An., Avertis., p. 23. — 2. Pa;/. II
séparer de l'Eglise, sous ijrétexle qu'en enseignant le mérite des bonnes œuvres, elle détruisait la justification gratuite et la confiance que le chrétien doit avoir en Jésus-Christ seul. C'est principalement sur cet article qu'a été fondée leur rupture. L'anonyme se contente de dire, que l'aj'ticle de la Justification, est im des principaux qui ont donné lieu à la réformation'. Mais M. Noguier tranche plus net. « Ceux, dit-il ^, qui ont été les auteurs » de notre réformation, onl eu raison de proposer » l'article de la Justification, comme le principal de » tous, et comme le fondement le plus essentiel de » leur rupture. » Maintenant donc que M. de Condom leur dit avec toute l'Eglise, « qu'elle croit n'a- » voir de vie, et qu'elle n'a d'espérance qu'en Jésus- » Christ seul; qu'elle demande tout, qu'elle espère » tout, qu'elle rend grâces de tout par Notre Sei- » gneur Jésus-Christ; enfin qu'elle met en lui toute » l'espérance du salut ^ : » que demande-l-on davantage? Elle dit « que tous nos péchés nous sont » pardonnes par une pure miséricorde, à cause de » Jésus-Christ; que nous devons à une libéralité » gratuite la justice qui est en nous par le Saint- » Esprit; et que toutes les bonnes œuvres que nous » faisons, sont autant de dons de la grâce ^. » L'auteur de l'Exposition, qui enseigne cette doctrine, ne l'enseigne pas comme sienne : à Dieu ne plaise. Il l'enseigne comme la doctrine claire et manifeste du saint concile de Trente; et le Pape approuve son livre. Après cela on dira encore que le concile de Trente et l'Eglise romaine renversent la justification gratuite, et la confiance que le fidèle doit avoir en Jésus-Christ seul ; est-ce une chose supportable? et quand nous nous tairions, les pierres ne crieront-elles pas qu'on nous fait tort?
Aussi faut-il avouer, comme il a été remarqué dans V Exposition^ , que les disputes qu'ont excitées les prétendus réformés sur un point si capital, sont de beaucoup diminuées, pour ne pas dire, tout à fait anéanties. Personne n'en doutera, si on considère ce qu'a écrit l'anonyme sur le mérite des œuvres, avec l'approbation de quatre ministres de Charenton : « Nous reconnaissons, dil-il°, de bonne » foi, que M. de Condom, et ceux de l'Eglise ro- » maine qui font paraître des sentiments plus purs » sur la grâce, parlent presque partout comme » nous. Nous convenons avec eux du principal. » Mais puisqu'il nous promettait tant de bonne foi , il devait donc reconnaître que M. de Condom, qu'il fait ici d'une secte particulière, n'a pas dit un mot, sur le mérite des œuvres, qui ne fut tiré du concile. Il a dit', « que la vie éternelle doit être proposée aux » enfants de Dieu, et comme une grâce qui leur est » miséricordieusement promise par le moyen de » notre Sauveur Jésus-Christ, et comme une ré- » compense qui est fidèlement rendue à leurs bonnes » œuvres cl à leurs mérites , en vertu de cette pro- » messe. » Il a dit, « que les mérites sont des dons » de Dieu. » Il a dit, « que nous ne pouvons rien » par nous-mêmes, mais que nous pouvons tout » avec celui qui nous fortifie , et que toute notre » confiance est en Jésus-Christ : » et le reste, qu'on pourra voir en son lieu. C'est par là qu'il a salisfait les prétendus réformés, et leur a fait dire
1. An., p. 86. — 2. jS'og..p. 83.-3. Expos., n. 7. — 4. Idem. — 5. Ibid. — 6. An., p. 101. — 7. Expos., n. 7.
AVERTISSEMENT
qu'ils étaient d'caccord avec lui du principal. Comme donc ces propositions sont tirées de mot à mot du concile , ils ne peuvent plus s'empêcher de reconnaître qu'on a fait cesser le principal sujet de leurs plaintes, en proposant seulement les décrets et les propres termes de ce concile, tant haï et tant blâmé parmi eux.
