‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 265 sur 545 · LIVRE VII. — REFORMATION ANGLICANE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — REFORMATION ANGLICANE

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y joigiuiit un avis de recevoir avec soumission les ordres qui seraient bientôt envoije's. C'est ainsi que s'est établie la Rélormation anglicane, et cet ouvrage de lumière, dunt on fait, selon M. Burnel', l'ajMlogie en écrivant son histoire.

LXXX. Les six articles abolis. — Avec ces préparatifs, la Réforuialion anglicane fut commencée par le duc de Sommerset et par Cranmer. D'abord la puissance royale détruisit la foi que la puissance royale avait établie. Les sis articles , que Henri Mil avait publiés avec toute son autorité spirituelle et temporelle, furent abolis- : et malgré toutes les précautions qu'il avait prises par son testament pour conserver ces précieux restes de la religion catholique, et peut-être pour la rétablir tout entière avec le temps, la doctrine zwinglienne tant détestée par ce prince gagna le dessus.

LXXXI. Pierre Martyr appelé, et la doctrine zn-inrjlienne ^taWi'e (1540-1551). — Pierre Martyr Florentin, et Bernardin Ochin, qui depuis fut l'ennemi déclaré de la divinité de Jésus-Christ, furent appelés pour commencer cette réforme. Tous deux avaient quitté , comme les autres réformateurs , la vie monastique pour celle du mariage. Pierre ilartyr était un pur zwinglien. La doctrine qu'il proposa sur l'Eucharistie en Angleterre en 1549, se réduisait à ces trois thèses : 1° Qu'il n'y avait point de transsubstantiation ; 2" Que le corps et le sang de Jésus-Christ n'étaient point corporellement dans l'Eucharistie ni sous les espèces; 3° Qu'ils étaient unis sacramentellement , c'est-à-dire, figurément, ou tout au plus en vertu, au jjain et au ri/i'.

LXXXII. Bucer n'est pas écouté. — Bucer n'approuva point la seconde thèse ; car, comme nous avons vu , il voulait bien qu'on exclût une présence locale , mais non pas une présence corporelle et substantielle. Il soutenait que Jésus-Christ ne pouvait pas être éloigné de la Cène, et qu'il était tellement au ciel, qu'il n'était pas substantiellement éloigné do l'Eucharistie. Pierre Martyr croyait que c'était une illusion d'admettre une présence corporelle et substantielle dans la Gène, sans y admettre la réalité que les catholiques soutenaient avec les luthériens : et quelque respect qu'il eût pour Bucer, le seul des protestants qu'il considérait, il ne suivit pas son avis. On dressa en Angleterre une formule selon le sentiment de Pierre Martyr. On y disait « que le corps de Jésus-Christ n'était qu'au ciel ; » qu'il ne pouvait pas être réellement présent en » divers lieux; qu'ainsi en ne devait établir aucune » présence réelle et corporelle de son corps et de » son sang dans l'Eucharistie''. » Voilà ce qu'on définit. Mais la foi n'était pas encore en son dernier état ; et nous verrons en son temps cet article bien réformé.

LXXXIII. Aveu de M. Burnel sur la croyance de l'Eglise grecque. — Nous sommes ici obligés à M. Burnet d'un aveu considérable : car il nous accorde que la présence réelle est reconnue dans l'Eglise grecque. Voici ses paroles : « Le sentiment

des luthériens semblait approcher assez de la doc- " irine de l'Eglise grecque, qui avait enseigné que

1. Préf. — 2. //. part , liv. i, p. 53. — 3. Ilnsp., II. pan., an. I.ï-t7. f. 207. SOS et seq.; Buni., II. part., liv. l, ÎJ. 161. — 1. Burn.,p.2ô'à. GOl.

» la substance du pain et du vin, et le corps de » Jésus-Christ étaient dans le sacrement*. » Il est en cela de meilleure foi que la plupart de ceux de sa religion : mais en mémo temps il oppose une plus grande autorité aux nouveautés de Pierre Martyr.

LXXXIV. Les réformateurs se repentent d'avoir dit qu'ils avaient agi par l'assistance du Saint-Esprit dans la réformalion de la liturgie. — L'esprit de changement se mit alors tout à fait en Angleterre. Dans la réforme de la liturgie et des prières pubhques qui se fit par l'autorité du Parlement , (car Dieu n'en écoulait aucunes que celleslà) on avait dit que les commissaires nommés par le roi pour les dresser, en « avaient achevé l'ouvrage » d'un consentement unanime , et par l'assistance » du Saint-Esprit. » L'on fut étonné de cette expression ; mais les réformateurs surent bien répondre « que cela ne s'entendait pas d'une assistance ou » d'une inspiration surnaturelle, et qu'autrement il » n'eût point été permis d'y faire des changements. » Or ils y en voulaient faire ces réformateurs , et ils ne prétendaient pas former d'abord leur religion. En elïet on flt bientôt dans la liturgie des changements très-considérables ; et ils allaient principalement à ûter toutes les traces de l'antiquité que l'on avait conservées.

