Conc, 1^. 603 el seq. — 2. Iilein. p
HISTOIRE DES VAHIATIONS.
de l'Eglise où la vertu du Saint-Esprit se dôvcloppe, par laquelle on prête l'oreille attentive à la parole , qui est son organe. C'est à cette attention libre que les luthériens attachent la grâce : et ils sont excessifs en tout; puisqu'ils veulent, d'un cùté, que lorsque le Saint-Esprit commence à nous émouvoir, nous n'agissions jioint du tout; et de l'autre, que celle opération du Saint-Esprit qui nous convertit sans aucune coopération de notre coté , soit attirée nécessairement par un acte de nos volontés où le Saint-Esprit n'a point de part, el où noire liberté agit pnremenl par ses forces naturelles.
LVII. Semi-pélagianisme des luUu-rle.ns. Exemple proposé par Calixle. — C'est la dotrine commune des luthériens; et le plus savant de tous ceux qui ont écrit de nos jours l'a expliqué par cette comparaison. Il suppose que tous les hommes sont abimés dans un lac profond , sur la surlace duquel Dieu fait nager une huile salutaire qui délivrera par sa seule force tous ces malheureux, pourvu qu'ils veulent se servir des forces naturelles qui leur sont laissées pour s'approcher de cette huile, et en avaler quelques gouttes'. Cette huile, c'est la parole annoncée par les prédicateurs. Les hommes peuvent d'eux-mêmes s'y rendre attentifs : mais aussitôt qu'ils s'approchent parleurs propres forces pour l'écouler, d'elle-même, sans qu'ils s'en mêlent davantage, elle répand dans leurs cœurs une vertu qui les guérit.
LVIII. Confusion des tioumlles sectes, où l'on jjasse d'une extrémité à l'autre. — Ainsi tous les vains scrupules par où les luthériens, sous prétexte d'honorer Dieu, détruisent premièrement le libre arbitre, et craignent du moins dans la suite, de lui donner trop, aboutissent enlin à lui donner tant de force, que tout soit attaché à son action et à son exercice le plus naturel. Ainsi on marche sans règle, quand on abandonne la règle de la Tradition : on croit éviter l'erreur des pélagiens; on y revient par un autre endroit, et le circuit qu'on fait, ramène au demi-pélagianisme.
LIX. Les calcinistes entrent dans le semi-pélagianisme des luthériens. Ce demi-pélagianisme des luthériens se répand aussi peu à peu dans le calvinisme, par l'inclination qu'on y a de s'unir aux luthériens; et déjà on commence à dire en leur faveur, que le demi-pélagianisme ne damne pas^, c'est-à-dire, qu'on peut innocemment attribuer à son libre arbitre le commencement de son salut.
LX. Difficulté dans le livre de la Concorde sur la certitude du salut. — Je trouve encore une chose dans le livre de la Concorde qui pourrait causer beaucoup d'embarras dans la doctrine luthérienne , si elle n'était bien entendue. On y dit que les lidèles, au milieu de leurs faiblesses el de leurs combats, « ne doivent nullement douter ni de la justice qui » leur est imputée par la foi, ni de leur salut éler- » neP. » Par où il pourrait sembler (lue les luthériens admettent la certitude du salut, aussi bien que les calvinistes. Mais ce sérail ici dans leur doctrine, une contradiction trop visible; puis(iuc, pour croire dans chaque lidôle la certitude du salut,
I. Calixt. Judic, n. 32 , 33, 34. — 2. Jur. Syst. de l'Egl., liv. II, ch. 3. p. 249, 253. — 3. Conc, p. 585.
comme la croicnl les calvinistes, il faudrait aussi croire avec eux l'inamissibililé de la justice, que la doctrine luthérienne rejette expressément, comme on a vu.
LXI. Résolution par la doctrine du docteur Jean- André Gérard. — Pour concilier celte contrariété , les docteurs luthériens répondent deux choses : l'une , <iue par le doute du salut qu'ils excluent de l'àme lidèle, ils n'entendent que l'anxiété, l'agitation et le trouble, que nous en excluons aussi bien qu'eux ; l'autre, que la certitude qu'ils admettent du salut dans tous les justes, n'est pas une certitude absolue, mais une certitude conditionnelle , el supposé que le fidèle ne s'éloigne pas de Dieu par une malice volontaire. C'est ainsi que l'explique le docteur Jean-André Gérard', qui a donné depuis peu un corps entier de controverses; c'est-à-dire, que dans la doctrine des luthériens le lidèle se doit tenir pour très-assuré que Dieu de son côté ne lui manquera jamais, si lui-même ne manque pas le premier à Dieu : ce qui est indubitable. Mettre dans le juste plus de certitude , c'est contredire trop évidemment la doctrine qui nous apprend que, quelque juste qu'on soit, on peut déchoir de la justice , et perdre l'esprit d'adoption : chose dont les luthériens ne doutent non plus que nous.
LXII. Histoire abrégée du livre de la Concorde. — Depuis la compilation du livre de la Concorde, je ne crois pas que les luthériens aient fait en corps aucune nouvelle décision de foi. Les pièces dont ce livre est composé sont de différents auteurs et de différentes dates; et les luthériens nous y ont voulu donner un recueil de ce qu'il y a parmi eux de plus authentique. Le livre fut mis au jour en 1579, après les célèbres assemblées tenues à Torg et à Berg en 157G et 1577. Ce dernier lieu était, si je ne me trompe, un monastère auprès de Magdebourg. Je ne raconterai pas comment ce livre fut souscrit en Allemagne , ni les surprises et les violences dont on prétend qu'on usa envers ceux qui le reçurent, ni les oppositions de quelques princes et de quelques villes qui refusèrent d'y souscrire. Hospinien a écrit une longue histoire qui paraît assez bien fondée en la plupart de ses faits- : c'est aux luthériens qui s'y intéressent, à la contredire. Les décisions particulières qui regardent la Cène el l'ubiquité ont été faites dans les temps voisins de la mort de Mélanchlon , c'est-à-dire , environ les années 1558, 59, 60 et Gl.
LXIII. Les troubles de France commencent. Confession de foi dressée par Calvin. — Ces années sont célèbres parmi nous par les commencements des troubles de France. En 1559 nos prétendus réformés dressèrent la Confession de foi qu'ils présenlèrenl à Charles IX en 1561 , au colloque de Poissy^ C'est l'ouvrage de Calvin , dont nous avons déjà souvent parlé. Mais l'importance de cette action, et les réllexions qu'il nous faudra faire sur cette Confession de foi, nous obligent à expliquer plus profondément la conduite et la doctrine de son auteur.
1. Confess. Calh., 1G79, lib. ii, pari, m, art. 22. c. 2. T/ies. m, n. 2, 3, 4, «< art. 23 , cap. 5, Thés, unie, îi. 6, p. 1426 et 149U. — 2. Ilospin., Concord. discors. imp. 1607. — 3. lie:., Hist. Ecct., IV, p. 520.