Qu'est-ce qui les choque le plus dans les satisfactions que l'Eglise exige des fidèles, si ce n'est l'opinion qu'ils ont que les catholiques regardent celle de Jésus-Christ comme insuffisante? Nierontils que leurs catéchismes et leurs confessions de foi ne s'appuient sur ce fondement? Que diront-ils donc maintenant que l'auteur de Y Exposition leur crie avec toute l'Eglise', que « Jésus-Christ Dieu » et homme, était seul capable parla dignité in- » finie de sa personne , d'oll'rir à Dieu pour nos n péchés une satisfaction suffisante; que cette sa- » tisfaclion est infinie; que le Sauveur a payé le » prix entier de notre rachat; que rien ne manque » à ce prix, puisqu'il est infini; et que les réserves » de peines, qu'il fait dans la pénitence, ne pro- » viennent d'aucun défaut du paiement, mais d'un » certain ordre qu'il a établi pour nous retenir par » de justes appréhensions , et par une discipline » salutaire? »
Ces choses et toutes les autres, qui font dire à l'anonyme que l'auteur exténue la doctrine de la satisfaction, et qu'il retourne à l'arche comme la colombe, sont la pure doctrine de l'Eglise et du concile de Trente, reconnue pour telle par le Pape môme. Comment donc veut-on faire croire qu'elle regarde comme un supplément de la satisfaction de Jésus-Christ, ce qu'elle donne seulement comme un moyen de l'appliquer ; et en quelle sûreté de conscience les prétendus réformés ont-ils pu, sous de si fausses présupposilions, violer la sainte unité que Jésus-Christ a tant recommandée à son Eglise?
Ils regardent avec horreur le sacrifice de nos autels, comme si on y faisait mourir Jésus-Christ encore une fois. Qu'a fait l'autour de l'Exposition , pour diminuer cette horreur injuste, que de leur représenter lidèlement la doctrine de l'Eglise? Il leur a dit que ce sacrifice est de nature à n'admettre qu'une mort mystique et spirituelle de notre adorable victime-, qui demeure toujours impassible et immortelle; et que, bien loin de diminuer la perfection infinie du sacrifice de la croix , il est établi seulement pour en célébrer la mémoire et en appliquer la vertu^. L'anonyme assure sur cela que M. de Condom exténue la doctrine de l'Eglise catholique; et M. Noguier assure aussi qu'il -«'en a pas exposé la vérité^ Cependant il n'a fait que suivre la doctrine du concile , dont il a produit les propres termes^ et toute l'Eglise approuve son Exposition. (Jui ne voit donc qu'elle n'a semblé plus accommodante et plus adoucie aux prétendus réformés, qu'à cause qu'ils n'y trouvent plus les monstres qu'ils s'y étaient figurés?
L'anonyme nous a dit lui-même que l'article de l'Invocation des Saints est un des plus essentiels de la reliçjion'^. C'est aussi un de ceux où il lui parait (jue M. de Condom adoucit le plus les dogmes de son
1. Expos., n. s. — 2. Idim , n. 12. — 3. Ihid. — i. Nog., i>. 2St3. — 5. E.vpos., ihid. — G. An., paij . 61.
Eglise; car il l'en accuse jusqu'à trois fois'. Mais, qu'a dit M. de Condom? Ce que dit le catéchisme du concile, ce que dit le concile même et la confession de foi qui en est tirée, ce que disent tous les catholiques, que les saints offrent des prières pour nous-; voilà ce que dit la confession de foi : qu'ils les offrent par Jésus-Christ; voilà ce que dit le concile : en un mot, que nous les prions dans le même esprit que nous prions « nos frères qui sont sur la » terre, de prier avec nous et pour nous notre com- » mun Maître, au nom de notre commun Médiateur, » qui est Jésus-Christ^. » Voilà ce qu'a tiré M. de Condom du concile, du catéchisme, de tous les actes publics de l'Eglise catholique; et c'est pourquoi sa doctrine a été si approuvée.
Cette réponse suffit pour renverser par les fondements ce qui a causé tant d'horreur aux prétendus réformés.
