‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 263 sur 545 · a;o((., XII, 11. — 2. Burn., II. part., liv. i,p · texte numérisé non relu

a;o((., XII, 11. — 2. Burn., II. part., liv. i,p

HISTOIRE DES VARIATIONS

LXVIII. Deuxième point de Réformation de Henri VIII selon M. Burnet. Que l'Eglise anglicane agissait par un jn'incipe schismatique , lorsqu'elle croijait pouroir régler sa foi indépendamment de tout le reste de l'Eglise. — Pour le second fondement de réform.-Uion qu'on prétend posé par Henri VIII, M. linrnet le l'ait consisicren ce qu'on déclara que « l'Eglise de chaque Elal faisait un corps en- )) lier, et qu'ainsi l'Eglise anglicane pouvait sous » l'autorité et de l'aveu do son chef, c'est-à-dire » de son roi, examiner et réformer les corruptions, » soit de la doctrine ou du service'. » Voilà de belles paroles. Jlais qu'on en pénètre le sens, on verra qu'une telle réformation n'est autre chose qu'un schisme. Une nation qui se regarde comme un coi'ps entier, qui règle sa foi en particulier, sans avoir égard à ce qu'on croit dans tout le reste de l'Eglise, est une nation qui se détache de l'Eglise universelle, el qui renonce à l'unité de la foi et des sentiments, tant recommandée à l'Eglise par Jésus-Christ et par ses apôtres. Quand une Eglise ainsi cantonnée se donne son roi pour son chef, elle se fait en matière de religion un principe d'unité que Jésus-Christ et l'Evangile n'ont pas étahli : elle change l'Eglise en corps politique, et donne lieu à ériger autant d'Eglises séparées qu'il se peut former d'Etals. Cette idée de réformation et d'Eglises est née dans l'esprit de Henri VIII et de ses flatteurs; et jamais les chrétiens ne l'avaient connue.

LXIX. Si en cela l'Eglise anglicane suivait l'ancienne Eglise, comme le prétend M. Burnet. — On nous dit que « tous les conciles provinciaux de l'an- » cienne Église fournissaient l'exemple d'une scm- » blable pratique, ayant condamné les hérésies et » reforme les abus-. » Mais cela, c'est visiblement donner le change. Il est bien vrai que les conciles provinciaux ont dû condamner d'abord les hérésies qui s'élevaient dans leur pays : car, pour y remédier, eùt-il fallu attendre que le mal gagnât, et que toute l'Eglise en fût avertie? Aussi n'est-ce pas là notre question. Ce ([u'il fallait nous faire voir, c'est que ces Eglises se regardassent comme un corps entier, à la manière qu'on le lit en Angleterre; el qu'on y réformât la doctrine , sans prendre pour règle ce qu'on croyait unanimement dans tout le corps de l'Eglise. C'est de quoi on ne produira jamais aucun exemple. Lorsque les Pères d'Afrique condamnèrent l'hérésie naissante de Célestius et de Pelage, ils posèrent pour fondement la défense d'entendre l'Ecriture sainte « autrement que toute l'Eglise ca- » iholique répandue par toute la terre ne l'avait » toujours entendue'. » Alexandre d'Alexandrie posa le môme fondement contre Arius, lorsqu'il dit en le condamnant : « Nous ne connaissons qu'une Il seule Eglise catholique el apostolique, qui ne » pouvant être renversée par toute la puissance du » monde , détruit toute im])iétc el toute hérésie. » Et encore : « Nous croyons dans tous ses articles ce » qu'il a plu à l'Eglise apostolique*. » C'est ainsi que les évô(iues el les conciles particuliers condamnaient les hérésies par un premier jugement, en se conformant à la foi commune de tout le corps. On y envoyait ces décrets à toules les Eglises; el c'était

1. Préf., I. part; t. m, p. -103. — 2. Idem, Pré/". — 3. Conc. Milev., cap. 2, Concit. Labb., T- ii , col. 1538. — 4. Ep. Alexand. Epiât. Ah'X. ad Alexand. Conslanlinop., Conc. Labb. , T. Il, col. 22, ut Theod., Ilisl. Eccl., l. i, c. 3.

de celte unité qu'ils liraient leur dernière force.

LXX. Si l'Eglise anglicane eut raison de croire qu'il était trop difficile en nos jours de consulter la foi de toute l'Eglise. — Mais on dit que le remède du concile universel, aisé sous l'empire romain lorsque les Eglises avaient un souverain commun, est devenu trop difficile, depuis que la chrélienlô est partagée en tant d'Etats' : autre illusion. Car premièrement le consentement des Eglises peut se déclarer par d'autres voies que par des conciles universels : témoin dans saint Cyprien la condamnation de Novatien; témoin celle de Paul de Samosale , dont on a écrit qu'il avait été condamné par le concile et le jugement de tous les écèques du monde'^, parce que tous avaient consenti au concile tenu contre lui à Antioche; témoin enfm les pélagiens, et tant d'autres hérésies, qui sans concile universel ont été suffisammenl condamnés par l'autorité réunie du Pape el de tous les évèques. Lorsque les besoins de l'Eglise ont demandé qu'on assemblât un concile universel, le Saint-Esprit en a bien trouvé les moyens; et tant de conciles qui se sont tenus depuis la chute de l'empire romain, onl bien fait voir que pour assembler les pasteurs, quand il a fallu , on n'avait pas besoin de son secours. C'est qu'il y a dans l'Eglise catholique un principe d'unité indépendant des rois de la terre. Le nier, c'est faire l'Eglise leur captive, el rendre défectueux le céleste gouvernement institué par Jésus-Christ. Mais les protestants d'Angleterre n'ont pas voulu reconnaître cette unité, à cause que le Sainl-Siége en est dans l'extérieur le principal cl ordinaire lien; el ils ont mieux aimé, même en matière de religion , avoir leurs rois pour leurs chefs, que de reconnaître dans la chaire de saint Pierre un principe établi de Dieu pour l'unité chrétienne.

LXXI. Toutes sortes de nouveautés s'introduisaient en Angleterre, malgré les rigueurs de Henri VIII, el pourquoi. — Les six articles publiés de l'autorité du roi et du Parlement tinrent lieu de loi durant tout le règne de Henri VIII. Mais que peuvent sur les consciences des décrets de religion, qui tirant leur force de l'autorité royale , à qui Dieu n'a rien commis de semblable, n'ont rien que de politique? Encore que Henri VIII les soutint jjar des supplices innombrables, et qu'il fît mourir cruellement non-seulement les catholiques qui détestaient sa suprématie, mais encore les luthériens cl les zwinglicns qui attaquaient aussi les autres articles de sa foi; toutes sortes d'erreurs se coulaient insensiblement dans l'Angleterre, et les peuples ne surent plus à quoi se tenir, quand ils virent qu'on avait méprisé la chaire de saint Pierre, d'où l'on savait que la foi était venue en celle grande lie; soit qu'on voulut regarder la conversion de ses anciens habitants sous le pape saint Eleuthère, soit qu'on s'arrèiat à celle des Anglais qui fut procurée par le pape saint Grégoire.

Tout l'état de l'Eglise anglicane , tout l'ordre de la discipline, toute la disposition de la hiérarchie dans ce royaume, et enlin la mission aussi bien que la consécration de ses évèques, venait si certainenicnl de ce grand Pape et de la chaire de saint Pierre, ou des évoques qui Ja regardaient comme le

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