LIVRE VIII
les erreurs nées dans le parli protestant, lireiil voir aux députés catholiques uu modèle qu'ils avaient dressé des condamnations que leurs compagnons avaient rejetées : ainsi la division éclata d'une manière à ne pouvoir être cachée. Les catholiques ne voulurent plus continuer les conférences , où aussi bien on n'avançait rien , et laissèrent les illyriciens disputer avec les mélanchtonistes, comme saint Paul laissa disputer les pharisiens et les sadducôens', en tirant tout le profit qu'il avait pu de leurs dissensions connues.
XXXV. Triomphe d'Osiandre dans la Prusse. Conversion mémorable de Slaphyle. — On attendait dans la Prusse, quelque chose de vigoureux, et quelque ferme décision contre Osiandre, dont l'insolence ne pouvait plus être supportée. Il témoignait ouvertement faire peu d'état de la Confession d'Augsbourg, et de ^lélanchlon qui l'avait dressée, et des mérites de Jésus-Christ même, dont il ne faisait nulle mention dans la justiûcalion des pécheurs-. Quelques théologiens de Kœnigsberg s'opposaient le phis qu'ils pouvaient à sa doctrine, et entre autres Frédéric Staphyle, un des plus célèbres professeurs en théologie de cette Université, qui avait ouï durant seize ans Luther et Mélanchton à
Witlembera
mais comme ils ne gagnaient rien
avec leurs doctes ouvrages , et que l'éloquence d'Osiandre entraînait le monde, ils eurent recours à l'autorité de l'Eglise de Wirtemberg et du reste de l'AUe.nagne protestante. Lorsqu'ils virent qu'au lieu des condamnations précises et vigoureuses dont la foi inllrme des peuples avait besoin, il ne venait de ce côté-hi que de timides écrits dont Osiandre lirait avantage, ils déplorèrent la faiblesse du parti où il n'y avait nulle autorité contre les erreurs. Staphyle ouvrit les yeux, et retourna au giron de l'Eglise catholique.
XXXVI. i\oui:clle formule des luthe'riens pour expliquer l'Eucharistie dans l'assemblée de Francfort (1558). L'année suivante les luthériens s'assemblèrent à Francfort pour convenir d'une formule sur l'Eucharistie , comme si on n'eût rien fait jusqu'alors. On commença, selon la coutume, en disant qu'on ne faisait que répéter la Confession d'Augsbourg. On y ajoutait néanmoins que « Jésus- » Christ était donné dans l'usage du sacrement » vraiment et substantiellement, et d'une manière «vivillante; que ce sacrement contenait deux » choses, c'est-à-dire, le pain et le corps; et que » c'est une invention des moines, ignorée par toute » l'antiquité, de dire que le corps nous soit donné )> dans l'espèce du pain"*. »
Etrange confusion! L'on ne faisait, disait-on, que répéter la Confession d'Augsbourg ; et cependant cette expression que l'on condamnait à Francfort, que le corps fût présent sous les espèces, se trouve dans une des éditions de cette même Confession qu'on se vantait de répéter, et encore dans l'édition qu'on reconnaissait à Francfort môme pour si véritable, qu'encore aujourd'hui , dans les livres rituels dont se sert l'Eglise française de celte ville , nous lisons l'article X de la Confession d'Augsbourg couché en ces termes : Qu'on reçoit le corps et le sang sous les espèces du pain et du rin.