Leur catéchisme nous accuse « d'idolâtrie , à » cause que, par le recours que nous avons aux » saints, nous mettons en eux une partie de notre 1) confiance, et leur transférons ce que Dieu s'est » réservé''. »
Mais, au contraire, il parait qu'en priant les saints, nous les prions seulement de prier pour nous : prière qui par sa nature ne se peut jamais adresser à l'Etre indépendant, loin qu'il se la soit réservée. Que si cette forme de prier, priez pour nous, diminuait la confiance qu'on a en Dieu, elle ne serait pas moins condamnable envers les vivants qu'envers les morts; et saint Paul n'aurait pas dit si souvent : Mes frères , pries pour nous''. Toute l'Ecriture est pleine de prières de cette nature.
Mais, dit leur Confession de foi", c'est renverser la médiation de Jésus-Christ, qui nous commande de nous retirer privément en son nom vers so7i Père. Comment le peut-on penser, puisque les saints qui sont au ciel , non plus que les fidèles qui sont sur la terre, n'interviennent pas par euxmêmes, ni en leur propre nom, mais au nom de Jésus-Christ, comme l'enseignent tous les catholiques après le concile'?
Ainsi l'Eglise catholique n'a qu'à déclarer, comme elle fait , que son intention n'a jamais été de demander autre chose aux saints que d'humbles prières faites au nom de Jésus-Christ , et de la nature de celles que les fidèles font sur la terre les uns pour les autres : ce peu de mots convaincront éternellement les prétendus réformés d'avoir eu pour elle une haine injuste.
Aussi M. Noguier nous déclare-t-iP, « que, quoi » qu'en dise M. de Condom , il ne se persuadera » jamais que l'Eglise romaine n'ait point d'autre )) intention , en disant qu'il est utile d'invoquer les » saints, si ce n'est que nous leur demandions le » secours de leurs prières, comme l'on demande » celui des fidèles qui vivent parmi nous. » Que Jira-t-il maintenant qu'il voit l'Eglise romaine approuver si visiblement ce qu'en efl'et M. de Condom n'a fait que puiser dans la croyance universelle de sa communion? Mais pourquoi donc, poursuit M. Noguier", les catholiques demandent-ils, non les prières seulement, mais l'aide, la protection et le
1. Ah., p. 24,25; Rép.,p. 21. — 2. Expos., n. 4. — 3. Idem. — 4. Catéch. Dim. 34. — 'y. I. Thess., v. 25; //. Thess., m. 1 : llcb., XIII 18. — 6. Confes., art. 24. — 7. Expos., n. 4. ^— 8. Nog.,pag. 54. — 9. Idem, pag. 51 .
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secours de la Vierge et des sai7its? Gomme si ce n'élail pas une sorle d'aide, de secours cl de protection, que de recoinmaiuler lies uuillioiireux ;i celui qui seul les pcul soulager? Telle csl la proleclion que nous pouvons recevoir de la sainte Vierge el des saints. Ce n'est ]>as un |)elil secours d'être aidé de leurs prières , puisiiu'elles sont tout ensemble si iuuiibles , si agréables el si enicaccs. Mais pourquoi disputer des mots, puisque la chose est constante? L' Exposilion produit aux ministres des témoignages certains', où il parait « qu'en quelques termes que » soient conçues les prières que nous adressons » aux saints, l'intonlion de l'Eglise el de ses fidèles » les réduit toujours à celte l'oraie : Priez pour » nous. » N'importe , les ministres ne se le persuaderont jamais. Il faudrait rayer dans leurs catéchismes el dans leur profession de foi ces accusalions d'idol;\tries dont elles sont pleines; il faudrait retrancher de leurs prêches lanl d'invectives sanglantes , qui n'ont que ce fondement : ils ne peuvent s'y résoudre; et quohiue déclaration que nous puissions faire de nos sentiments, ils n'en croiront, ni le concile, ni son catéchisme, ni notre confession de foi , ni les évoques, ni le Pape même.
Il n'est pas besoin de répéter ce qui est dit dans YE.vposilion^ sur les autres objections, principalement sur celle où l'on accuse l'Eglise d'attribuer aux saints une science el une puissance divine, pendant qu'elle enseigne qu'ils ne savent ni ne peuvent rien par eux-mêmes. Mais le reproche d'idolâtrie a encore un autre fondemenl, qu'on accuse M. de Gondom d'avoir exténué^ comme les autres. C'est l'article des images, où toutefois il n'a cherché aucun autre adoucissement, que d'avoir fidèlemcnl exposé le sentiment de l'Eglise.
