LIVRE IX. — DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN
corps est donné en même temps à tant de personnes. C'est pour expliquer ces merveilles incompréhensibles que les Pères nous ont rapporté toulesles autres merveilles de la puissance divine, et le changement d'eau en vin , et tous les autres changements, et même ce grand changement qui de rien a fait toutes choses. Mais le miracle de Calvin n'est pas de cette nature, et n'est pas même un miracle qui soil propre au sacrement de l'Eucharistie, ni une suite de ces paroles : Ceci est mon corps. C'est un miracle qui se lait dans l'Eucharislie et hors de l'Eucharistie, et qui, à vrai dire, n'est que le fond même du mystère de l'Incarnation.
LIX. Calcin sent le faible de sa doctrine daiis l'explication du miracle de l' Eucharistie. — Calvin a senti lui-même qu'il fallait chercher une autre merveille dans l'Eucharistie. Il l'a proposée en divers endroits de ses écrits, et surtout dans le Catéchisme : « Comment est-ce, dit-il', que Jésus-Christ » nous fait participants de la propre substance de » son corps, vu que son corps est au ciel, et nous » sur la terre? » Voilà le vrai miracle de l'Eucharistie. A cela que répond Calvin, et que répondent avec lui tous les calvinistes? « Que la vertu incom- » préhensible du Saint-Esprit conjoint bien les » choses séparées par la dislance de lieu. » Veut-il parler en catholique, et dire que le Saint-Esprit peut rendre présent partout où il veut, ce qu'il veut donner en substance'? Je l'entends, et je reconnais le vrai miracle de l'Eucharistie. Veut-il dire que des choses séparées, demeurant autant séparées que le ciel l'est de la terre, ne laissent pas d'être unies substance à substance? Ce n'est pas un miracle du Tout-Puissant, c'est un discours chimérique et contradictoire, où personne ne peut rien comprendre.
LX. Les calvinistes ont mieux senti qu'il fallait admettre un miracle dans l'Eucharistie , qu'ils ne l'ont admis en effet. — Aussi, à dire le vrai, ni Calvin, ni les calvinistes ne mettent point de miracle dans l'Eucharistie. La présence par la foi, et la présence de vertu n'en est pas un ; le soleil a tant de vertu , et produit de si grands effets d'une si grande distance. Il n'y a donc point de miracle dans l'Eucharistie , si Jésus-Christ n'y est présent que par sa vertu : c'est pourquoi les Suisses , gens de bonne foi, qui s'énoncent en termes simples, n'y en ont jamais voulu reconnaître aucun. Calvin, en cela plus pénétrant, a senti avec tous les Pères et tous les tidèles qu'il y avait dans ces paroles : Ceci est mon corps, une marque de toute-puissance aussi vive que dans celles-ci : Que la lumière soit faite'-. Pour satisfaire à cette idée, il a bien fallu faire sonner du moins le nom de miracle; mais au fond jamais personne n'a été moins disposé que Calvin à croire du miracle dans l'Eucharistie : autrement, pourquoi nous reprocher sans cesse que nous renversons la nature , et qu'un corps ne peut être en plusieurs lieu.x, ni nous être donné tout entier sous la forme d'un petit pain? N'est-ce pas là des raisonnements tirés de la philosophie? Sans doute; et toutefois Calvin qui s'en sert partout, déclare en plusieurs endroits, « qu'il ne veut point se servir » des raisons naturelles ni philosophiques, et qu'il » n'en fait nul étal'; « mais de la seule Ecriture. Pourquoi? Parce que d'un côté il ne peut pas s'en