LIV. Quatre autres propositions pour appliquer
les premières. — Après qu'ils ont posé ces quatre
1 Cnnc. p. Oau. — 2. Pwi . 663 Pt s,-ij .
propositions générales touchant l'efTicace de la prédication , ils en font l'application à la conversion du pécheur par quatre autres propositions plus particulières'. Ils disent donc :
En cinquième lieu, « qu'avant même que l'homme » soit régénéré, il peut lire ou écouler l'Evangile » au dehors; et que dans ces choses extérieures , il » a en quelque façon, son libre arbitre pour assister » aux assemblées de l'Eglise , et y écouter ou n'é- » coûter pas la parole de Dieu. »
En sixième lieu ils ajoutent : « Que par cette pré- » dication, et par l'attention qu'on y donne , Dieu » amollit les cœurs; qu'il s'y allume une petite » étincelle de foi , par laquelle on embrasse les pro- » messes de Jésus-Christ; et que le Saint-Esprit, » qui opère ces bons sentiments, est envoyé dans » les cœurs par ce moyen. »
En septième lieu ils remarquent , « qu'encore » qu'il soit véritable que ni le prédicateur, ni l'au- » diteur ne puissent rien par eux-mêmes, et qu'il » faille que le Saint-Esprit agisse en nous, afin que » nous puissions croire à la parole; ni le prédica- » leur, ni l'auditeur ne doivent avoir aucun doute » que le Saint-Esprit ne soit présent par sa grâce , » lorsque la parole est annoncée en sa pureté, selon » le commandement de Dieu, et que les hommes » l'écoutent et la méditent sérieusement. »
Enlîn ils posent en huitième lieu, « qu'à la vérité » cette présence et ces dons du Saint-Esprit ne se » font pas toujours sentir; mais qu'il n'en faut pas I) moins tenir pour certain que la parole écoutée est » l'organe du Saint-Esprit, par lequel il déploie son » efficace dans les cœurs. »
LV. La résolution des luthériens, fondée sur les huit propositions précédentes , est purement demipélagienne. — Par là donc la difficulté , selon eux, demeure entièrement résolue tant du coté des libertins que du côté des chrétiens inllrmes. Du côté des libertins, parce que par la i''", n«, ni«, iv", v", vi'' et vu" propositions, la prédication attentivement écoutée opère la grâce. Or, par la cinquième il est établi que l'homme est libre à écouter la prédication : il est donc libre à se donner à lui-même ce par où la grâce lui est donnée ; et par là les libertins sont contents.
Et pour les chrétiens infirmes , qui encore qu'ils soient attentifs à la prédication , ne savent s'ils ont la grâce, à cause qu'ils ne la sentent pas, on remédie à leur doute par la huitième proposition , qui leur enseigne qu'il n'est pas permis de douter que la grâce du Saint-Esprit, quoiqu'on ne la sente pas, n'accompagne l'attention à la parole : de sorte qu'il ne reste plus aucune difficulté selon les principes des luthériens; et ni le libertin, ni le chrétien infirme n'ont à se plaindre, puisqu'enfin pour la conversion, tout dépend de l'attention à la parole, qui elle-même dépend du libre arbitre.
LVI. Preuve du demi-pélagianisme des luthériens. — Et afin qu'on ne doute pas de quelle attention ils parlent, je remarque qu'ils parlent de l'attention, en tant qu'elle précède la grâce du Saint-Esprit : ils parlent de l'attention , où par son libre arbitre on peut écouter, ou n'écouter pas- : ils parlent de l'attention par laquelle on écoute l'Evangile au dehors, par laquelle on assiste au.v assemblées