Dim. 53. —2. Geiifs., i. 3. — 3. Z>iluc. rxp. Opusc. 85S
défaire, ni s'élever assez haut au-dessus de l'homme pour les mépriser; el de l'autre, qu'il sent bien que les recevoir en matière de religion, c'est détruire non-seulement le mystère de l'Eucharistie, mais tout d'un coup tous les mystères du christianisme.
LXI. Embarras et contradictions de Calcin dans la défense du sens figure. — Le môme embarras parait, quand il s'agit d'expliquer ces paroles : Ceci est mon corps. 'Tous ses livres, tous ses sermons, tous ses discours sont remplis de l'interprétation figurée, et de la figure métonymie, qui met le signe pour la chose. C'est la façon de parler qu'il appelle sacramentelle, à laquelle il veut que tous les apôtres fussent déjà tout accoutumés quand Jésus-Christ fit la Cène. La pierre était Christ, l'agneau est la pâque, la circoncision est l'alliance : Ceci est mon corps, ce sont, selon lui, des façons de parler semblables : et voilà ce qu'on trouve à toutes les pages.
Savoir s'il en est content, ce passage le va faire connaître. Il est tiré de ce livre intitulé, Claire explication , dont nous avons déjà fait mention , et qui est écrit contre Heshusius , ministre luthérien. « Voici, dit Calvin', comme ce pourceau nous fait » parler. Dans cette phrase : Ceci est mon corps, il » y a une figure semblable à celle-ci : La circonci- » sion est l'alliance; La pierre était Christ; L'agneau » est la pàque. Le faussaire s'est imaginé qu'il » causait à table, et qu'il plaisantait avec ses con- » vives. Jamais on ne trouvera dans nos écrits de » semblables niaiseries : mais voici simplement ce » que nous disons; que lorsqu'il s'agit des sacre- » ments , il faut suivre une certaine et particulière » façon de parler qui est en usage dans l'Ecriture. » Ainsi sans nous échapper à la faveur d'une figure, » nous nous contentons de dire ce qui serait clair à » tout le monde, si ces bêtes n'obscurcissaient tout, 1) jusqu'au soleil même; qu'il faut reconnaître ici » la figure métonymie, où le nom de la chose est » donné au signe. »
LXII. La cause de son embarras. — Si Heshusius fût tombé dans une semblable contradiction, Calvin n'eût pas manqué de lui reprocher qu'il était ivre: mais Calvin était sobre, je l'avoue, et il ne s'embrouille que parce qu'il ne trouve point dans ses explications de quoi contenter son esprit. Il désavoue ici ce qu'il dit à chaque page; il rejette avec mépris la figure où dans le même moment il est contraint de se replonger; en un mot, il ne peut rien dire de certain, et il a honte de sa propre doctrine.
LXIII. Il a mieux vu la difficulté que les autres sacramentaires. Comment il a lâché de la résoudre. — Il faut pourtant avouer qu'il était plus délicat que les autres sacramentaires, et qu'outre qu'il avait meilleur esprit, la dispute qui avait duré si longtemps lui avait donné le loisir de mieux digérer cette matière. Car il ne s'arrête pas tant aux allégories et aux paraboles : Je suis la porte, je suis la vigne, ni aux autres expressions de même nature-, qui perlent toujours leurs explications avec elles si claires et si manifestes, qu'un enfant même ne pourrait pas s'y tromper. Et d'ailleurs, si sous pré-
l. Dilue, exp. Npusc, S61. — 2. Admon. ult. ad Vestj'à. Opusc. p. S12.
HISTOIRE DES VARIATIONS
lexle qiio Jésus-Chrisl s'csl servi de paraboles et d'allégories, il faut tout entendre en ro sens, il voyait bien que c'était remplir tout l'Evangile de confusion.
Calvin, pour y remédier, trouva ces locutions qu'il appelle sacramentelles, où on met le signe pour la chose', et en les admettant dans l'Eucharistie, qui est sans contestation, un sacrement, il croit trouver un moyen certain d'y établir la ligure, sans qu'on puisse la tirer à conséquence dans les autres matières.
LXIV. Les exemples qu'il tirait de VEerilure. Celui de la circoncision qui le convainc au lieu de l'aider. — Il avait même apporté des exemples de l'Ecriture plus propres que tous les autres qui avaient écrit devant lui. La principale dilTicuUé était de trouver un signe d'institution, où dans l'institution même on donnât d'abord au signe le nom de la chose sans y préparer les esprits, et dans la proi)re parole où l'on institue ce signe. Il s'agissait de savoir s'il y en avait quelque exemple dans l'Ecriture. Les catholiques prétendaient que non; et Calvin crut les convaincre par ce texte de la Genèse , où Dieu en parlant de la circoncision qu'il instituait, l'avait nommée l'alliance : Vous aurez, dit-il, mon alliance en rolre chair-. ]\Iais il se trompait visiblement; puisque Dieu, avant que de dire : Mon alliance sera dans votre chair, avait commencé de dire : C'est ici le signe de l'alliance^. Le signe était donc institué avant qu'on lui donnât le nom de la chose , et l'esprit était préparé par cet exorde à l'intelligence de toute la suite, d'où il s'ensuit que Notre Seigneur aurait dû préparer l'esprit des apôtres à prendre le signe pour la chose, s'il avait voulu donner ce sens à ces mots : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; ce que n'ayant pas fait, on doit croire qu'il a voulu laisser les paroles dans leur sens naturel et simple. Calvin le reconnaît luimême, puisqu'on nous disant que les apôtres devaient déjà être accoutumés à ces façons de parler sacramentelles, il reconnaît qu'il y eût eu de l'inconvénient à en employer de semblables, s'ils n'y eussent pas été accoutumés. Comme donc il paraît manifestement qu'ils ne pouvaient pas être accoutumés à donner le nom de la chose à un signe d'institution, sans en être auparavant avertis, puisqu'on ne trouve aucun exemple de cet usage ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau ; il faut conclure contre Calvin, par les principes de Calvin même, que Jésus-Chrisl n'a pas dû parler en ce sens; et que s'il l'eût fait, ses apôtres ne l'auraient pas entendu.
