‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 30 sur 545 · Art., p · texte numérisé non relu

Art., p

AVERTISSEMENT

pria de l'examiner en toute rigueur. Il ne fallut que le temps nécessaire à recevoir les réponses de Rome à Paris , pour avoir de ce docte et saint cardinal , dont la mémoire sera éternellement en bénédiction dans l'Eglise , l'approbation honorable qui se verra dans la suite avec les autres pièces dont on va parler.

Le livre fut imprimé pour la première fois sur la fin de l'année 1671. La réponse de ce cardinal est du 26 janvier 1672.

M. le cardinal Sigismond Chigi, dont toute l'Eglise regrette encore la perte, en écrivit à M. l'abbé de Dangeau d'une manière qui n'était pas moins favorable. Il dit expressément que M. de Conclom a très-bien parlé sur l'autorité du pape : et sur ce que cet abbé lui avait écrit, que quelques personnes trop scrupuleuses craignaient ici qu'on ne regardât à Rome cette Exposition comme une de ces explications du concile défendues par Pie IV, il montre combien ce scrupule est mal fondé. Il ajoute qu'il a trouvé dans le même sentiment le maître du sacré Palais, le secrétaire et les consulteurs de la congrégation deir Indice, tous les cardinaux qui la composent, et nommément le docte cardinal Brancas qui en était le président; et qu'ils donnaient tous de grandes louanges au traité de YExposition. La lettre est du 5 avril 1672.

Le maître du sacré Palais était alors le R. P. Hyacinthe Libelli , célèbre théologien , que son mérite et son grand savoir élevèrent un peu après à la dignité d'archevêque d'Avignon. Sa lettre, du 26 avril 1672, écrite à M. le cardinal Sigismond, montre assez combien il approuva ce livre, puisqu'il dit qu'il n'y a pas seulement « une ombre de faute; et » que si l'auteur souhaite qu'il soit imprimé à » Rome, il donnera toutes les permissions néces- 0 saires , sans y changer la moindre parole. »

En effet , M. l'abbé Xazari, célèbre par son Journal des Savants, qu'il fait avec tant de politesse et d'exactitude, travailla dès lors à une version italienne que M. le cardinal d'Estrées faisait revoir, et dont il prenait lui-même la peine de revoir quelques endroits principaux, afin qu'elle fût entièrement conforme à l'original.

Le livre était déjà tourné en anglais par feu M. l'abbé de Montaigu, dont tout le monde a connu le zèle et la vertu; et il a eu plusieurs témoignages que sa version était bien reçue de tous les catholiques d'Angleterre. Cette version fut imprimée en 1672. Et en 1675 il se fit encore une version irlandaise du même livre, qui fut imprimée à Rome, de l'impression de la congrégation de Propagande Fide.

Le R. P. Porter, de l'ordre de Saint-François, et supérieur du couvent de Saint-Isidore, auteur de cette version, avait déjà fait imprimer à Rome même un livre latin , intitulé Securis Emngelica , où une grande partie du Traité deV Exposition était insérée pour prouver que les sentiments de l'Eglise fidèlement exposés , loin de renverser les fondements de la foi , les établissaient invinciblement.

Cependant on travaillait à la version italienne avec toute l'exactitude que méritait une matière si importante, où un seul mot mal rendu pouvait gâter tout l'ouvrage; et le R. P. Raimond Capisucchi , maître du sacré Palais, donna sa permission pour

l'imprimer dès l'an 1675, comme il parait par une réponse qu'il fait du 27 juin de la même année à il. de Condom , qui l'en avait remercié.

Ce prélat, qui avait appris de divers endroits d'Allemagne, que le Traité y avait été approuvé, en reçut un plus ample témoignage par une lettre du 27 avril 1673 de M. l'évèque et prince de Paderborn, pour lors coadjuteur, et depuis évoque de Munster, où ce prélat , dont le nom seul porte la louange , marquait qu'il faisait traduire l'ouvrage en latin, pour le répandre partout, et principalement en Allemagne. Mais les guerres survenues , ou d'autres occupations ayant retardé cette traduction, ;M. l'évèque de Castorie , vicaire apostolique dans les Etats des Provinces-Unies , souhaita de faire imprimer une version latine que l'auteur avait revue ; et l'impression s'en fit à Anvers en 1678.

Un peu après , et dans la même année , et par les soins de cet évêque, le Traité fut encore imprimé à Anvers en langue llamande , avec l'approbation des théologiens et de l'ordinaire des lieux ; et ce prélat, qui fait lui-même de si beaux ouvrages, jugea celui-ci utile à l'instruction de son peuple.

M. l'évèque et prince de Strasbourg , à qui les malheurs de la guerre ne faisaient point oublier le soin de son troupeau , conçut dans ce même temps le dessein de faire traduire ce livre en allemand, avec une lettre pastorale adressée à ses diocésains : et ayant rendu compte au Pape de ce dessein , Sa Sainteté lui fit dire , « qu'elle connaissait ce livre il » y avait déjà longtemps ; et comme on lui rappor- » tait de tous côtés qu'il faisait beaucoup de con- » versions, la traduction ne pouvait manquer d'en » être utile à son peuple. »

La version italienne fut achevée avec une fidélité et une élégance à laquelle il ne se peut rien ajouter. M. l'abbé Nazari la dédia aux cardinaux de la congrégation de Propagande Fide , par l'ordre desquels elle parut dans la même année 1678, imprimée à l'imprimerie de cette congrégation.

