‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 29 sur 545 · SUR LA PRÉSENTE ÉDITION · texte numérisé non relu

SUR LA PRÉSENTE ÉDITION

Il semblait que messieurs de la religion prétendue réformée , enlisant ce Traité, devaient du moins avouer que la doctrine de l'Eglise y était fidèlement exposée. La moindre chose qu'on put accorder à un évèque, c'est qu'il ait su sa religion, et qu'il ait parlé sans déguisement dans une matière cil la dissimulation serait un crime. Cependant il n'en est pas arrivé ainsi. Ce traité n'étant encore écrit qu'à la main, fut employé à l'instruction de plusieurs personnes particulières, et il s'en répandit beaucoup de copies. Aussitôt on entendit les honnêtes gens de la religion prétendue réformée, dire presque partout , que s'il était approuvé, il lèverait, à la vérité, de grandes difficultés; mais que l'auteur n'oserait jamais le rendre public; et que, s'il l'entreprenait , il n'éviterait pas la censure de toute sa communion, principalement celle de Borne, qui ne s'accommoderait pas de ses maximes. Il parut néanmoins, quelque temps après, avec l'approl)ation de plusieurs évèques, ce livre qui ne devait jamais voir le jour; et l'auteur, qui savait bien qu'il n'y avait exposé que les sentiments du concile de Trente, n'appréhendait pas les censures dont les prétendus réformés le menaçaient.

Il n'y avait certainement guère d'apparence que la foi catholique eût été trahie plutôt qu'exposée par un évèque, qui, après avoir prêché toute sa vie l'Evangile , sans que sa doctrine eût jamais été suspecte , venait d'être appelé à l'instruction d'un prince, que le plus grand roi du monde et le plus zélé défenseur de la religion de ses ancêtres fait élever pour en être un jour l'un des principaux appuis. Mais messieurs de la religion prétendue réformée ne laissèrent pas de persister dans leurs premiers sentiments. Ils attendaient à toute heure un soulèvement des catholiques contre ce livre, et même des foudres de Rome.

Ce qui leur a donné cette pensée, c'est que la plupart d'entre eux, qui ne connaissent notre doc-

1. Cet Avertissement est de Bossuet; il Je fit imprimer pour la première l'oi-j en 1679, à la tète de ia secondô édition do VExposition. {Edit. de Versailles.}

trine que par les peintures afïreuses que leur en font leurs ministres, ne la reconnaissent plus quand elle leur est montrée dans son naturel. C'est pourquoi il n'a pas été malaisé de leur faire passer l'auteur de l'Exposition pour un homme qui adoucissait les sentiments de sa religion , et qui cherchait des tempéraments propres à contenter tout le monde.

Il a paru deux réponses à ce Traité. L'auteur de la première n'a pas voulu dire son nom au public; et jusqu'à ce qu'il lui ait plu de se déclarer, nous ne révélerons pas son secret. Il nous sufiit que cet ouvrage soit approuvé par les ministres de Charenton', et qu'il ait été envoyé à l'auteur de l'Exposition, par feu M. Conrart, en qui les catholiques n'ont rien eu à désirer, qu'une meilleure religion. L'autre réponse a été faite par M. Noguicr, ministre considéré dans son parti, et qui a, parmi les siens, la réputation d'un habile théologien. Tous deux ont prétendu que l'Exposition était contraire aux décisions du concile de Trente- : tous deux soutiennent que le dessein même d'en exposer la doctrine est réprouvé par les papes^; et tous deux afiectent de dire que M. de Condom ne fait qu'adoucir et exténuer les dogmes de sa religion*. A les entendre parler, il semble se relâcher partout; il se rapproche, il abandonne les sentiments de soti Eglise, et il entre dans ceux des prétendus réformés^. Enfin , son Traité ne s'accorde pas avec la profession de foi que l'Eglise romaine propose à tous ceux de sa communion , et on lui en fait combattre tous les articles^.

