‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 274 sur 545 · LIVRE VIII (15Ali-15Glj · texte numérisé non relu

LIVRE VIII (15Ali-15Glj

ne laissa pas de passer outre, à muse, dit-il , que la chose est véritable. Voilà comme il revenait des excès que Luther lui avait appris, encore que Luther y eut persisté jusqu'à la lin. Mais il s'explique plus amplement sur celte matière, dans une lettre écrite à Calvin. « J'avais, dit-il' , un ami qui en rai- » sonnant sur la prédestination, croyait également » ces deux choses , et que tout arrive parmi les » hommes comme l'ordonne la Providence, et qu'il » y a néanmoins de la contingence. Il avouait ce- » pendant qu'il ne pouvait pas concilier ces choses. » Pour moi qui liens, poursuit-il, que Dieu n'est » pas la cause du péché , et ne veut pas le péché, » je reconnais cette contingence dans l'infirmité de » notre jugement, afin que les ignorants confessent » que David est tomhé de lui-même, et par sa pro- » pre volonté, dans le péché; qu'il pouvait conser- » ver le Saint-Esprit qu'il avait en lui, et que dans » ce combat il faut reconnaître quelque action de la » volonté. » Ce qu'il confirme par un passage de saint Basile, où il dit : Aye:: seulement la volonté, et Dieu vient à vous. Par où Mélanchton sendjlait insinuer, non-seulement que la volonté agit, mais qu'elle commence; ce que saint Basile rejette en d'autres endroits, et ce qu'il ne me paraît pas que Mélanchton ait jamais assez rejeté, puisque môme nous avons vu qu'il avait coulé un mot dans la Confession d'Augsbourg, où il semblait insinuer que le grand mal est de dire , non que la volonté puisse commencer, mais qu'elle puisse achever par ellemême l'œuvre de Dieu-.

XXV. L'exercice du libre arbitre clairement reconnu par Mélanchton dans les opérations de la grâce. — Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il reconnaissait l'exercice du libre arbitre dans les opérations de la grâce; puisqu'il avouait si clairement que David pouvait conserver le Saint-Esprit ijuand il le perdit, comme il pouvait le perdre quand il le conserva : mais encore que ce fût là son sentiment, il n'osa le déclarer nettement dans la Confession Saxonique : trop heureux de le pouvoir insinuer doucement par ces paroles, la volonté n'est pas oisive, ni sans action.

C'est que Luther avait tellement foudroyé le libre arbitre, et avait laissé dans sa secte une telle aversion pour son exercice, que Mélanchton n'osait dire qu'en tremblant ce qu'il en croyait, et que ses propres Confessions de foi étaient ambiguës.

XXVI. Sa doctrine condamnée par ses confrères. — Mais toutes ses précautions ne le sauvèrent pas de la censure. Illyric et ses sectateurs ne lui purent soufTrir ce petit mot qu'il avait mis dans la Confession Saxonique, que la volonté 7i' était pas oisive, ni sans action. Ils condamnèrent cette expression dans deux assemblées synodales, avec le passage de saint Basile dont nous avons vu que Mélanchton se servait.

Cette condamnation est insérée dans le livre de la Concorde^. Tout l'honneur qu'on fait à Mélanchton , c'est de ne pas le nommer, et de condamner ses expressions sous le nom général de nouveaux auteurs , ou sous le nom des papistes et des scholastiques. Mais qui considérera avec quel soin on a choisi les expressions de Mélanchton pour les con-

1. Ep. Mel. inter ep. Calv., p. 3S4. — 2. Conf. Aug.,art. xviii. Ci-dessus, liv. m, n. 19, 20. — 3. Pag. 5, S2, 680.

damner, verra bien que c'est à lui qu'on en voulait, et les luthériens de bonne foi en sont d'accord.

XXVII. Confusion des nouvelles sectes. — Voilà donc enfin ce que c'est que les nouvelles sectes. On s'y laisse prévenir contre des dogmes certains dont on prend de fausses idées. Ainsi Mélanchton s'était emporté d'abord avec Luther contre le libre arbitre, et n'en voulait reconnaître aucune action dans les œuvres surnaturelles. Convaincu de son erreur, il penche à l'extrémité opposée; et loin d'exclure l'action du libre arbitre, il se porte à lui attribuer le commencement des couvres surnaturelles. Quand il veut un peu revenir à la vérité, et dire que le libre arbitre a son action dans les ouvrages de la grâce, il se trouve condamné par les siens. Telles sont les agitations et les embarras où l'on tombe en secouant le joug salutaire de l'autorité de l'Eglise.

XXVIII. Doctrine des luthériens qui se contredit elle-même. — Mais encore qu'une partie des luthériens ne veuille pas recevoir ces termes de Mélanchton : La volonté n'est pas sans action dans les opérations de la grâce; je ne sais comment ils peuvent nier la chose, puisqu'ils confessent tous d'un commun accord que l'homme qui est sous la grâce, la peut rejeter et la perdre.

C'est ce qu'ils ont assuré dans la Confession d'Augsbourg; c'est ce qu'ils ont répété dans l'Apologie; c'est ce qu'ilaont de nouveau décidé et inculqué dans le livre de la Concorde' : de sorte qu'il n'y a rien de plus certain parmi eux. D'où il parait qu'ils reconnaissent, avec le concile de Trente, le libre arbitre agissant sous l'opération de la grâce jusqu'à la pouvoir rejeter ; ce qu'il est bon de remarquer, à cause de quelques-uns de nos calvinistes, qui, faute de bien entendre l'état de la question, nous font un crime d'une doctrine qu'ils ne laissent pas de supporter dans leurs frères les luthériens.

XXIX. Ai'ticle considérable de la Confession Saxonique sur la distinction des péchés mortels et véniels. — Il y a encore dans la Confession saxonique un article d'autant plus considérable, qu'il renverse un des fondements de la nouvelle Réforme. Elle ne veut pas reconnaître que la distinction des péchés entre les mortels et les véniels soit appuyée sur la nature du péché même : mais ici les théologiens de Saxe confessent avec Mélanchton , qu'il y a de deux sortes de péchés : « les uns qui chassent du cœur » le Saint-Esprit , et les autres qui ne le chassent » pas-. » Pour expliquer la nature de ces péchés différents, on remarque deux genres de chrétiens, « dont les uns répriment la convoitise, et les autres » lui obéissent. Dans ceux qui la combattent, pour- » suit-on, le péché n'est pas régnant, il est véniel; » il ne nous fait pas perdre le Saint-Esprit; il ne » renverse pas le fondement , et n'est pas contre la » conscience. » On ajoute , que ces sortes de péchés sont couverts ; c'est-à-dire , qu'ils ne sont pas imputés par la miséricorde de Dieu. Selon cette doctrine, il est certain que la distinction des péchés mortels et véniels ne consiste pas seulement en ce que Dieu pardonne les uns, et ne pardonne pas les autres, comme on le dit ordinairement dans la prétendue Réforme; mais qu'elle vient de la nature de la chose. Or il n'en faut pas davantage pour condamner la doctrine de la justice imputative; puisqu'il

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