‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 300 sur 545 · Ibid..'m · texte numérisé non relu

Ibid..'m

Veslph. Opusc. ISi.

Idem , 812.

bêtes, des taureaux, des ânes, des chiens, des pourceaux; et le beau style de Calvin est souillé de toutes ces ordures à chaque page. Catholiques et luthériens, rien n'est épargné. L'école de V^estphale, selon lui , est uyie puante étable à pourceaux'. LaCène des lulhériens est presque toujours appelée une Cène de Cyclopes, où on voit une barbarie digne des Scythes- ; s'il dit souvent que le diable pousse les papistes, il répète cent et cent fois qu'il a falciné les luthériens, et « qu'il ne peut » pas comprendre pourquoi ils s'attaquent à lui » plus violemment qu'à tous les autres; si ce n'est » que Satan, dont ils sont les vils esclaves, les » anime d'autant plus contre lui , qu'il voit ses » travaux plus utiles que les leurs au bien de l'E- » glise'. » Ceux qu'il traite de celte sorte sont les premiers et les plus célèbres des luthériens. Au milieu de ces injures il vante encore sa douceur* ; et après avoir rempli son livre de ce qu'on peut s'imaginer non-seulement de plus aigre, mais encore de plus atroce, il croit en être quitte en disant, « qu'il avait tellement été sans fiel lorsqu'il écrivait » ces injures, que lui-même en relisant son ouvrage » était demeuré tout étonné que tant de paroles » dures lui fussent échappées sans amertumes. » C'est, dit-iP, l'indignité de la chose qui lui a » fourni toute seule les injures qu'il a dites; et il » en a supprimé beaucoup d'autres qui lui venaient » à la bouche. Après tout, il n'est pas fâché que » ces stupides aient enlin senti les piqûres, » et il espère qu'elles serviront à les guérir. Il veut bien pourtant avouer qu'il en a dit plus qu'il ne voulait, et que le remède qu'il a appliqué au mal était un peu trop violeiit. Mais après ce modeste aveu il s'emporte plus que jamais , et tout en disant : (I M'entends-tu, chien? M'entends-tu bien, frénéti- » que? M'entends-tu bien, grosse bète? » il ajoute, « qu'il est bien aise que les injures dont on l'accable » demeurent sans réponse^. »

Auprès de cette violence Luther était la douceur même; et s'il faut faire la comparaison de ces deux hommes, il n'y a personne qui n'aimât mieux essuyer la colère impétueuse et insolente de l'un, que la profonde malignité et l'amertume de l'autre, qui se vante d'être de sang-froid, quand il répand tant de poison dans ses discours.

LXXXIII. Le mépris qu'il fait des Pères. — Tous deux, après avoir attaqué les hommes mortels, ont tourné leur bouche contre le ciel , quand ils ont si ouvertement méprisé l'autorité des saints Pères. Chacun sait combien de fois Calvin a passé pardessus leurs décisions , quel plaisir il a pris à les traiter d'écoliers , à leur faire leur leçon , et la manière outrageuse dont il a cru pouvoir éluder leur témoignage unanime, en disant, par exemple , « que 1' ces bonnes gens ont suivi sans discrétion une cou- » tume qui dominait sans raison , et qui avait gagné » la vogue en peu de temps''. »

LXXXI V. Les Pères se font respecter par les protestants , malgré qu'ils en aient. — Il s'agissait dans ce lieu de la prière pour les morts. Tous ses écrits sont pleins de pareils discours. Mais, malgré l'orgueil des hérésiarques, l'autorité des Pères et de

1. Opusc. 799. — 2. Idem, 803, 837. — 3. Dilue, exp. ihid. 8.39.

— 4. //. Déf. in Veslph. —5. Vit. adm. 795. —6. Opusc. S3S.

— 7. Tr. de réf. Eccl.

IIISTOIUI': DES VARIATIONS.

r;u)lii|iiil('' ecclésiastique no laisse pas de subsister dans leur esprit. Calvin , qui méprise tant les saints Pères, ne laisse pas de les alléguer coniniu des témoins dont il n'est pas permis de rejeter l'autorité, lorsqu'il écrit ces paroles, après les avoir cités : « Que diront-ils à l'ancienne Eglise? Veulent-ils » damner l'ancienne Eglise? » Ou bien , « vculent- » ils chasser de l'Eglise saint Augustin'? » On pourrait lui en dire autant dans le point de la prière pour les morts , et dans les autres, où il est certain, et souvent de son aveu ])ropre, qu'il a les Pères contre lui. Mais sans entrer dans cette dispute particulière, il me suffit d'avoir remarqué que nos Réformés sont souvent conirainis par la force de la vérité à respecter le sentiment des Pères plus qu'il ne semble que leur doctrine el leur es[>rit ne le portent.

LX.XXV. S'i Calvin a varié dans sa doctrine. — Ceux qui ont vu les variations infinies de Luther pourront demander si Calvin est tombé dans la même faute. A quoi je répondrai , qu'outre que Calvin avait l'esprit plus suivi, il est vrai d'ailleurs qu'il a écrit longtemps après le commencement de la Réforme prétendue; de sorte que les matières ayant déjà été fort agitées, et les docteurs ayant eu plus de loisir de les digérer, la doctrine de Calvin parait plus uniforme que celle de Luther. Mais nous verrons dans la suite que par une politique ordinaire aux chefs des nouvelles sectes qui cherchent à s'établir, ou parla nécessité commune de ceux qui tombent dans l'erreur, Calvin ne laisse pas d'avoir beaucoup varié non-seulement dans ses écrits particuliers , mais encore dans les actes publics qu'il a dressés au nom de tous les siens, ou qu'il leur a inspirés.

Et même sans aller plus loin , en considérant seulement ce que nous avons rapporté de sa doctrine, nous avons vu qu'elle est pleine de contradictions, qu'il ne suit pas ses principes, et qu'avec de grands mois il ne dit rien.

LXXXVL Variatiovs dans les actes des calcinistes : l'accord de Genèm comparé avec le Catéchisme et la Confession de France. — Et pour peu qu'on fasse de réflexion sur les actes qu'il a dressés , ou que les Calvinistes ont publiés de son aveu en cinq ou six ans, ils ne pourront se laver ni lui ni eux tous d'avoir expliqué leur fui avec une dissimulation criminelle.

En \'n)k, nous avons vu qu'il se lit un accord solennel entre ceux de Genève et de Zuricli- : c'est Calvin qui le dressa; et la foi commune de ces deux Eglises y est expliquée.

Sur la Cène, il n'y est dit autre chose, sinon « que ces paroles : Ceci est mon corps, ne doivent » pas être prises précisément à la lettre, mais figu- » rcment; en sorte que le nom do Cor|)s et de Sang » soit donné par métonymie au pain et au vin qui » les signifient] el que si Jésus-Christ nous nourrit » par la viande de son corps et le breuvage de son » sang, cela se fait par la foi et par la vertu du «Saint-Esprit, sans aucune transfusion ni aucun » mélange de subslance; mais parce que nous avons 0 la vie par son corps une fois immolé, et son sang » une fois répandu pour nous^. »

Page 1