‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 286 sur 545 · I. Le génie de Calvin : il raffine au delà de Luther · texte numérisé non relu

I. Le génie de Calvin : il raffine au delà de Luther

— Je ne sais si le génie de Calvin se serait trouvé aussi propre à échaulTer les esprits , et à émouvoir les peuples , que le lut celui de Luther : mais après les mouvements excités, il s'éleva en beaucoup de pays, principalement en France, au-dessus de Luther même, et se fit le chef d'un parti qui ne cède guère à celui des luthériens.

Par son esprit pénétrant et par ses décisions hardies, il raffina sur tous ceux qui avaient voulu en ce siècle -là faire une Eglise nouvelle, et donna un nouveau tour à la Réforme prétendue.

IL Deux points principaux: de la Réforme. Calmn raffine sur l'un et sur l'autre. — Elle roulait principalement sur deux points, sur celui de la Justification et sur celui de l'Eucharistie.

Pour la Justification , Calvin s'attacha autant pour le moins que Luther, à la justice imputative , comme au fondement commun de toute la nouvelle Réforme ; et il enrichit cette doctrine de trois articles importants.

III. Trois choses que CalBin ajoute à la justice imputative. Et premièrement la certitude du salut.

— Premièrement cette certitude que Luther reconnaissait seulement pour la Justification, fut étendue par Calvin jusqu'au salut éternel; c'est-à-dire, qu'au lieu que Luther voulait seulement que le fidèle se tint assuré d'une certitude infaillible qu'il était justifié, Calvin voulut qu'il tint pour certaine avec sa justification sa prédestination éternelle' : de sorte qu'un parfait calviniste ne peut non plus douter de son salut, qu'un parfait luthérien de sa justification.

IV. Mémorable Confession de foi de l'électeur palatin Frédéric IIL. — De celte sorte , si un calviniste faisait sa particulière Confession de foi, il y mettrait cet article ; Je suis assuré de mon salut. Un d'eux l'a fait. Nous avons dans le Recueil de

1. Insiit., lib. m, 2, n. 16 et 24. c. Anlid. Conc.iTrid. in xfss. vi; cap. 13, 14. Opusc, p. 185.

Genève la Confession de foi du prince Frédéric III , comte palatin , et électeur de l'Empire'. Ce prince, en expliquant son Credo, après avoir dit comme il croit au Père, au Fils et au Saint-Esprit , quand il vient à exposer comme il croit l'Eglise catholique, dit « qu'il croit que Dieu ne cesse de la recueillir » de tout le genre humain par sa parole et son n Saint-Esprit, et qu'il croit qu'il en est et sera » éternellement un membre vivant. » Il ajoute qu'il croit que « Dieu apaisé par la satisfaction de Jésus- » Christ ne se souviendra d'aucun de ses péchés , ni » de toute la malice avec laquelle j'aurai , dit-il , à » combattre toute ma vie; mais qu'il me veut donner » gratuitement la justice de Jésus-Christ, en sorte » que JE n'ai point a appréhender les jugements de » Dieu. Enfin je sais très-certainement, poursuit-il, » que je serai sauvé, et que je comparaîtrai avec » un visage gai devant le tribunal de Jésus-Christ. » Voilà un bon calviniste, et voilà les vrais sentiments qu'inspire la doctrine de Calvin, que ce prince avait embrassée.

V. Second dogme ajouté par Calvin à la justice imputative : Qu'elle ne se peut jamais perdre. — De là s'ensuivait un second dogme, c'est qu'au lieu que Luther demeurait d'accord que le fidèle justifié pouvait déchoir de la grâce , ainsi que nous l'avons vu dans la Confession d'Augsbourg , Calvin soulient au contraire que la grâce une fois reçue ne se peut plus perdre ; ainsi qui est justifié , et qui reçoit une fois le Saint-Esprit, est justifié, et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. C'est pourquoi le palatin mettait loul à l'heure parmi les articles de sa foi, qu'ii était membre vivant et perpétuel de l'Eglise. C'est ce dogme, qui est appelé l'inamissibilité de la justice, c'est-à-dire, le dogme où l'on croit que la justice une fois reçue ne se peut plus perdre. Ce mot est si fort reçu dans cette matière , qu'il faut s'y accoutumer comme à un terme consacré qui abrège le discours.

VI. Troisième dogme de Calvin : Que le Baptême n'est pas nécessaire au salut. — Il y eut encore un troisième dogme que Calvin établit comme une suite de la justice imputée : c'est que le Raptème ne pouvait pas être nécessaire à salut, comme le disent les luthériens.

VII. Raisons de Calvin, tirées des principes de Luther, et premièrement sur la certitude du salut. — Calvin crut que les luthériens ne pouvaient rejeter ces dogmes sans renverser leurs propres principes. Ils veulent que le fidèle soit absolument assuré de sa justification dès qu'il la demande , et qu'il se confie en la bonté divine; parce que, selon eux , ni l'invocation ni la confiance ne peuvent soutTrir le moindre doute. Or l'invocation et la confiance ne regardent pas moins le salut que la justification et la rémission des péchés; car nous demandons notre salut, et nous espérons l'obtenir, autant que nous demandons la rémission des péchés et que nous espérons l'obtenir : nous sommes donc autant assurés de l'un comme de l'autre.

VIII. Pour l'inamissibilité de la justice. — Que si on croit que le salut ne nous peut manquer, on doit croire en même temps que la grâce ne se peut perdre, et rejeter les luthériens qui enseignent le contraire.

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