UoIiA.iXxvi. Ï6, 2S; Luc, xxii. lU, 20; /. Cor., xi. ii
raison, qu'on croie ou qu'on ne croie pas, Jésus- Christ nous donne à manger dans l'Eucharistie la substance de son corps; car il nous fallait confirmer par là que c'est pour nous qu'il l'a prise, et |iour nous qu'il l'a immolée : les gages de l'amour divin, en eux-mêmes, sont indépendants de notre foi : seulement il faut notre foi pour en profiler.
En même temps que nous recevons ce précieux gage, qui nous assure que Jésus-Clirist immolé est tout à nous, il faut aussi appliquer notre esprit à ce témoignage inestimable de l'amour divin. Et comme les anciens en mangeant la victime immolée devaient la manger comme immolée, et se souvenir de l'ûblation qui en avait été faite à Dieu en sacrilice pour eux; ceux aussi qui reçoivent à la sainte table la substance du corps et du sang de l'Agneau sans tache, la doivent recevoir comme immolée; et se souvenir que le Fils de Dieu en avait fait le sacrifice à son Père pour le salut, non-seulement de tout le monde en général, mais encore de chacun des fidèles en particulier. C'est pourquoi en disant : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il avait ajouté aussitôt après : Faites ceci en mémoire de moi<; c'est-à-dire, comme la suite le fait voir, en mémoire de moi immolé ])our vous, et do cette immense charité qui m'a fait donner ma vie pour vous racheter, conformément à cette parole de saint Paul : Vous annoncerez la mort du Seigneur-.
Il fallait donc bien se garder de recevoir seulement dans notre corps le corps sacré de Notre Seigneur : on devait s'y attacher par l'esprit, et se souvenir qu'il ne nous donnait son corps qu'afin que nous eussions un gage certain que cette sainte victime était toute à nous. Mais en même temps que nous rappelions ce pieux souvenir dans notre esprit , que nous devions entrer dans les sentiments d'une tendre reconnaissance envers le Sauveur; et c'était l'unique moyen de jouir parfaitement de ce gage inestimable de notre salut.
XXXIII. Comment la jouissance du corps de Jésus-Christ est perpétuelle et permanente. — Et encore que la réception actuelle de ce corps et de ce sang ne nous fût permise qu'à certains moments , c'est-à-dire, dans la communion, notre reconnaissance n'était pas bornée à un temps si court; el c'était assez qu'à certains moments nous reçussions ce gage sacré, pour faire durer dans tous les moments de notre vie la jouissance spirituelle d'uii si grand bien.
Car encore que la perception actuelle du corps et du sang ne fut que momentanée, le droit que nous avons de le recevoir est perpétuel, semblable au droit sacré que l'on a l'un sur l'autre par le lien du mariage.
Ainsi l'esprit et le corps se joignent pour jouir de Notre Seigneur, el de la substance adorable de son corps et de son sang : mais comme l'union des corps est le fondement d'un si grand ouvrage, celle des esprits en est la perfection.
Celui donc qui ne s'unit pas en esprit à Jésus- Christ dont il reçoit le corps sacré, ne jouit pas comme il faut d'un si grand don : semblable à ces époux brutaux ou trompeurs, qui unissent les corps sans unir les cœurs.