‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 258 sur 545 · Hec, T. pari., liv. m · texte numérisé non relu

Hec, T. pari., liv. m

IlISTOirxE DES VARIATIONS.

» puissance, la dovaicnt reconnaître comme venue » de la libéralité du prince , et la. quitter quakd il » LUI PLAIRAIT. Que sur ce fondement il donne pou- » voir à tel évéïiue de visiter son diocèse comme » VICAIRE DU roi; ct par son autorité, de promouvoir » aux ordres sacrés, et môme à la prêtrise, ceux )> qu'il trouvera à propos'; » et en un mot, d'exercer toutes les fonctions épiscopales, arec pouvoir de suMek'guer, s'il le jugeait nécessaire.

Ne disons rien contre une doctrine qui se détruit elle-même par son propre excès, et remarquons seulement cette alTreuse proposition, qui fait la puissance des évoques tellement émanée de celle du roi , qu'elle est même révocable à sa volonté.

XLVI. Cranmer agit suivant ce dogme, qui est le setil où la Réforme n'a pas varié. — Granmer était si persuadé de cette puissance royale , qu'il n'eut pas de honte lui-même , archevêque de Gantorbéri et primai de toute l'Eglise d'Angleterre, de recevoir une semblable commission sous Edouard VI, lorsqu'il réforma l'Eglise à sa mode^ : ct ce fut le seul article qu'il retint de ceux que Henri avait publiés.

XLVII. Scrupule de la reine Elisabeth sur lepouxoir qu'on lui donnait dans l'Eglise. — On poussa si loin cette puissance dans la Réformation anglicane, qu'Elisabeth en eut du scrupule; et l'horreur qu'on eut de voir une femme chef souveraine de l'Eglise, et source de la puissance pastorale, dont elle est incapable par son sexe, fit qu'on ouvrit enfin les yeux aux excès où on s'était emporté^. Mais nous verrons que sans en changer le fond ni la force, on y apporta seulement des adoucissements palliatifs; et M. Burnet déplore encore aujourd'hui de voir « l'excommunication , un acte si » purement ecclésiastique, dont on devait remettre » le droit entre les mains des évoques , et au clergé , » abandonnée à des tribunaux sécularisés ■*, » c'està-dire , non-seulement aux rois, mais encore à leurs olTiciers. « Erreur, poursuit ce docteur, qui » s'est accrue à un tel point, qu'il est plus facile » d'en découvrir les inconvénients , que d'en mar- » quer les remèdes. »

XLVIII. Contradiction manifeste dans la doctrine anglicane. — Et certainement je ne pense pas qu'on puisse rien imaginer de plus contradictoire d'un coté , que de dénier aux rois l'administration de la parole et des sacrements; et de l'autre, de leur accorder l'excommunication, qui en efl'et n'est autre chose que la parole céleste armée de la censure (lui vient du ciel , et une partie des plus essentielles de l'administration des sacrements , puisqu'assurément le droit d'en priver les fidèles ne peut appartenir qu'à ceux qui sont aussi établis de Dieu pour les leur donner. Mais l'Eglise anglicane est encore allée plus loin , puisqu'elle attribue à ses rois, et à l'autorité séculière, le droit d'autoriser les rituels et les liturgies , et même de décider en dernier ressort des vérités de la foi , c'est-à-dire , de ce qu'il y a de plus intime dans l'administration des sacrements, et de plus inséparablement attaché à la prédication de la parole. Et tant sous Henri VIII que dans les règnes .suivants, nous ne voyons ni

1. Commiss. à Bonner,, idem, n. 14, p. 184. — 2. Burn., 11. pari, liv. I, p. 90. — 3. Idem, liv., m, p. 558, 571. — 4. Ibid., lit. I, p. 65.

liturgie, ni rituel, ni Confession de foi , qui ne tire sa dernière force de l'autorité des rois et des parlements, comme la suite le fera connaître. On a passé jusqu'à cet excès, qu'au lieu que les empereurs orthodoxes, s'ils faisaient anciennement quelques constitutions sur la foi, ou ils ne le faisaient qu'en exécution dos décrets de l'Eglise, ou Itien ils en attendaient la confirmation de leurs ordonnances ; mais on enseignait au contraire en Angleterre , « que les décisions des conciles sur la foi n'avaient » nulle force sans l'approbation des princes '; » et c'est la belle idée que donnait Cranmer des décisions de l'Eglise, dans un discours rapporté par M. Burnet.

XLIX. Les flatteries de Cranmer, et les désordres de Henri, sources de la Réforme en Angleterre. — Cette Réforme avait donc son origine dans les flatteries de cet archevêque , et dans les désordres de Henri VIII. M. Burnet prend beaucoup de peine à entasser des exemples de princes très-déréglés , dont Dieu s'est servi pour de grands ouvrages -. Qui en doute? Mais, sans examiner les histoires qu'il en rapporte, où il mêle le vrai avec le faux, et le certain avec le douteux , montrera-t-il un seul exemple où Dieu, voulant révéler aux hommes quelque vérité importante et inconnue durant tant de siècles, pour ne pas dire entièrement inouïe, ait choisi un roi aussi scandaleux que Henri VIII, et un évêque aussi lâche et aussi corrompu que Cranmer? Si le schisme de l'Angleterre, si la réformation anglicane est un ouvrage divin , rien n'y sera plus divin que la primauté ecclésiastique du roi; puisque ce n'est pas seulement par là que la rupture avec Rome, c'est-à-dire , selon les protestants, le fondement nécessaire de toute bonne réforme a commencé ; mais que c'est encore le seul point où l'on n'a jamais varié depuis le schisme. Dieu a choisi Henri VIII pour introduire ce nouveau dogme parmi les chrétiens , et tout ensemble il a choisi ce môme prince pour être un exemple de ses jugements les plus profonds et les plus terribles : non de ceux où il renverse les trônes, et donne à des rois impies une fin manifestement tragique ; mais de ceux où les livrant à leurs passions et à leurs flatteurs, il les laisse se précipiter dans le plus excessif aveuglement. Cependant il les retient autant qu'il lui plaît sur ce penchant , pour faire éclater en eux ce qu'il veut que nous sachions de ses conseils. Henri VIII n'attente rien contre les autres vérités catholiques. La chaire de saint Pierre est la seule qui est attaquée : l'univers a vu par ce moyen que le dessein de ce prince n'a été que de se venger de cette puissance pontificale qui le condamnait, et que sa haine fut la règle de sa foi.

L. Inutile à la foi d'examiner la conduite et la procédure de Clément VII. — Après cela je n'ai pas besoin d'examiner tout ce que raconte M. Burnet, ni sur les intrigues des conclaves, ni sur la conduite des papes, ni sur les artifices de Clément VII. Quel avantage en peut-il tirer? Ni Clément, ni les autres papes ne sont parmi nous auteurs d'un nouveau dogme. Ils ne nous ont pas sé])arôs de la sainte société où nous avions été baptisés , et ne nous ont point appris à condamner nos anciens pasteurs. En un mot, ils ne l'ont pas secte parmi nous,

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