XVIII. Article de l'Eucharistie dans la Confes
1. Lib. II, ep. 70: Lib, ii. 36.-2, Conrord, p. 514,789.— 3. Sleid., Idem. — 4. Sijnt. Gen., II. part., p. 48, 9S. — 5. Liv. xxu. — 0. Synt. Gcn., II. part,, p. 94 et seq. — 7. Idem.
HISTOIRE DES VARIATIONS
sion Saxonique. — En effet, pour commencer jiar la saxonique , l'arlicle de l'Eucharislie y fut expliqué en des termes bien différents de ceux dont on s'était servi à Augsbourg. Car pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que Mélanchlon substitue aux deux ou trois lignes du dixième article d'Augsbourg, où cette matière est décidée, voici ce qu'il y avait d'essentiel : « Il faut, disait- » il ', apprendre aux bommes que les sacrements » sont des actions instituées do Dieu, et que les » choses ne sont sacrements que dans le temps de » l'usage ainsi établi; mais que dans l'usage établi " de cette communion, Jésus-Christ est véritablement » et substantiellement présent, vraiment donné à » ceux qui reçoivent le corps et le sang de Jésus- » Christ; par où Jésus-Christ témoigne qu'il est en » eux, et les fait ses membres. »
XI.X. Changement que fit Me'lanchton dans la Confession Saxonique, aux articles de celle d'Augsbourg et de Smalcalde. — Mélanchton évite de mettre ce qu'il avait mis à Augsbourg, « que le » corps et le sang sont vraiment donnés avec le » pain et le vin, » et encore plus ce que Luther avait ajouté à Smalcalde , « que le pain et le vin )) sont le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, » qui ne sont pas seulement donnés et reçus par » les chrétiens pieux, mais encore par les impies. » Ces importantes paroles , que Luther avait choisies avec tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Mélanchton à Smalcalde, comme on a vu , furent retranchées par Mélanchton môme de sa Confession Saxonique. Il semble qu'il ne voulait plus que le corps de Jésus-Christ fût pris par la bouche avec le pain, ni qu'il fût reçu substantiellement par les impies , encore qu'il ne niât pas une présence substantielle où Jésus-Christ vint à ses fidèles, non-seulement par sa vertu et par son esprit, mais encore en sa propre chair et en sa propre substance, détaché néanmoins du pain et du vin : car il fallait que l'Eucharistie produisit encore cette nouveauté, et que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon , Jésus-Christ y lut dans les derniers siècles en butte aux contradictions-, comme sa divinité et son incarnation l'avaient été dans les premiers.
.\.\. L'article de l'Eucharistie dans la Confession de Wirlemberg. — Voilà comme on répétait la Confession d'Augsbourg et la doctrine de Luther dans la Confession Saxonique. La confession deWirlemlicrg ne s'éloigne pas moins de celle d'Augsbourg, ni des articles de Smalcalde. Elle dit que le crai corps et le vrai sang est distribué dans l'Eucharistie , et rejette ceux qui disent que le pain et le rin sont des signes du corps et du sang de Jt'sus-Christ ahaent'^. Elle ajoute « ([u'il est au pouvoir de Dieu n d'anéantir la substance du pain, ou de la changer » en son corps , mais que Dieu n'use pas de ce » pouvoir dans la Cène, et que le vrai pain demeure ii avec la vraie présence du corps. » Elle élablit manifestement la concomitance, en décidant « qu'on- » core que Jésus-Christ soit distribué tout enlicr » tant dans le pain ([ue dans le vin de l'Eucharis- » tie, l'usage des deux parties ne laisse pas de de- » voir être universel. » Ainsi elle nous accorde deux
1. Cnp. de Cœnâ S'jnt. Gen., II. pari., p. 72. — 2. Luc.,n. 31. — 3. CoJiA WirU'mb., cap. de Eticli-, ibid., p. 113.
choses; l'une que la transsubstantiation est possible, et l'autre que la concomitance est certaine : mais encore qu'elle défende la réalilé jusqu'à admettre la concomitance, elle ne laisse pas d'expliquer cette parole : Ceci est mon corps, par celle d'Ezéchiel qui dit : Celle-là est Jérusalem , en montrant la représentation de cette ville.
XXI. La confusion où l'on tombe quand on s'abandonne à ses propres pensées. — C'est ainsi que tout se confond , lorsqu'on sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. Comme les défenseurs du sens figuré reçoivent quelque impression du sens littéral, ainsi les défenseurs du sens littéral sont quelquefois éblouis par les trompeuses subtilités du sens figuré. Au reste, il ne s'agit pas ici de savoir si , à force de raffiner sur des expressions différentes de tant de Confessions de foi, on trouvera quelque moyen violent de les réduire à un sens conforme. Il me suffit de faire observer combien de peine ont eu à se contenter de leurs propres Confessions de foi, ceux qui ont quitté la foi de l'Eglise.
Les autres articles de ces Confessions de foi ne sont pas moins remarquables que celui de l'Eucharistie.
XXII. Dieu ne veut pas le péché. Article mieux expliqué dans la Confession Saxonique, qu'on n'avait fait dans celle d'Augsbourg. — La Confession Saxonique reconnaît que « la volonté est libre; que » Dieu ne veut point le péché, ni ne l'approuve, » ni n'y coopère : mais que la libre volonté des » hommes et des diables est cause de leur péché et » de leur chute*. » Il faut louer Mélanchton d'avoir ici corrigé Luther, et de s'être corrigé lui-même plus clairement qu'il n'avait fait dans la Confession d'Augsbourg.
XXIII. La coopération du libre arbitre. — Nous avons déjà remarqué qu'il n'avait reconnu à Augsbourg l'exercice du libre arbitre que dans les actions de la vie civile, et que depuis il l'avait étendu même aux actions chrétiennes. C'est ce qu'il commence à nous découvrir plus clairement dans la Confession Saxonique^ : car après avoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elle ne suffit pas seule pour les œuvres que nous appelons surnaturelles, il répète par deux fois (juc la volonté, après avoir reçu le Saint-Esprit, ne demeure pas oisive, c'est-à-dire, qu'elle n'est pas sans action; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile de Trente, une action libre sous la conduite du Saint-Esprit qui la meut intérieurement.
XXIV. Doctrine de Mélanchton sur la coopération du libre arbitre. Demi-pélagianisme. — Et ce que Mélanchlon nous donne à entendre dans cette Confession do foi , il l'explique plus clairement dans ses lettres; car il envient jusqu'à reconnaître dans les œuvres surnaturelles, la volonté humaine, selon l'expression de l'Ecole , comme un agent partial , agens partiale'-' ; c'est-à-dire, que l'homme agit avec Dieu, et que des deux il se fait un agent total. C'est ainsi qu'il s'en était expliqué dans la conférence de Uatisbonne en IS-il. Et encore qu'il sentît bien que cette manière de s'expliquer déplairait aux siens , il
1. Pag. 53. — 2. Cap. de rem. pecc. de lib. arb., etc., Synl. Gen., li. part-, p. 51, GO, 61, etc. — 3. Lib. iv, ep. 240.