On mit à la tète de cette version la lettre du cardinal Bona, dont la minute fut trouvée à Rome entre les mains de son secrétaire , avec les approbations de M. l'abbé Ricci, consulteur du saint office; du R. P. M. Laurent Brancati de Laurea, religieux de l'ordre de Saint-François, consulteur et qualificateur du saint office, et bibliothécaire de la bibliothèque Vaticane; et de M. l'abbé Gradi, consulteur de la congrégation dell' Indice, et bibliothécaire de la bibliothèque Vaticane : c'est-à-dire , des premiers hommes de Rome en piété et en savoir.

Le livre fut présenté au Pape, à qui la version latine avait déjà été présentée. Il eut la bonté de faire écrire à l'auteur par M. l'abbé de Saint-Luc; qu'il en était satisfait , ce qu'il a répété plusieurs fois à M. l'ambassadeur de France.

L'auteur qui semblait n'avoir plus rien à désirer après une telle approbation , en fit , avec un profond respect, ses très-humbles remercîments au Pape, par une lettre du 22 novembre 1678, dont il reçut réponse par un bref de Sa Sainteté du 4 janvier 1679, qui contient une approbation si expresse de son livre, que personne ne peut plus douter qu'il ne contienne la pure doctrine de l'Eglise et du Saint- Siège.

.Vprès cette approbation il n'eût plus été néces-

AVERTISSEMENT

saire de parler des aulres; mais on esl bien aise de faire voir comment ce livre, que les ministres menaçaient d'une si grande conlradiclion dans l'Eglise, et qu'ils croyaienl si contraire ii sa doclrine commune, a passé, pour ainsi dire, naturellement par tous les degrés d'approbation, jusqu'à celle du Pape même, qui conlirine toutes les autres.

Messieurs de la religion prétendue rél'ormée peuvent voir maintenant combien on les almsait, quand ou leur disait', qu'on sarait utie personne catholique qui écrivait contre l'E.cposilion de M. de Condom. Ce serait certainement une chose rare, que ce bon catholique, que les catholiques n'ont jamais connu, eût été faire contidence aux ennemis de l'Eglise, de l'ouvrage qu'il méditait contre un évoque de sa communion. Mais il y a trop longtemps que cet écrivain imaginaire se fait attendre; et les prétendus réformes seront de facile créance , s'ils se laissent dorénavant amuser par de semblables promesses.

Ainsi une des questions qu'il s'agissait de vider, au sujet de V Exposition , est entièrement terminée. On n'a plus besoin de réfuter les ministres qui soutenaient que la doctrine de {'Exposition n'était pas celle de l'Eglise. Le temps et la vérité ont réfuté leurs sentiments d'une manière qui ne soufl're point de réplique.

M. Noguier, pour être assuré que M. de Condom a bien expliqué la croyance catholique, voulait entendre parler l'oracle de Rome, n Je ne fais pas, » dil-iP, un grand fondement sur l'approbation que » messieurs les évéques ont donnée par écrit. Les » autres docteurs ne manquent pas de pareilles ap- » probations; et après tout il faut que l'oracle de » Rome parle sur les matières de la foi. » L'anonyme a eu la môme pensée; et tous deux ont supposé qu'il n'y aurait plus de procès à faire sur ce sujet à !\L de Condom, quand cet oracle aurait parlé. Il a parlé cet oracle, que toute l'Eglise catholique a écouté avec respect dés l'origine du christianisme : et sa réponse a fait voir que ce qu'avait dit ce prélat n'a rien de nouveau ni de suspect , rien enlin qui ne soit reçu dans toute l'Eglise.

Mais en vidant celle question , la décision des autres se trouve insensiblement bien avancée.

M. de Condom a soutenu que la doctrine catholique n'avait jamais été bien entendue par les prétendus réformés, et que les auteurs de leur schisme leur avaient grossi les objets, alin d'exciter leur haine. La chose ne peut mainlenanl recevoir de difiiculté; puisqu'il est constant d'un coté que le livre de 1' Exposition leur propose la foi catholique dans sa pureté , et de l'autre, qu'elle leur a paru moins étrange qu'ils ne se l'étaient figurée.

Que s'ils reconnaissent que leurs prétendus réformateurs, pour les animer contre l'Eglise, où leurs ancêtres avaient servi Dieu, et oii ils avaient eu.\-niémes reçu le baptême , onl eu besoin de recourir à des calomnies qui paraissent maintenant insoutenables; comment peuvent-ils se dispenser d'en venir à un nouvel examen ? et comment ne craignent-ils pas de persévérer dans un schisme qui est fondé manifestement sur de faux principes, même dans les choses principales?

Ils ont cru, par exemple, être bien fondés à se

Page 1