‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 261 sur 545 · LIVRE VII. — RÉFURMATION ANGLICANE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — RÉFURMATION ANGLICANE

Jules II, appuyée sur cette raison, avait un londcment si projjable , qu'il parut tel même aux protestants d'Allemagne. Qu'il y ait pu avoir sur cette matière quelque diversité de sentiments, c'est assez qu'il ne fut pas évident que la dispense fut contraire aux lois divines, auxquelles les chrétiens sont obligés. Cette matière était donc de la nature de celles où tout dépend de la prudence des supérieurs , et dans lesquelles la bonne foi doit faire le repos des consciences. Il n'était aussi que trop visible que, sans ses nouvelles amours, Henri VIII n'aurait jamais fatigué l'Eglise de la honteuse proposition d'un divorce, après un mariage contracté et continué de bonne foi depuis tant d'années. Voilà le nœud de l'alTaire; et sans parler de la procédure, où peut-être on aura môle de la politique , bonne ou mauvaise , le fond do la décision de Clément VII sera un témoignage aux siècles futurs, que l'Eglise ne sait point flatter les passions des princes, ni approuver les actions scandaleuses.

LXIII. Deux points de reforme sous Henri VIII , selon M. Burnet. — Nous pourrions tinir en ce lieu ce qui regarde le règne de Henri VIII, si !M. Burnet ne nous obligeait à considérer deux commencements de réformation qu'il y remarque : l'un , que ce prince ait mis l'Ecriture sainte dans les mains du peuple; et l'autre, qu'il ait montré que chaque nation pouvait se reformer d'elle-même.

LXIV. Premier point. La lecture de l'Ecriture. Comment elle fut accordée au peuple sous Henri VIII. — Pour ce qui regarde la Bible, voici ce qu'en disait Henri VIII en 1540 à la tôte de l'exposition chrétienne dont nous avons parlé. Que « puis- » qu'il y avait des docteurs dont l'office était d'ins- )) truire les autres hommes, il fallait aussi qu'il y » eût des auditeurs qui se contentassent d'entendre » expliquer la sainte Ecriture, qui en imprimassent » la substance dans leurs coeurs , et qui en suivis- » sent les préceptes dans leur conduite, sans entre- « prendre de la lire eux-mêmes : et que c'était là le » motif qui l'avait porté à priver plusieurs de ses » sujets de l'usage de la Bible, leur laissant au » reste l'avantage de l'entendre interpréter à leurs » pasteurs'. »

Ensuite il en accorda la lecture, la même année, à condition que le peuple ne se donnerait pas la liberté d'expliquer les Ecritures, et d'en tirer des raisonnements- ; ce qui était les obliger de nouveau à se rapporter, dans l'interprétation de l'Ecriture, à l'Eglise et à leurs pasteurs; auquel cas on est d'accord que la lecture de ce divin livre ne pouvait être que très-salutaire. Au reste , si l'on mit alors la Bible en langue vulgaire, il n'y avait rien de nouveau dans cette pratique. Nous avons de semblables versions à l'usage des catholiques dans les siècles qui ont précédé les prétendus Réformateurs; et ce n'est pas là un point de nos controverses.

LXV. Si les progrès de la Réforme sont dus à la lecture de l'Ecriture, et comment. — Quand M. Burnet a prétendu que le progrès de la nouvelle réformation était du à la lecture des livres divins qu'on ]icrmil au peuple, il devait dire que cette lecture était précédée de prédications artificieuses , par où l'on avait rempli l'esprit des peuples de nouvelles

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