‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 295 sur 545 · LIVRE IX. — DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN

Ceci est mon corps. Car, ou il laul embrouiller tous les mystères, ou il faut pouvoir rendre une raison pourquoi Jésus-Christ n'a parlé avec celte force que dans la Cène. Si son corps et son sang sont aussi présents et aussi réellement reçus partout ailleurs, il n'y avait aucune raison de choisir ces fortes paroles pour l'Eucharistie plutôt que pour le Raptème, et la Sagesse éternelle aurait parlé en l'air. Cet endroit sera l'éternelle et inévitable confusion des défenseurs du sens ligure. D'un côté la nécessité de donner à l'Eucharistie, à l'égard de la présence du corps, quelque chose de particulier; et d'autre part l'impossibilité de le faire selon leurs principes, les jetteront toujours dans un endjarras d'oîi ils ne pourront se démêler; et c'a été pour s'en tirer que Calvin a dit tant de choses fortes de l'Eucharistie, qu'il n'a jamais osé dire du Raptôme, quoiqu'il eût selon ses principes la même raison de le l'aire.

L.WIII. Les cahinisles dans le fond ont abandonné Calcul : comment il est expliqué dans le livre DU PRÉSERVATIF. — Scs cxpressious sont si violentes, et les tours qu'il donne ici à sa doctrine si forcés, que ses disciples ont été contraints de l'abandonner dans le fond; el je ne puis m'empècher de marquer ici une insigne variation de la doctrine calvinienne. C'est que les calvinistes d'à présent, sous prétexte d'interpréter les paroles de Calvin , les réduisent tout à fait à rien. Selon eux , recevoir la propre substance de .Jésus-Christ , c'est seulement le recevoir par sa vertu , jjar son efficace , par son mérite*; toutes choses que Calvin avait rejetées comme insuffisantes. Tout ce que nous pouvons espérer de ces grands mots de propre substance de Jésus-Christ reçue dans la Cène , c'est seulement que ce que nous y recevons n'est pas la substance d'un autre^ : mais pour la sienne , on ne la reçoit non plus que l'œil reçoit celle du soleil lorsqu'il est éclairé de ses rayons. Cela veut dire, qu'en effet on ne sait plus ce que c'est que celle propre substance tant inculquée par Calvin; on ne la défend plus que par honneur, el pour ne point se dédire trop ouvertement; el si Calvin, qui l'a établie avec tant de force dans ses livres ne l'avait encore insérée dans les Catéchismes el dans les Confessions de foi , il y a longtemps qu'elle serait abandonnée.

IjXI.X. Suite des explications qu'on donne aiix paroles de Calvin. — J'en dis aulanl de celte parole de Calvin el du Catéchisme, que Jésus-Christ est reçu pleinement dans l'Eucharistie, el en partie seulement dans la prédication el dans le Rapléme'. A l'entendre naturellement, c'est-à-dire que l'Eucharistie a quelque chose de particulier que la prédication ni le Baptême n'onl pas : mais maintenant c'est tout autre chose : c'est que trois c'est plus que deux; c'est « qu'après avoir reçu la grâce » par le Baptême, et l'instruction par la parole, » quand Dieu ajoute à tout cela l'Eucharistie, la » grâce s'augmente et s'affermit, et nous possédons » Jésus-Christ plus parfaitement\ » Ainsi toute la perfection de l'Eucharistie, c'est qu'elle vient la dernière; el encore que Jésus-Christ se soit servi en l'instituant de termes si particuliers, au fond elle n'a rien de particulier, rien enlin de plus que le

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