‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 262 sur 545 · Lil). III, p. 402. —2. Idem · texte numérisé non relu

Lil). III, p. 402. —2. Idem

interprétations. Ainsi un peuple ignorant et passionné ne trouvait en ell'et dans l'Ecriture que les erreurs dont il était prévenu; et la témérité qu'on lui inspirait de juger par son propre esprit du vrai sens de l'Ecriture, et de former sa fui de lui-même, achevait de le perdre. Voilà comme les peuples ignorants et prévenus trouvaient la Réformatiou prétendue dans l'Ecriture : mais il n'y a point d'homme de bonne foi qui ne m'avoue , que par les mômes moyens les peuples y auraient trouvé l'arianismc aussi clair, qu'ils se sont imaginés y trouver le luthéranisme ou le calvinisme.

LXVI. Comment on déçoit les hommes par l'Ecriture mal interprétée. — Lorsqu'on a mis dans la tête d'un peuple ignorant que tout est si clair dans l'Ecriture, qu'il y entend tout ce qu'il y faut entendre , et qu'ainsi il se peut passer du jugement do tous les pasteurs et de tous les siècles : il prend pour vérité constante le premier sens qui se présente à son esprit; et celui auquel il est accoutumé lui parait toujours le plus naturel. ]\Iais il faudrait lui faire entendre que c'est là souvent la lettre qui tue , et que c'est dans les passages qui paraissent les plus clairs que Dieu a souvent caché les plus grandes et les plus terribles profondeurs.

LXVII. Preuve par M. Burnet des pièges qu'on tend aux simples par la prétendue netteté de l'Ecriture. — Par exemple , M. Burnet nous propose ce passage, Buves-en tous, comme un des plus clairs qu'on se puisse imaginer, et celui qui nous mène le plus promptement à la nécessité des deux espèces. Mais il va voir, par les choses qu'il avoue lui-même, que ce qu'il trouve si clair devient un piège aux ignorants : car cette parole, Buiez-en tous, dans l'institution de l'Eucharistie, quelque claire qu'il veuille se l'imaginer, après tout ne l'est pas plus que celle-ci dans l'institution de la Pàque : Vous mangerez l'agneau pascal , avec la robe retroussée , et un bâton à la main^ : debout par conséquent, et dans la posture de gens prêts à partir; car c'était là en elTet l'esprit de ce sacrement. Toutefois M. Burnet nous apprend que les Juifs ne le pratiquaient point ainsi- : qu'ils étaient couchés en mangeant l'agneau, comme dans les autres repas, selon la coutume du pays; et que ce changement , qu'ils apportèrent à l'institution divine, était si peu criminel, que Jésus-Christ ne fil pas de scrupule de s'y conformer. Je lui demande en ce cas, si un homme qui aurait pris à la lettre ce commandement divin , sans consulter la Tradition et l'interprétation de l'Eglise, n'y aurait pas trouvé sa mort certaine; puisqu'il y aurait trouvé la condamnation de Jésus- Christ : et puisque cet auteur ajoute après , qu'on doit attribuer à l'Eglise chrétienne la même jouissance c;u'à l'Eglise judaïque ; pourquoi dans la nouvelle Pàque un chrétien croira-t-il avoir tout vu sur la Cène en lisant les paroles de l'institution; et ne sera-t-il pas obligé d'examiner, outre ces paroles , la tradition de l'Eglise, pour savoir ce qu'elle a toujours regardé dans la communion comme nécessaire et indispensable? C'en est assez, sans pousser plus avant cet examen, pour faire voir à M. Burnet qu'on ne peut se dispenser d'y entrer, et que la clarté prétendue qu'un ignorant croit trouver dans ces paroles, Buxcz-en tous, n'est qu'une illusion.

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