LXV. Axitre exemple qui ne fait rien à la question : Que l'Eglise est aussi appelée le corps de Jésus-Chrisl. — Aussi est-il véritable qu'encore qu'il fasse son fort de ces façons de parler qu'il appelle sacramentelles, où le signe est pris pour la chose , et que ce soit là son vrai dénoucmeni , il en est si peu satisfait, qu'il dit en d'autres endroits, que ce qu'il a de plus fort pour soutenir sa doctrine, c'est que l'Eglise est nommée le corps de Notre Seigneur*, t^'est bien sentir sa faiblesse que de mettre là sa princi|)ale défense. L'Eglise est-elle le signe du corps de Notre Seigneur, comme le
1. //. Def. Opusc, p. "81. cCc.,S\^, 813, 818, etc. — 2. Geu., XVII. 13. — 3. Idem, 11. — 4. Inslil., iv. 17.
pain l'est selon Calvin? Nullement : elle est son cor|is comme il est son chef, par cette façon de parler si vulgaire , où l'on regarde les sociétés el le prince qui les gouverne comme une espèce de corps naturel qui a sa télé et ses membres. D'où vieiil donc (lu'après avoir fait son fort de ces façons de parler sacramentelles, Calvin le met encore davanlage dans une façon de parler qui est tout à fait d'un autre genre, si ce n'est que pour soutenir la ligure dont il a besoin, il appelle à son secours toutes les façons de parler ligurées, de quelque nature qu'elles soient, et quelque peu de raiiporl qu'elles aient ensemble?
LXVI. Calvi7i fait de nouveaux efforts pour sauver l'idée de réalité. — Le reste de la doctrine ne lui donne pas moins de peine; et les expressions violentes dont il se sert le font assez voir. Nous avons vu comme il veut que la chair de Jésus-Chrisl nous pénétre par sa substance. Nous avons dit qu'il ne veut pourtant nous insinuer autre chose, |)arces magnillques paroles, sinon qu'elle nous pénétre par sa vertu : mais cette façon de parler lui paraissant faible, pour y mêler la substance il veut que nous ayons dans l'Eucharistie comme « un extrait » de la chair de Jésus-Christ, à condition toutefois » qu'elle demeure dans le ciel, et que la vie coule » en nous de sa substance', » comme si nous recevions une quintessence et le plus pur de la chair, le reste demeurant au ciel. Je ne veux pas dire qu'il l'ait cru ainsi; mais seulement que l'idée de réalité dont il était plein ne pouvant être remplie par le fond de sa doctrine , il suppléait à ce défaut par des expressions recherchées , inou'ies et extravagantes.
LXVII. Il ne peut satisfaire l'idée de réalité qu'imprime l'institution de Notre Seigneur. — Pour ne dissimuler ici aucune partie de la doctrine de Calvin sur la communication que nous avons avec Jésus-Christ, je suis obligé de dire qu'en quelques endroits il semble mettre Jésus-Christ aussi présent dans le Baptême que dans la Cène : car en général il distingue trois choses dans le sacrement outre le signe, » la signilicalion qui consiste dans les pro- » messes; la matière ou la substance qui est Jésus- » Christ, avec sa mort et sa résurrection; el l'elVet, » c'est-à-dire, la sanctification , la vie éternelle, el » toutes les grâces que Jésus-Christ nous apporte^. » Calvin reconnaît toutes ces choses dans le sacrement de Baptême comme dans celui de la Gène; el en particulier il enseigne du Baptême, « que le sang » de Jésus-Christ n'y est pas moins présent pour » laver les âmes que l'eau pour laver les corps; » qu'en elfel , selon saint Paul , nous y sommes re- » vêtus de Jésus-Chrisl, et que notre vêlement ne » nous environne pas moins que noire nourrilure » nous pénètre'. » Par là donc il déclare netlement que Jésus-Christ esl aussi présent dans le Baplême que dans la Cène; et j'avoue que la suile de sa doc- Irine le mène là naturellement : car au fond, ni il ne connaît d'autre présence que par la foi, ni il ne met une autre foi dans la Cène que dans le Baptême : ainsi je n'ai garde de [trétendre qu'il y mette en eiïet une autre présence. Ce que je prétends faire voir, c'est l'embarras où le jcllent ces paroles :
1. Dilue, exp. Opusc 86i. — 2. Tnslit., lih. iv, c. 17, n. 11. — 3. Dilue, exp. Opusc. S64.