LIVRE VIL — RÉFORMATION ANGLICANE
Réformalion d'Edouard Vl, el je suis bien aise de le l'aire remarquer ici, parce que tout cela sera changé sous Elisaljelh.
CI. Fausse réponse de Cranmer demnt ses juges (lôôO). — Lorsqu'il s'agit de décerner dans les formes, du supplice de Cranmer, ses juges furent composés de commissaires du Pape et de commissaires de Philippe et de Marie; car la reine avait alors épousé Philippe II , roi d'Espagne. L'accusalion roula sur les mariages et les hérésies de Cranmer. M. Burnet nous apprend que la reine lui pardonna le crime d'Elat pour lequel il avait déjà été condamné dans le Parlement. Il avoua les faits qu'on lui imputait sur sa doctrine et ses mariages , « el remontra seulement qu'il n'avait jamais forcé )y personne de signer ses sentiments'. »
CIL Cranmer condamné selon ses principes. — A entendre un discours si plein de douceur, on pourrait croire que Cranmer n'avait jamais condamné personne pour la doctrine. Mais pour ne point ici parler de l'emprisonnement de Gardiner, évoque de Winchester, de celui de Bonner, évèque de Londres-, ni d'autres choses semblables, l'archevêque avait souscrit sous Henri au jugement où Lambert, el ensuite Anne Askew furent condamnés à morl pour avoir nié la présence réelle^ ; et sous Edouard à celui de Jeanne de Kent, et à celui de George de Pare brûlés pour leurs hérésies''. Bien plus, Edouard porté à la clémence, refusait de signer l'arrêt de mort de Jeanne de Kenl , et il n'y fut déterminé que par l'aulorilé de Cranmer^. Si donc on le condamna pour cause d'hérésie, il en avait lui-même très-souvent donné l'exemple.
cm. Cranmer abjure la Réforme par deux fois , un peu avant son supplice. — Dans le dessein de prolonger l'exécution de son jugement, il déclara qu'il était prêt à aller soutenir sa doctrine demnt le Pape", sans néanmoins le reconnaître : du Pape, au nom duquel on le condamnait, il appela au concile général. Comme il vit qu'il ne gagnait rien, il abjura les erreurs de Luther et de Zuingle'' , el reconnut dislinclemenl avec la présence réelle, tous les autres points de la foi catholique. L'abjuration qu'il signa était conçue dans les termes qui marquaient le plus une véritable douleur de s'èlre laissé séduire. Les réformés furent consternés. Cependant leur réformateur lit une seconde abjuration*, c'està-dire, que lorsqu'il vit, malgré son abjuration précédente , que la reine ne lui voulait pas pardonner, il revint à ses premières erreurs; mais il s'en dédit jjienlùt , ayant encore, dit M. Burnet , de faibles espérances d'obtenir sa grâce. Ainsi , poursuit cet auteur, il se laissa persuader de mettre au net son abjuration , et de la signer de nouceau. Mais voici le secret qu'il trouva pour mettre sa conscience à couvert. !M. Burnet continue : « .i\.ppré- • hendant d'être brûlé malgré ce qu'il avait fait, il 0 écrivit secrètement une confession sincère de sa » créance , et la porta avec lui quand on le mena « au supplice. » Celle confession ainsi secrètement écrite, nous fait assez voir qu'il ne voulut point paraître protestant tant qu'il lui resta quelque espérance. Enlin, comme il en fut tout à fait déchu, il
1. II. part., liv. Il, p. 496. — 2. Idem, liv. i, p. 53, Si. — ;i. /. part., liv. Il, p. 346; Liv. lu, p. 467. —4. //. part., liv. i,p. 169, 171. — 5. /dem. 170. — 6. Pu^. 497. — 7. Pa^. 498. - j. //. part., iiv. I. p. 499.
se résolut à dire ce qu'il avait dans le cœur, et à se donner la tlgure d'un martyr.
CIV. M. Burnet compare la faute de Cranmer à celle de saint Pierre. — M. Burnet emploie toute son adresse à couvrir la honte d'une mort si misérable : et après avoir allégué en faveur de son héros les fautes de saint Alhanase el de saint Cyrille, dont nous ne voyons nulle mention dans V Histoire ecclésiastique, il allègue le reniement de saint Pierre très-connu dans l'Evangile. Mais quelle comparaison de la faiblesse d'un moment de ce grand apôtre avec la misère d'un homme qui a trahi sa conscience durant presque tout le cours de sa vie, et treize ans durant, à commencer depuis le temps de son épiscopat'? qui jamais n'a osé se déclarer que lorsqu'il a eu un roi pour lui? el qui enfin prêt à mourir confessa tout ce qu'on voulut, tant qu'il eût un moment d'espérance; en sorte que sa feinte abjuration n'est visiblement qu'une suite de la lâche dissimulation de toute sa vie.
CV. S'il est vrai que Cranmer ne fut complaisant envers Henri VIII que tant que sa conscience le lui permit. — Avec cela, si Dieu le permet, on nous vantera encore la vigueur de ce perpétuel flatteur des rois ', qui a tout sacrifié à la volonté de ses maîtres, cassant tout autant de mariages, souscrivant à tout autant de condamnations, et consentant à tout autant de lois qu'on a voulu, même à celles qui étaient ou en vérité , ou selon son sentiment , les plus iniques; qui enfin n'a point rougi d'asservir la céleste autorité des évèquesàcelle des rois de la terre , et à rendre l'Eglise leur captive dans la discipline, dans la prédication de la parole, dans l'administration des sacrements et dans la foi. Cependant ]M. Burnet ne trouve en lui qu'une tache remarquable-, qui est celle de son abjuration; et pour le reste il avoue seulement , encore en veut-il douter, qu'it a été peut-être un peu trop soumis aux volontés de Henri VIII. Mais ailleurs, pour le justifier tout à fait , il assure que s'il eût de la complaisance pour Henri, ce fut tant que sa conscience le lui permit^. Sa conscience lui permettait donc de casser deux mariages sur des prétextes notoirement faux, et qui n'avaient d'autre fondement que de nouvelles amours? Sa conscience lui permettait donc, étant luthérien, de souscrire à des articles de foi où tout le luthéranisme était condamné, el où la messe, l'injuste objet de l'horreur de la nouvelle Réforme, était approuvée? Sa conscience lui permettait donc de la célébrer sans y croire durant toute la vie de Henri ; d'offrir à Dieu , même pour les morts, un sacrifice qu'il regardait comme une abomination : de consacrer des prêtres à qui il donnait le pouvoir de l'ofl'rir; d'exiger de ceux qu'il faisait sous-diacres, selon la formule du Pontifical auquel on n'avait encore osé loucher, la continence, à laquelle il ne se croyait pas obligé lui-même, puisqu'il était marié; de jurer l'obéissance au Pape qu'il regardait comme l'Antéchrist, d'en recevoir des bulles, et de se faire instituer archevêque par son autorité; de prier les saints et d'encenser les images, quoique, selon les maximes des luthériens, tout cela ne fût autre chose qu'une idolâtrie; enfin de professer et de pratiquer tout ce qu'il croyait de-