LIVRE IX. — DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN
qu'ils ont d'être nés de parents lidèles; il parait en d'autres endroits qu'ils ne veulent pas que les enfants des fidèles soient toujours régénérés quand ils reçoivent le Baptême , pour deux raisons ; la première, parce que selon leurs maximes le sceau du Baptême n'a pas son effet à l'égard de tous ceux qui le reçoivent, mais seulement à l'égard des prédestinés. La seconde, parce que le sceau du Baptême n'a pas toujours son effet présent, même à l'égard des prédestinés ; puisque tel qui est baptisé dans son enfance n'est régénéré que dans sa vieillesse.
XX. Accord avec ceux de Genève. — Ces deux dogmes sont enseignés par Calvin en plusieurs endroits, mais principalement dans l'accord qu'il lit en 1554 de l'Eglise de Genève avec celle de Zuricli. Cet accord contient la doctrine de ces deux Eglises; et étant reçu de l'une et de l'autre, il a toute l'autorité d'une Confession de foi; de sorte que les deux dogmes que je viens de rapporter y étant expressément enseignés, on les peut compter parmi les articles de foi de l'Eglise calvinienne'.
XXI. Conlradiclion dans la doctrine des calvinistes. — Il parait donc que celte Eglise enseigne deux choses contradictoires. La première , que les enfants des fidèles naissent certainement dans l'alliance et dans la grâce, ce qui oblige nécessairement à leur donner le Baptême; la seconde, qu'il n'est pas certain qu'ils naissent dans l'alliance ni dans la grâce , puisque personne ne sait s'ils sont du nombre des prédestinés.
XXII. Autre contradiction. — C'est encore un grand inconvénient de dire d'un côté le Baptême soit par lui-môme un signe certain de la grâce, et de l'autre que plusieurs de ceux qui le reçoivent sans apporter de leur part aucun obstacle à la grâce qu'il leur présente, comme sont les petits enfants , n'en reçoivent pourtant aucun elïet. Mais en laissant aux calvinistes le soin de concilier leurs dogmes , je me contente de rapporter ce que je trouve dans leurs Confessions de foi.
XXIII. Ra/fuioinent de Calvin sur l'autre point de réforme , qui est celui de l'Eucharistie. — Jusqu'ici Calvin s'est élevé au-dessus des luthériens , en tond^ant aussi plus bas qu'ils n'avaient fait. Sur le point de l'Euciiaristie il s'éleva non-seulement au-dessus d'eux, mais encore au-dessus des zwingliens; et par une même sentence il donna le tort aux deux partis qui divisaient depuis si longtemps toute la nouvelle Réforme.
XXIV. Traité de Calvin pour montrer qu'après quinze ans de disinUe , les luthériens et les zanncjliens ne s'étaient point entendus. — Il y avait {|uinze ans qu'ils disputaient sur le point de la présence réelle , sans jamais avoir pu convenir, quoi qu'on eut pu faire pour les mettre d'accord ; lorsque Calvin- encore assez jeune décida qu'ils ne s'étaient point entendus, et que les chefs des deux partis avaient tort : Luther, pour avoir trop pressé la présence corporelle; Zwingle et Œcolampade , pour n'avoir pas assez exprimé que la chose même , c'est-à-dire, le corps et le sang étaient joints aux signes; parce qu'il fallait reconnaître une certaine présence de Jésus-Christ dans la Cône, qu'ils n'avaient pas bien comprise.
1. Conf. Tigur. el Genev., art. 17, 20. Opusc. Calv.,p. 754. Hosp., an. 15.54. — 2. Tract, de Co:nâ Domint. Opusc.,p. 1.
XXV. Calvin, déjà connu par son Institution, se fait regarder par son Traité de la Cène. — Cet ouvrage de Calvin fut imprimé en français l'an 1540, et depuis traduit en latin par l'auteur même. Il s'était déjà donné un grand nom par son Institution qu'il publia la première fois en 1534, et dont il faisait souvent de nouvelles éditions avec des additions considérables, ayant une extrême peine à se contenter lui-même, comme il dit dans ses préfaces. Mais on tourna encore plus les yeux sur lui , quand on vit un assez jeune homme entreprendre de condamner les chefs des deux partis de la Réforme; et tout le monde fut attentif à ce qu'il apporterait de nouveau.
XXVI. Doctrine de Calvin sur l' Eucharistie , presque oubliée par les siens. — C'est en effet un des points plus mémorables de la nouvelle Réforme: et il mérite d'autant plus d'être considéré, que les calvinistes d'à présent semblent l'avoir oublié, quoiqu'il fasse une partie des plus essentielles de leur Confession de foi.
XXVII. Calvin ne se contente pas qu'on 7'eçoive un signe dans la Cène. — Si (jalvin n'avait fait que dire que les signes ne sont pas vides dans l'Eucharislie, ou que l'union que nous y avons avec Jésus-Christ est effective el réelle et non pas imaginaire; cène serait rien ; nous avons vu que Zwingle et Œcolampade, dont Calvin n'était pas tout à fait content , en avaient bien dit autant dans leurs écrits.
Les grâces que nous recevons par l'Eucharistie, et les mérites de Jésus-Christ qui nous y sont appliquées, suffisent pour nous faire entendre que les signes ne sont pas vides dans ce sacrement; et personne n'a jamais nié que ce fruit que nous en tirons ne fut très-réel.
XXVIII. iYi même un signe efficace. — La difficulté était donc, non pas à nous faire voir que la grâce unie au sacrement en faisait un signe elTicace et plein de vertu, mais à montrer comment le corps et le sang nous étaient effectivement communiqués : car c'est ce que ce saint sacrement avait de particulier, et ce que tous les chrétiens avaient accoutumé d'y rechercher en vertu des paroles de l'Institution.
XXIX. Ni la vertu et le mérite de Jésus-Christ. — De dire qu'on y reçut avec la figure la vertu et le mérite de Jésus-Christ par la foi , Zwingle et Œcolampade l'avaient tant dit, que Calvin n'eût eu rien à désirer dans leur doctrine , s'il n'eut voulu quelque chose de plus.
XXX. La doctrine de Calvin tient quelque chose de celle de Bucer, et des articles de WUtemberg. — Bucer, qu'il reconnaissait en quelque façon jiour son maître, en confessant, comme il avait fait dans l'accord de Wittemberg, une présence substantielle qui fût commune à tous les communiants dignes et indignes, établissait par là une présence réelle indépendante de la foi;et il avait lâché de remplir l'idée de réalité que les paroles de Notre Seigneur portent naturellement dans les esprits. Mais Calvin croyait qu'il en disait trop; et encore qu'il trouvât bon qu'on alléguât aux luthériens les articles de Wittemberg, pour montrer que la querelle de l'Eucharistie était finie par ces articles', il ne s'en tenait pas dans