M. Burnet, page 502, 5Û3. — 2. Pay. 503. — 3. Pag
HISTOIRE DES VARIATIONS
voir oler de la maison de Dieu comme une exécralion el un scandale?
CVI. M. liurnet excuse mal les réformateurs. — Mais c'est que « les réformaleurs (ce sont les paroles » de M. Rurnel) ne savaient pas encore que ce fût » absolument un péchô de retenir tous ces abus, » jusqu'à ce que l'occasion se présentât de les abo- » lir'. ■>■ Sans doute ils ne savaient pas que ce fut absolument un péché que de changer selon leur pensée la Cène de Jésus-Christ en un sacrilège, et de se souiller par l'idolâtrie'? Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne sullisail pas, il fallait attendre que le roi el le Parlement le voulussent?
CVII. Illusion dans les exemples de M. Burnet. — On nous allègue Naaman , qui obligé par sa charge de donner la main à son roi, ne voulait pas demeurer debout pendant que son maître lléchissail le genou dans le temple de Remmon^; et on compare des actes de religion avec le devoir el la bienséance d'une charge séculière. On nous allègue les apôtres, qui après l'abolition de la loi mosaïque adoraient encore dans le temple, retenaient la circoncision, et offraient des sacrifices; el on compare des cérémonies que Dieu avait instituées, el qu'il fallait, comme disent tous les saints Pères, ensevelir avec honneur, à des actes que l'on croit être d'une manifeste impiété. On nous allègue les mêmes apôtres qui se faisaient tout à tous , el les premiers chrétiens qui ont adopté des cérémonies du paganisme. Mais si les premiers chrétiens ont adopté des cérémonies indifférentes, s'ensuil-il qu'on on doive pratiquer qu'on croit pleines de sacrilège? Que la Réforme est aveugle , qui pour donner de l'horreur des pratiques de l'Eglise, les appelle des idolâtries I qui contraire à elle-même, lorsqu'il s'agit d'excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs, les traite d'indifférentes, et fait voir plus clair que le jour, ou qu'elle se moque de tout l'univers en appelant idolâtrie ce qui ne l'est pas, ou que ceux qu'elle regarde comme ses héros sont les plus corrompus de tous les hommes I Mais Dieu a révélé leur hypocrisie parleur historien; el c'est M. Rurnetqui met leur honte en plein jour.
CVIII. M. llurnel peu sûr dans ses faits. — Au reste, si pour convaincre la Réforniation prétendue par elle-même, je n'ai fait pour ainsi dire qu'abréger l'Histoire de M. Rurnet, et que j'aie reçu comme vrais les faits que j'ai rapportés; par là je ne prétends point accorder les autres, ni qu'il soit permis à M. liurnet de faire passer tout ce qu'il raconte, à la faveur des vérités désavantageuses à sa religion qu'il n'a pu nier. Je ne lui avouerai pas, par exemple, ce qu'il dit sans témoignage et sans preuve, que c'était une résolution prise entre François P'' et Henri VIII de se soustraire de concert à l'obéissance du Pape , el de changer la messe en une simple communion, c'est-à-dire, d'en supprimer l'oblaliiiii et le sacrilice^. (in n'a jamais ouï jiarler en France de ce fait avancé par M. Rurnel. Un ne sait non plus ce que veut dire cet historien, lorsqu'il assure que ce qui lit changer à François I""' la résolution d'abolir la puissance des Papes, c'est que Clément \'II « lui accorda tant d'autorité sur
l.T.l, Préf. — 2. IV. Reg., v, 13, 19.— 3. J.iuirt., liv. il, p. 193 ; Idem, liv. m , p. le".
» tout le clergé de France, que ce prince n'en eût pas eu davantage en créant un patriarche' ; » car ce n'est là qu'un discours en l'air, et une chose inconnue à notre histoire. M. Rurnet ne sait pas mieux l'histoire de la religion protestante, lorsqu'il avance si hardiment, comme chose avouée entre les réformateurs, que les bonnes ccuvres étaient indispensablement nécessaires pour le salut-; car il a vu et il verra cette proposition , les bonnes œurres sont nécessaires au salut, expressément condamnée par les luthériens dans leurs assemblées les plus solennelles'. Je m'éloignerais trop de mon dessein, si je relevais les autres faits de cette nature : mais je ne puis m'enipôcher d'avertir le monde du peu de croyance que mérite cet historien, sur le sujet du concile de Trente qu'il a parcouru si négligemment, qu'il n'a pas même pris garde au titre que ce concile a mis à la tête de ses décisions; puisqu'il lui reproche d'avoir uswpé le litre glorieux de trèssaint Concile œcuménique , représentant l'Eglise universelle''; bien que cette qualité ne se trouve en aucun de ses décrets : chose peu importante en elle-même, puisque ce n'est pas cette expression qui constitue un concile; mais enfin elle n'eût pas échappé à un homme qui aurait seulement ouvert le livre avec quelque attention.
GIX. Illusion de M. Burnet sur Fra-Paolo. — On se doit donc bien garder de croire notre historien en ce qu'il prononce touchant ce concile, sur la foi de Fra-Paolo, ifui n'en est pas tant l'historien que l'ennemi déclaré. M. Burnet fait semblant de croire que cet auteur doit être pour les catholiques au-dessus de tout reproche, parce qu'il est de leur parti^ ; el c'est le commun artifice de tous les prolestants. Mais ils savent bien en leur conscience que ce Fra-Paolo, qui faisait semblant d'être des nôtres, n'était en effet qu'un protestant habillé en moine. Personne ne le connaît mieux que M. Burnet qui nous le vante. Lui qui le donne dans son Histoire de la Réformation pour un auteur de notre parti, nous le l'ail voir dans un autre livre qu'on vient de traduire en notre langue, comme un protestant caché, qui regardait la liturgie anglicane comme son modèle^'; qui à l'occasion des troubles arrivés entre Paul V el la Répulilique de Venise, ne travaillait qu'à porter cette République à iine entière séparation , non-seulement de la Cour, mais encore de l'Eglise de Rome; qui se croyait dans une Eglise corrompue et dans une communion idolâtre, où il ne laissait jjas de demeurer; qui écoulait les confessions , qui disait la messe, et adoucissait les reproches de sa conscience en omettant une grande partie du canon , et en gardant le silence dans les parties de l'office qui étaient contre sa conscience. Voilà ce qu'écrit M. Rurnet dans la Vie de GuilUmme Bedell, évêque protestant de Kilmore en Irlande, qui s'était trouvé à Venise dans le temps du démêlé, et à qui Fra-Paolo avait ouvert son cœur. Je n'ai jias besoin de parler des lettres de cet auleur, toutes protestantes, qu'on avait dans loules les bibliothèques, et que Genève a enfin rendues publicpics. Je ne parle à M. liurnet que de ce qu'il écrivail luimême, pendant qu'il conqilait parmi nos auteurs
1. /. part. l. Il, p. 196.— 2. Idem, liv. m, p. 392, 493. — :!. Ci-dessus, liv. v, n. \2; et <)i-.iprès, liv. vin, n. 30 et suiv. — 1. //. part., liv. I, p. 29. — 5. /. part., Préf. — 6. Vie de Guill. Bedell, Ev. de Kilmore, en Irlande; p. 9, 19,20.