LXXXV. Tous les restes d'antiquité, retenus d'abord dans la liturgie, en sont effacés. — On avait retenu cette prière dans la consécration de l'Eucharistie : « Bénis, ôDieu, et sanctifie ces présents, et » ces créatures de pain et de vin, atîn qu'elles soient » pour nous le corps et le sang de ton très-cher » Fils , etc. -. » On avait voulu conserver dans cette prière quelque chose de la liturgie de l'Eglise romaine, que le moine saint Augustin avait portée aux Anglais avec le christianisme, lorsqu'il leur fut envoyé par saint Grégoire. Mais bien qu'on l'eût alTuiblie en y retranchant quelques termes, on trouva encore qu'elle sentait trop la transsubstantiation, ou même la présence corporelle^; et on l'a depuis entièrement effacée.

LXXXVI. L'Angleterre abroge la messe qu'elle avait ouïe en se faisant chrétienne. — Elle était pourtant encore bien plus forte , comme la disait l'Eglise anglicane, lorsqu'elle reçut le christianisme : car au lieu qu'on avait mis dans la liturgie réformée, que ces présents soient pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ , il y a dans l'original , que cette oblation nous soit faite le corps et le sang de Jésus-Christ. Ce mot de faite signihe une action véritable du Saint-Esprit qui change ces dons , conformément à ce qui est dit dans les autres liturgies de fantiquité : « Faites, ô Seigneur, de ce pain le » propre corps , et de ce vin le propre sang de » votre Fils , les changeant par votre Esprit saint*. » Et ces paroles , nous soit fait le corps et le sang se disent dans le même esprit que celles-ci d'Isaïe : Un petit enfant nous est né; un fils nous est donné'' : non pour dire que les dons sacrés ne sont faits le corps et le sang que lorsque nous les prenons, comme on l'a voulu entendre dans la Réforme; mais pour dire que c'est pour nous qu'ils

1. Burn., p. 15S. — 2. Liv. t.p. lU. — 3. Pap. 235, 25S. — •1. Lit. de S. Bas.,Edit. Bencd.,upp. T. ii , pag . IJIO et Wi . — 5. /s., IX. 6.

HISTOIRE DES VARIATIONS

sont faits tels clans l'Eucharislie; comme c'est pour nous qu'ils ont été formés dans le sein d'une Vierge. La Réformation anglicane a corrigé toutes ces choses qui ressentaicnl trop la transsubslanlialion. Le mot d'oblalion eût aussi trop senti le sacrifice : on l'avait voulu rendre en queUjue façon par le terme de présents. A la lin on l'a Ole tout à fait , cl l'Eglise anglicane n'a plus voulu entendre la sainte lirièrc ([u'elle entendit, lorsqu'on sortant des eaux du Raptème on lui donna la première fois le pain de vie.

LXXXVII. La messe gallicane et les autres, au fond, sont la même chose que la romaine. — Que si on aime mieux que le saint prôtre Augustin lui ait porté la liturgie ou la messe gallicane que la romaine , à cause de la liberté que lui en laissa saint Grégoire', il n'importe : la messe gallicane dite par les Hilaire et par les ]\Iarlin ne différait pas au fond de la romaine, ni des autres. Le Kyrie eleison, le Pater, dit en un endroit plutôt qu'en un autre, et d'autres choses aussi peu essentielles faisaient toute la différence; et c'est pourquoi saint Grégoire en laissait le choix au saint prêtre qu'il envoya en Angleterre-. On faisait en France , comme à Rome , et dans tout le reste de l'Eglise , une prière pour demander la transformation et le changement du pain et du vin au corps et au sang. Partout on employait auprès de Dieu le mérite et l'entremise des saints, mais un mérite fondé sur la divine miséricorde, et une entremise appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on y offrait pour les morts ; et on n'avait sur toutes ces choses qu'un seul langage en Orient et en Occident, dans le Midi et dans le Nord.

LXXXVIII. La Reforme se corrige elle-même sur la prière pour les morts. — La Réformation anglicane avait conservé quelque chose de la prière pour les morts du temps d'Edouard; car on y recommandait encore à la honte infinie de Dieu les âmes des irépasse's'^ . On demandait, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les obsèques, pour l'âme qui venait de sortir du monde la rémission de ses péchés. Mais tous ces restes de l'ancien esprit sont abolis : cette prière ressentait trop le purgatoire. Il est certain qu'on l'a dite dès les premiers temps en Orient et en Occident : n'importe , c'était la messe du Pape et de l'Eglise romaine : il la faut bannir d'Angleterre , et en tourner toutes les paroles dans le sens le plus odieux.