Il n'en faut pas davantage pour faire évanouir tout le soupçon d'idoU'Urie , selon les propres principes des prétendus réformés, et ils n'ont pour cela qu'à confronter avec la doctrine de leur catéchisme celle du concile de Trente représenlé dans l'Exposition.
Leur catéchisme demande ' si dans ce précepte : Tune le feras image laillée , Dieu défend de faire aucune image. Il répond que non, mais que Dieu défend seulement d'en faire, ou pour figurer Dieu, ou pour adorer. Voilà les deux choses ([u'ils croient condamnées dans ce précepte du Décalogue.
Peut-être nous feront-ils la justice de croire ([ue nous ne prétendons pas figurer Dieu; et que s'ils voient dans quelques tableaux le Père éternel dans la forme où il lui a plu de paraître si souvent à ses prophètes, nous ne prétendons non plus déroger à sa nature invisible el spirituelle, que lui-môme, quand il s'est montré sous cette forme. Le concile leur explic|ue assez sur ce sujet, qu'o7i ne prétend
pas pour cela figurer ou exprimer la ditinité,
ni lui donner de couleurs''' ; et je croirais leur faire tort d'en venir à un plus grand éclaircissement.
Passons donc à la seconde partie de leur doctrine, et apprenons de leur catéchisme quelle forme d'adoration est condamnée. « G'esl, dit la Réponse, de » se prosterner devant une image pour faire son orai- X son, de fiéchirle genou devant elle, ou faire quel- » que autre signe de révérence, comme si Dieu se
1. Hxpos., ». 4. — 2. Idem. — 3. An., Averciss., p 21. Rep-, P'ig. 05. — 4. Dim. 23.— 5. Ses», xxv.
» démontrait là à nous. » Voilà, en ell'ct l'erreur des Gentils et le projjre caractère de l'idolâtrie. Mais qui croit avec le concile, que les images n'ont ni dicinité ni xerlu pour laquelle on les doive révérer', el qui en mel toute la vertu à rappeler la mémoire des originaux, ne croit pas que Dieu s'y démontre à 710US : il n'est donc pas idolâtre, de l'aveu des prétendus réformés, el selon la propre délinition de leur catôcliisme.
L'anonyme semble avoir senti cette vérilé, à l'endroit où, nous objectant ce commandement du Dccalogue^, il dit lui-même que Dieu défend de faire des images et de les servir. Il a raison. Les paroles de ce précepte sont expresses : et les images dont il y est parlé sont celles qu'il est défendu de faire, aussi bien que de servir, c'esl-à-dire , selon l'explication de son catéchisme, celles qui sont faites poMJ' figurer Dieu, celles qui sont faites pour le démontrer présoit, el qu'on sert dans cet esprit comme pleines de divinité. Nous n'en faisons, ni n'en souffrons de celle sorle. Nous ne servons pas les images; à Dieu ne plaise : mais nous nous servons des images pour nous élever aux originaux. Notre concile , si odieux à l'Eglise prétendue réformée, ne nous en apprend pas un autre usage. En est-ce assez pour dire, comme elle fait dans sa propre Confession de foi', que toutes sortes d'idolâtries ont vogue dans l'Eglise romaine? Est-ce pour cela que sa discipline nous appelle les Idolâtres'', el notre religion Vldolâlr'ie'''? Sans doute ils ont autre chose que notre doctrine dans l'esprit, quand ils nous donnent le nom de Gentils : ils croienl que nous suivons leurs abominables erreurs , et que nous croyons comme eux que Dieu se démontre à nous dans les images.
Sans ces funestes préjugés, sans ces noires idées qu'ils se forment des sentiments de l'Eglise, des chrétiens n'auraient jamais cru que baiser la croix en mémoire de celui qui a porté nos iniquités stir le bois'^, fût un crime si détestable; ni qu'une démonstration si simple et si naturelle des sentiments de tendresse que ce pieux objet lire de nos cœurs, nous dut faire considérer comme si nous adorions Baal , ou les veaux d'or de Samarie.
