Lih. I, Ep
exprès où il raconte ce riuil lui a dit en parliculier sur ce sujet'. Mais sans attaquer la foi de Peuccr, il pourrait , dans une nialiore qu'on avait rendue si fertile en é(iuivoiincs, n'avoir pas assez entendu les paroles de Mélancliton, et les avoir accommodées à ses préventions.
Après tout, il m'importe peu de savoir ce qu'aura pensé Mélancliton. Plusieurs protestants d'Allemagne, plus intéressés ([ue nous en cette cause, ont entrepris sa défense; et la bonne foi m'oblige à dire en leur faveur, que je n'ai trouvé nulle part dans les écrits de cet auteur, qu'on ne reçoive Jésus- Gtirist que par la foi ; ce qui est pourtant le vrai caractère du sens figuré. Je ne vois pas non plus qu'il ait jamais dit avec ceux qui le soutiennent, que les indignes ne reçussent pas le vrai corps et le vrai sang; et au contraire il me parait qu'il a persisté en ce qui fut arrêté sur ce sujet dans l'accord de Wiltemberg-.
XL. Mélanchton n'ose parler. — Ce qu'il y a de certain , c'est que dans la crainte qu'avait Mélanchton d'augmenter les divisions scandaleuses de la nouvelle Réforme , où il ne voyait aucune modération , il n'osait presque plus parler qu'en termes si généraux, que chacun y pouvait entendre ce qu'il voulait. Les sacramentaires l'accommodaient peu : les luthériens couraient tous à l'ubiquité. Brentius, le seul presque des luthériens qui avait gardé avec lui une parfaite union, se rangeait de ce parti-là : ce prodige de doctrine gagnait insensiblement dans toute la secte. Il eût bien voulu parler, et il ne savait que dire ; tant il trouvait d'opposition à ce qu'il croyait être la vérité. « Puis-je, disait-il, » expliquer la vérité tout entière dans le pays où » je suis, et la Cour le soulTrirait-elle'? » A quoi il ajoutait souvent : « Je dirai la vérité quand les » Cours ne m'en empêcheront point'. »
Il est vrai que ce sont les sacramentaires qui le font parler de cette sorte : mais outre qu'ils produisent ses lettres, dont ils prétendent avoir les originaux, il n'y a qu'à lire celles que ses amis ont publiées , pour voir que ces discours qu'on lui fait tenir s'accordent parfaitement avec la disposition où l'avaient mis les dissensions implacables de la nouvelle Réforme.
Son gendre , qui conte les faits avec beaucoup de simplicité , nous rapporte qu'il était tellement haï des ubiquitaires, qu'une fois Chytré, un des plus zélés, avait dit, « qu'il se fallait défaire de » Mélanchton; autrement qu'ils auraient en lui un » obstacle éternel à leurs desseins''. » Lui-même dans une lettre à l'électeur Palatin dont Peucer fait mention', d'il qu'il ne roulait plus disputer contre des yens dont il éprouvait les cruautés. Voilà ce qu'il écrivait quelques mois avant sa mort. « Com- >' bien de fois, dit Peucer, et avec combien de san- » glolsm'a-t-il expliqué les raisons qui l'empêchaienl » de découvrir au public le fond de ses sentiments? » Mais qui pouvait le contraindre dans la Cour de Saxe où il était, et au milieu des luthériens , si ce n'était la Cour elle-même, et les violences de ses compagnons?