. Que ceux qui » jusqu'alors avaient exercé précaire.me.nt cette