‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 299 sur 545 · DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN · texte numérisé non relu

DOCTRINE ET CARACTÈRE DE CALVIN

qui voulait pouvoir se vanter d'êlrc sans faste, cl de ne craindre rien tant que l'ostentation' : de sorte que la ditrérence entre Luther et Calvin, quand ils se vantent , c'est que Luther, qui s'abandonnait à son humeur impétueuse sans jamais prendre aucun soin de se modérer, se louait lui-même comme un emporté: mais les louanges que Calvin se donnait sortaient par i'orcedu l'ond de son cœur, malgré les lois de modération qu'il s'était prescrites , et rompaient violemment toutes ces barrières.

Combien se goùtail-il lui-mérne, quand il élève si haut « sa frugalité, ses continuels travaux, sa cons- » tance dans les périls , sa vigilance à faire sa » charge, son application infatigable à étendre le » règne de Jésus-Christ, son intégrité à défendre la «doctrine de piété, et la sérieuse occupation de » toute sa vie dans la méditation des choses cé- » lestes-? » Luther n'en a jamais tant dit; et tout ce que ses emportements lui ont tiré de la bouche n'approche pas de ce que Calvin dit froidement de lui-même.

LXXX. Comme Calvin rantait son éloquence. — Rien ne le flattait davantage que la gloire de bien écrire; etVesiphale luthérien l'ayant appelé déclamateur : « Il a beau faire, dit-iP, jamais il ne le » persuadera à personne ; et tout le monde sait » combien je sais presser un argument, et combien » est précise la brièveté avec laquelle j'écris. »

C'est se donner en trois mots la plus grande gloire que l'art de bien dire puisse attirer à un homme. Voilà du moins une louange que jamais Luther ne s'était donnée : car quoiqu'il fût un des orateurs des plus vifs de son siècle, loin de faire jamais semblant de se piquer d'éloquence, il prenait plaisir de dire qu'il était un pauvre moine nourri dans l'obscurité et dans l'école, qui ne savait point l'art de discourir. Mais Calvin blessé sur ce point ne se peut tenir; et aux dépens de sa modestie il faut qu'il dise que personne ne s'explique plus précisément, ni ne raisonne plus fortement que lui.

LXXXI. L'éloquence de Calvin. — Donnons-lui donc, puisqu'il le veut tant, cette gloire d'avoir aussi bien écrit qu'homme de son siècle ; mettons-le même, si l'on veut, au-dessus de Luther : car encore que Luther eût quelque chose de plus original ,et de plus vif, Calvin inférieur par le génie semblait l'avoir emporté par l'étude. Luther triomphait de vive voix : mais la plume de Calvin était plus correcte, surtout en latin; et son style qui était plus triste , était aussi plus suivi et plus châtié. Ils excellaient l'un et l'autre à parler la langue de leur pays , l'un et l'autre étaient d'une véhémence extraordinaire; l'un et l'autre par leurs talents se sont fait beaucoup de disciples et d'admirateurs; l'un et l'autre enflés de ces succès, ont cru pouvoir s'élever au-dessus des Pères ; l'un et l'autre n'ont pu soufl'rir qu'on les contredit; et leur éloquence n'a été en rien plus féconde qu'en injures.

LXXXII. Il est aussi violent et plus aigre que Luther. — Ceux qui ont rougi de celles que l'arrogance de Luther lui a fait écrire, ne seront pas moins étonnés des excès de Calvin. Ses adversaires ne sont jamais que des fripons , des fous, des méchants, des ivrognes, des furieux, des enragés, des

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