Si on en croit l'anonyme', ce prélat est de bonne composition sur la transsubstantiation. Il est prêt à se contenter de la réalité du corps de Jésus-Christ, telle que les prétendus réformés la croient dans le sacrement. Quand il parle de l'invocation des saints, il tâche d'adoucir et d'exténuer le culte de l'Eglise romaine, tant dans le dogme, que dans la pratique^. Avec le culte des saints, il exténue celui des images, l'article des Satisfactions, celui du Sacrifice de la messe et de l'autorité des Papes^. Sur les ima-

1. Mess. Claude, De Langle , Baillé et Allix. — 2. Anon., p. 3, lia, 113, 124, 137, etc. Nog.,p. 63, 91, 95, 109, 110, etc. — 3. Alt., p. 10. -Voy., )). 40. — 4. No(i., p. 20, 37. An.. Avertiss., p. 24. — 5. Rep., p. 3. An.] p. 137. îfog., p. 94. — 6. An., Averl., p. 23, 26, 27,28, 29. — 7. An., Averliss., p. 27.— S. .4.n.,p. 24. — 9. An., Averliss., p. 24.

AVERTISSEMENT

gcs, il a honte des e.rcès où on a parlé tant le dogme que le culte*. L'anonyme, iiui lui fait changer les expressions du concile dans la nialièro de la Satisfaclion,vcut que ce changement dans les expressions procède du changement qu'il apporte dans la doctrine'-. Enlin, il le représente connue un homme qui revient aux sentiments de la nouvelle réforme, ou , pour me servir de son expression, comine la colombe qui retient à l'arche, ne sachant où poser son pied^.

Non-seulement il lui attribue des sentiments particuliers sur le mérite des œuvres et sur l'autorité du Pape''; mais si l'on voulait se réduire à la doctrine de l'Exposition, il semble prêt à passer ces deux articles, qui font tant de peine à ceux de sa communion.

En général , il n'y a ri(!n de plus répandu dans son livre, que le reproche qu'il fait à l'auteur de VExposition, de s'éloigner de la doctrine commune de l'Eglise romaine^. Il souhaite « que tous ceux 1) de celte Eglise veuillent bien s'accommoder aux » adoucissements de ce livre, et qu'ils écrivent dans » le même sens*. Ce serait ajoute-t-il un peu après, « un heureux commencement de réformalion, qui » pourrait avoir des suites beaucoup plus heu- » reuses. »

Bien plus, il tire avantage de ces prétendus adoucissements. « Ces adoucissements de M. de Con- » dom, loin, dit-il', de nous donner mauvaise opi- » nion de notre réformation, nous confirment en- » core davantage que les personnes honnêtes et » modérées condamnent elles-mêmes, du moins une » bonne partie de ce que nous condamnons, et que, » par conséquent , elles avouent par là en quelque » manière que la réformation en serait utile et né- » cessaire. »

Il devrait conclure tout le contraire : car une réformation comme la leur, qui tend à un changement dans la doctrine, ne peut jama[s regarder des choses qu'on voit déjà condamnées d'un commun accord. Mais les prétendus réformés veulent se persuader que les personnes honnêtes et modérées de la communion romaine, parmi lesquelles ils rangent M. de Condom, abandonnent en beaucoup de points les sentiments de leur Eglise, et reviennent le plus qu'ils peuvent à la nouvelle réforme.

Voilà ce que leur fait croire la manière étrange dont on leur dépeint la doctrine catholique. Accoutumés à la forme hideuse et terrible qu'on lui donne dans leurs prêches, ils croient que les catholiques qui l'exposent dans sa pureté naturelle, la changent et la déguisent : plus on la leur montre telle qu'elle est, plus ils la méconnaissent; et ils s'imaginent qu'on revient à eux, quand on les désabuse de leurs préjugés.