Dans cette étrange préoccupation des prétendus réformés, le Traité de l'Exposition leur devait paraître, comme, en elïet, il leur a paru, un livre plein d'artifice , qui ne faisait qu'adoucir et exténuer les sentiments catholiques. Maintenant qu'ils voient clairement que tout l'artifice de ce livre est de démêler les sentimenls qu'on a imputés à l'Eglise d'avec ceux dont elle fait profession; comme tout l'adoucissement qu'il apporte dans la doctrine est de lui avoir oté le masque alfreux dont les ministres la couvrent; qu'ils confessent que cette Eglise n'était pas digne de l'horreur qu'ils ont eue pour elle, cl (|u'elle mérite du moins d'être écoulée.
Il ne faut plus qu'ils accusent le Pajje ni le Saint- Siège de diminuer l'adoration qui est due à Dieu, ni la confiance (pie le chrétien doit établir en sa bonté seule par Notre Seigneur .lésus-Ghrisl; puisqu'ils voient, sans aller plus loin, que le Traité de l'Exposition, qui n'est fait que jjour expliquer ces deux vérités, a reçu dans Rome et du Pape même, une approbation si authentique.
1. Expos., n. 5. — 2. Pag. 67. — 3. Art. 2S. — 4. Discip., art. U, 13. — 5. .4.)<. 42. — 6. /. Petr., ii. 24.
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Cela étant , ils auront honte du titre qu'ils donnent au Pape. On n'y peut penser sans horreur, ni entendre sans ôtonneraent, que les prétendus réformés, qui se vantent de suivre l'Ecriture de mot à mot, voyant que l'apôtre saint Jean, qui a seul nommé l'anlechrist, nous répète trois ou quatre fois que rantechrist est celui qui nie que Je'sus- Christ soit venu en chair', osent seulement penser que celui qui enseigne si pleinement le mystère de Jésus-Christ, c'est-à-dire, sa divinité, son incarnation, la surahondance de ses mérites, la nécessité de sa grice et la confiance ahsolue qu'il y faut avoir, ne laisse pas d'être l'antechrist que saint Jean nous a désigné.
Mais on ohjecle aux Papes qu'ils sont ce méchant et cet homme d'iniquité , qui s'est assis dans le temple de Dieu et se fait adorer comme Dieu-; eus qui se confessent non-seulement mortels, mais pécheurs; qui disent tous les jours avec tous les autres fidèles : Pardonnez-nous nos offenses ; et qui n'approchent jamais de l'autel, sans confesser leurs péchés, et sans dire, dans la partie la plus sainte du Sacrifice, qu'ils espèrent la vie éternelle, non par leurs mérites , mais par la bonté de Dieu , au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ^.
Il est vrai qu'ils soutiennent la primauté que Jésus-Christ leur a donnée en la personne de saint Pierre : mais c'est par là qu'ils avancent l'œuvre de Jésus-Christ même, oeuvre de charité et de concorde, qui n'eut jamais été parfaitement accomplie, si l'Eglise universelle et tout l'ordre épiscopal n'avait sur la terre un chef du gouvernement ecclésiastique pour faire agir les memhres en concours, et consommer dans tout le corps le mystère de l'unité tant recommandé par le Fils de Dieu. Ce n'est rien dire que de répondre que l'Eglise a dans le ciel son chef véritable qui l'unit en l'animant de son Saint-Esprit; qui en doute? Mais qui ne sait que cet esprit, qui dispose tout avec autant de douceur que d'efficace, sait préparer des moyens extérieurs proportionnés à ses desseins ? Le Saint-Esprit nous enseigne et nous gouverne au dedans : c'est pour cela qu'il établit des pasteurs et des docteurs qui agissent au dehors. Le Saint-Esprit unit le corps de l'Eglise et le gouvernement ecclésiastique: c'est pour cela qu'il met à la tète un père commun et un économe principal qui gouverne toute la famille de Jésus-Christ. Nous prenons ici à témoin la conscience de messieurs de la religion prétendue réformée. Dans ce siècle malheureux, où tant de sectes impies lâchent de saper peu à peu les fondements du christianisme, et croient que c'est assez d'avoir seulement nommé Jésus-Christ, pour ensuite introduire dans le sein de la chrétienté l'indifférence des religions et l'impiété manifeste; qui ne voit l'utilité d'avoir un pasteur qui veille sur le troupeau, et qui soit autorisé d'en haut, pour exciter tous les autres, dont la vigilance se relâcherait? Qu'ils nous disent de bonne foi, si ce ne sont pas les sociniens, les anabaptistes, les indépendants, ceux qui, sous le nom de la liberté chrétienne, veulent établir l'indillèrence des religions, et tant d'autres sectes pernicieuses, qu'ils iraprouvenl aussi bien que nous, qui s'élèvent avec le plus d'ardeur
. /. Joan., II. 22. iv, 3; II, Joan., 7. 3. Canon de la masse.