L.XXXIX. Suite des altérations. — Tout ce que la Réforme anglicane tirait de l'antiquité, le dirai-je? elle l'altérait. La Confirmation n'a plus été qu'un catéchisme pour faire renouveler les i)romesses du Raptèmc*. Mais, disaient les catholiques, les Pères dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des Ap{jtres et aussi ancienne que l'Eglise, ne disent pas seulement un mot de cette idée de catéchisme. Il est vrai, et il le faut avouer : on ne laisse pas de tourner la Confirmation en cette forme : autrement elle serait trop papistique. On en ôte le saint chrême, que les Pères les plus anciens avaient appelé l'instrument du Saint-I'sprit^ : l'onction même ii la (in sera olée de l'Extrême-* tnclion'"', quoi qu'en puisse dire saint Jacques; et malgré le

1. Burn.,II. part.,liv. i,p. lOS. — 2. Gfcg.,lib. \-n,epist. 64. T. Il, col. 940. —3. Burn.,p. 114, 116. —4. Pan. 107, lie, 235.-5. Pag. 107, 116, 235. —6. Idem, 116,258.

pape saint Innocent qui parlait de cette onction au (piatrième siècle , on décidera que l'Extréme-Onction ne se trouve que dans le dixième.

XG. Les cérémonies elle signe de la croix retenus . — Parmi ces altérations trois choses sont demeurées, les cérémonies sacrées, les fêtes des saints , les abstinences et le carême. On a bien voulu que dans le service les prêtres eussent des habits mystérieux , symboles de la pureté et des autres dispositions que demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique'; et Calvin parut trop outré en les rejetant. On retint l'usage du signe de la croix-, pour témoigner solennellement que la croix de Jésus-Christ ne nous fait point rougir. On voulait d'abord que « le sacrement du » Baptême , le service de la Confirmation et la con- » sécration de l'Eucharistie fussent témoins du res- » pect qu'on avait pour cette sainte cérémonie. » A la fin néanmoins on l'a supprimée dans la Confirmation et dans la Consécration^, où saint Augustin avec toute l'antiquité témoigne qu'elle a toujours été pratiquée; et je i)e sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le Baptême.

XCI. L'Angleterre nous justifie sur l'observance des fêtes , et même de celles des saints. — M. Burnet nous justifie sur les fêtes et les abstinences. Il veut que les jours de fêtes ne soient pas estimes saints d'une sainteté actuelle et naturelle''. Nous y consentons; et jamais personne n'a imaginé cette sainteté actuelle et naturelle des fêtes qu'il se croit obligé à rejeter. Il dit « qu'aucun de ces jours n'est » proprement dédié à un saint, et qu'on les con- » sacre à Dieu en la mémoire des saints dont on » leur donne le nom. » C'est notre même doctrine. Enfin on nous justifie en tout et partout sur cette matière; puisqu'on demeure d'accord qu'il faut observer ces jours par un principe de conscience''. Ceux donc qui nous objectent ici que nous suivons les commandements des hommes^, n'ont qu'à faire cette objection aux Anglais; ils leur répondront pour nous.

XCII. De même sur l'abstinence des viandes. — Ils ne nous justifient pas moins clairement du reproche qu'on nous fait d'enseigner une doctrine de démons , en nous abstenant de certaines viandes par pénitence. M. Burnet répond pour nous', lorsqu'il Il blâme les mondains qui ne veulent pas con- » cevoir que l'abstinence assaisonnée de dévotion , » et accompagnée de la prière, est peut-être un des » moyens les plus efficaces que Dieu nous propose » pour mettre nos âmes dans une tranquillité néces- » saire , et pour avancer notre sanctification. » Puisque c'est dans cet esprit, et non pas, comme plusieurs se l'imaginent, par une espèce de police temporefie, que l'Eglise anglicane a défendu la viande au vendredi, au samedi, aux vigiles, aux quatre-temps, et dans tout le carême, nous n'avons rien sur ce sujet à nous reprocher les uns aux autres. Il y a seulement sujet do s'étonner que ce soit le roi et le Parlement qui ordonnent ces fêtes et ces abstinences, que ce soit le roi qui déclare les jours maigres, et qui dispense de ces observajices^; et enfin, qu'en matière de religion, on ait mieux aimé

I. Pag. 121 , 508. — 2. Pag. 120. — 3. Pag. 258. — 4. Burn., p . 291 . — 5. Idem. — 6. Maltli., xv. 9. — 7. Pag. 145. — 8. Burn., 1>. 144,294.

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