Il est vrai qu'ils ne tiennent pas toujours un môme langage. L'anonyme, qui accuse M. de Condom d'avoir fait des changements si considérables dans la doctrine de l'Eglise, ne laisse pas de dire', que « cette Exposition n'a rien de nouveau qu'un » tour adroit et délicat; et enlîn qu'elle ne contient «que de ces sortes d'adoucissements apparents, » qui n'étant que dans quelques termes , ou dans

1. An-, p. 65. —a. An., p. 114. — 3. Pag. 110. — 4. Art., pag. 104, 368.-5. Art. A»t>i-(iM., p. 23, 26.— 6. Rép., p. 3, clc; An., Averliss., p. 30. —7. An., pag. 85. — 8. P. 61,62.

» des choses de peu de conséquence , ne contentent » personne, et no font qu'exciter de nouveaux dou- » tes, au lieu de résoudre les anciens. »

Il semble qu'il se repente d'avoir parlé de ï'Eocposition , comme d'un livre qui altérait la foi de l'Eglise en tous ses i)oints princi]iaux , non-seulement dans les termes, mais dans le dogme.

Qu'il le prenne comme il lui plaira. S'il persiste à croire qu'un livre aussi catholique que VExposition, soit contraire à tant de points importants de la croyance romaine, il montre qu'il n'a jamais eu que de fausses idées de cette doctrine; et s'il est vrai qu'en adoucissant seulement les termes , ou en retranchant, comme il dit, des choses de peu de conséquence, la doctrine catholique lui paraisse si radoucie , il se trouvera à la lin que le fond en était meilleur qu'il ne pensait.

Mais voici la vérité. M. de Condom n'a point trahi sa conscience, ni déguisé la foi de l'Eglise, où le Saint-Esprit l'a établi évèque; et les prétendus réformés n'ont pu se persuader qu'une doctrine que sa seule exposition, et encore une exposition si simple et si courte , leur rend déjà moins étrange, fût la doctrine que tous leurs ministres leur représentent si pleine de blasphème et d'idolâtrie.

Nous devons sans doute louer Dieu d'une telle disposition; puisque encore qu'elle fasse voir dans ces messieurs une étrange préoccupation contre nous, elle nous fait espérer qu'ils regarderont nos sentiments avec un esprit plus équitable, quand ils seront convaincus que la doctrine de ce Traité , qui déjà leur parait plus douce, est la pure doctrine de l'Eglise. Ainsi, loin de nous fâcher de la peine qu'ils ont à nous croire, lorsque nous leur proposons notre foi; la charité nous oblige à leur donner de tels éclaircissements, qu'ils ne puissent plus douter qu'elle ne leur ait été fidèlement proposée.

La chose parle d'elle-même; et il n'y a qu'à leur dire que le livre de VExposition, qu'ils croyaient contraire , non-seulement à la doctrine commune des docteurs de l'Eglise romaine, mais encore aux termes et à la doctrine du concile ' , est approuvé dans toute l'Eglise; et qu'après avoir reçu diverses marques d'apjirobation à Rome aussi bien qu'ailleurs, il a enfin été approuvé par le pape même de la manière la plus authentique et la plus expresse qu'on pût attendre.

Ce livre n'eut pas plus tôt été publié, que l'auteur connut les bons sentiments qu'on en avait dans toute la France, par les lettres qu'il en reçut de toutes sortes de personnes , laïques , ecclésiastiques, religieux et docteurs, mais surtout des plus grands prélats et des plus savants de l'Eglise, dont il aurait pu dès lors rapporter les témoignages, si la chose eiit été tant soit peu douteuse ou nouvelle.

Mais comme les prétendus réformés veulent croire qu'on a en France des sentiments particuliers et plus approchants des leurs, en ce qui regarde la foi , que dans le reste de l'Eglise , et surtout à Rome, il est bon de leur rapporter comment les choses s'y sont passées.

Aussitôt que ce Traité eut paru , M. le cardinal de Bouillon l'envoya à M. le cardinal Bona , qu'il

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