‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 272 sur 545 · ft/.. r/'. "'' ,!/••/. MO · texte numérisé non relu

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LIVUl'] VIII (1546-1561).

» qu'il le vil, il on détesta l'esiirit profane et les » mœurs infâmes, et il l'avait toujours regarde » comme la honte du parti protestant. » C'en était pourtant une des colonnes : l'Eglise de Nuremberg, une des premières de la secte, l'avait mis à la tète de ses pasteurs dès l'an 152-2, et on le trouve partout dans les conférences avec les premiers du parti : mais Calvin s'étonne « qu'on ait pu l'yendu- » rer si longtemps; et on ne comprend pas après » toutes ses fureurs, comment Mélanchlon a pu lui » donner tant de louanges. »

XIII. Sentiment de Melanchton et des autres protestants sur Osiandre. — On croira peut-être que Calvin le traite si mal par une haine particulière; car Osiandre était le plus violent ennemi des sacramentaires; et c'est lui qui avait outré la matière de la présence réelle, jusqu'à soutenir qu'il fallait dire du pain de l'Eucharistie : Ce pain est Dieu'. Mais les luthériens n'en avaient pas meilleure opinion; et Melanchton qui trouvait souvent à propos, comme Calvin lui reproche, de lui donner des louanges excessives, ne laisse pas en écrivant à ses amis, de blâmer son extrême arrogance, ses rêveries, ses autres excès, et les prodiges de ses opinions'-. Il ne tint pas à Osiandre qu'il n'allât troubler l'Angleterre, où il espérait que la considération de son beau-frère Cranmer lui donnerait du crédit : mais Melanchton nous apprend que des personnes de savoir et d'autorité avaient représenté le péril qu'il y avait « d'attirer en ce pays-là un homme qui » avait répandu dans l'Eglise un si grand chaos de » nouvelles opinions. » Cranmer lui-même entendit raison sur ce sujet, et il écouta Calvin, qui lui parlait des illusions dont Osiandre fascinait les autres , et se fascinait lui-même'.

XIV. Osiandre , enjlé de sa faveur auprès du prince, ne garde plus de mesure. — Il ne fut pas plus tôt en Prusse, qu'il mit en feu l'Université de Kœnigsberg par sa nouvelle doctrine de la.Justitîcation-*. Quelque ardeur qu'il eût toujours eue à la soutenir, il craignit, disent mes auteurs, la magnanimité de Luther ^, et durant sa vie il n'osa rien écrire sur cette matière. Le magnanime Luther ne le craignait pas moins : en général, la Réforme sans autorité, ne craignait rien tant que de nouvelles divisions, qu'elle ne savait comment finir; et pour ne pas irriter un homme dont l'éloquence était redoutée, ou lui laissa débiter de vive voix tout ce qu'il voulut. Quand il se vit dans la Prusse, affranchi du joug du parti, et, ce qui lui enlla le cœur, en grande faveur auprès du prince, qui lui donna la première chaire dans son Université, il éclata de toute sa force, et partagea bientôt toute la province.

XV. La dispute des cérémonies ou des choses indi/fe'renles (1549). — D'autres disputes s'allumaient en même temps dans le reste du luthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies, ou les choses indiU'crentes, fut poussée avec beaucoup d'aigreur. Melanchton, soutenu des académies de Leipsick et de Wittemberg où il était tout-puissant, ne voulait pas qu'on les rejetât^. De tout temps c'avait été son opinion, qu'il ne fallait changer que le moins qu'il se pouvait dans le culte extérieur'. Ainsi

1. Ci-dessus, liv. Il, n. 3. — 2. Lih. n, ep. 210, 259, 447, etc. —3. CaL, ep. ad Cranmer,, col. 134. — 4. Acad. Regiomontana.

— h. Chijlr.. ibid.,p. 445. — 6. Sleid,, lib. xxi. 305; xxil. 378.

— 7. Lib. I, ep. 16, ad Phil. Caiit., an. 1525.

durant ['Intérim il se rendit fort facile sur ces pratiques indifférentes, et ne croyait pas, dit-il, que pour un surplis, pour quelques fêtes, ou pour l'ordre des leçons', il fallut attirer la persécution. On lui fit un crime de cette doctrine; et on décida dans le parti, que ces choses indifférentes devaient être absolument rejetées^; parce que l'usage qu'on en faisait, était contraire à la liberté des Eglises, et enfermait, disait-on, une espèce de profession du papisme.

XVI. Jalousie et desseins cachés d'Illyric contre Melanchton. — Mais Flaccius Illyricus, qui remuait cette question , avait un dessein plus caché. Il voulait perdre Melanchton dont il avait été disciple, mais dont il était ensuite tellement devenu jaloux, qu'il ne le pouvait souffrir. Des raisons particulières l'obligeaient à le pousser plus que jamais : car au lieu que I\Iélanchton tâchait alors d'affaiblir la doctrine de Luther sur la présence réelle, Illyric et ses amis l'outraient jusqu'à établir l'ubiquité'. En effet , nous la voyons décidée par la plupart des Eglises luthériennes, et les actes en sont imprimés dans le livre de la Concorde que presque toute l'Allemagne luthérienne a reçu.

Nous en parlerons dans la suite : et pour suivre l'ordre des temps, il nous faut parler maintenant de la Confession de foi qu'on appela Saxonique , et de celle de Wirtemberg^ : ce n'est point Wittemberg en Saxe, mais la capitale du duché de Wirtemberg.

XVII. La Confession Saxonique et celle de Wittemberg : pourquoi faites, et par quels auteurs. — Elles furent faites toutes à peu près dans le môme temps, c'est-à-dire, en 1551 et 1552, pour être présentées au concile de Trente , où Charles V victorieux voulait que les protestants comparussent.

La Confession Saxonique fut dressée par Melanchton : et nous apprenons de Sleidan^ que ce fut par ordre de l'électeur Maurice que l'empereur avait mis à la place de Jean Frédéric. Tous les docteurs et tous les pasteurs assemblés solennellement à Leipsick l'approuvèrent d'une commune voix; et il ne devait rien y avoir de plus authentique qu'une Confession de foi faite par un homme si célèbre , pour être proposée dans un concile général. Aussi fut-elle reçue non-seulement dans toutes les terres de la maison de Saxe et de plusieurs autres princes, mais encore par les Eglises de Poméranie et par celle de Strasbourg", comme il parait par les souscriptions et les déclarations de ces Eglises. Brentius fut l'auteur de la Confession de Wirteniberg'; et c'était après Melanchton Thomnie le plus célèbre de tout le parti. La Confession de Melanchton fut appelée par lui-même la répétition de la Confession d'Augsbourg. Christophe , duc de Wirtemberg, par l'autorité duquel la Confession de Wirtemberg fut publiée, déclare aussi qu'il confirme et ne fait que répéter la Confession d'Augsbourg. Mais pour ne faire que la répéter, il n'était pas besoin d'en faire une autre; et ce terme de répétition fait voir seulement qu'on avait honte de produire tant de nouvelles Confessions de foi.

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