■2. II. Thess.. 11.3,4.
contre le siège de saint Pierre, et qui crient le plus haut que son autorité est tyrannique. Je ne m'en étonne pas : ceux qui veulent diviser l'Eglise, ou la surprendre, ne craignent rien tant que de la voir marcher contre eux sous un même chef comme une armée bien rangée. Ne faisons querelle à personne; mais songeons seulement d'où viennent les livres où cette dangereuse licence et ces doctrines anlichrétiennes sont enseignées : du moins on ne niera pas que le siège de Rome, par sa propre conslilution, ne soit incompatible avec toutes ces nouveautés; et quand nous ne saurions pas par l'Evangile que la primauté de ce siège nous est nécessaire, l'expérience nous en convaincrait. Au reste, il ne faut pas s'étonner si l'on a approuvé sans peine l'auteur de ï Expositio7i , qui met l'autorité essentielle de ce siège dans les choses dont on est d'accord dans toutes les écoles catholiques. La chaire de saint Pierre n'a pas besoin de disputes : ce que tous les catholiques y reconnaissent sans contestation , suffit à maintenir la puissance qui lui est donnée pour édifier, et non pour détruire. Les prétendus réformés ne devraient plus avoir ces vains ombrages dont on leur fait peur. Que leur sert d'aller rechercher dans les histoires les vices des Papes? Quand ce qu'ils en racontent serait véritable , est-ce que les vices des hommes anéantiront l'institution de Jésus-Christ et le privilège de saint Pierre! L'Eglise s'élèvera-t-elle contre une puissance qui maintient son unité, sous prétexte qu'on en aura abusé. Les chrétiens sont accoutumés à raisonner sur des principes plus hauts et plus véritables; et ils savent que Dieu est puissant pour maintenir son ouvrage au milieu de tous les maux attachés à l'infirmité humaine.
Nous conjurons donc messieurs de la religion prétendue réformée par la charité, qui est Dieu même, et par le nom chrétien qui nous est commun, de ne plus juger de la doctrine de l'Eglise par ce qu'on leur en dit dans leurs prêches et dans leurs livres, où l'ardeur de la dispute et la prévention, pour ne rien dire de plus, font souvent représenter les choses autrement qu'elles ne sont : mais d'écouter cette Exposition de la doctrine catholique. C'est un ouvrage de bonne foi, où il ne s'agit pas tant de disputer, que de dire nettement ce qu'on croit; et où , pour voir combien l'auteur a procédé simplement, il n'y a qu'à considérer son dessein.
Il a promis dès l'entrée : 1° de proposer les \Tais sentimenis de l'Eglise catholique , et de les distinguer de ceux qui lui ont été faussement imputés '.
'2° Afin qu'on ne doutât pas qu'il ne proposât véritablement les sentiments de l'Eglise, il a promis de les prendre dans le concile de Trente, oïl l'Eglise a parlé décisivement sur les matières dont il s'agit.
3" Il a promis de proposer à messieurs de la religion prétendue réformée, non en général toutes les matières , mais celles qui les éloignent le plus de nous, et, pour parler plus précisément, celles dont ils ont fait le sujet de leur rupture.
4" Il a promis que ce qu'iZ dirait, pour faire ■mieux entendre les décisions du concile , serait approuvé dans l'Eglise , et manifestement conforme à la doctrine du même concile.
Tout cola parait simple et droit. Et premièrement