‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 308 sur 545 · VIII. Illusion de M. Burnet qui ose dire qu'on n'a · texte numérisé non relu

VIII. Illusion de M. Burnet qui ose dire qu'on n'a

1. Lii: m, p. 538. —2. Idem, p. 601. — 3. Joaii., i. 10, 11. — 1 4. Burn., liv. ii, p. 580, — 5. Idem, liv. i, )). 2.59.

IIISTOniE DES VAIUATJONS.

point changé la doctrine établie sous Edouard. — Malfrré tous ces cliangcinciUs clans des choses si esseiilielles, M. Burnct veul que nous croyions qu'il n'y eut point de variations dans la doctrine de la Kéforme en Angleterre. On y détruisait, dit-il ', (dors, tout de même (lu'aujourd'liui , le dogme de la présence corporelle; et seulement on estima qu'il n'était ni nécessaire ni arantayeux de s'erplirjuer trop nettement là-dessus ; comme si on pouvait s'expliquer trop nettement sur la Toi. Mais il faut encore aller plus avant. C'est varier manil'estement dans la doctrine, non-seulement d'en embrasser une contraire, mais encore de laisser indécis ce qui auparavant était décidé. Si les anciens catholiques, après avoir décidé en termes précis l'égalité du Fils de Dieu avec son Père, avaient supprimé ce qu'ils en avaient prononcé à Nicée, pour se contenter simplement de l'appeler Dieu en termes vagues , et au sens que les ariens n'avaient pu nier, en sorte que ce qu'on avait si expressément décidé devint indécis et indilVérent, n'auraient-ils pas manifestement changé la foi de l'Eglise, et fait un pas en arrière? Or, c'est ce qu'a fait l'Eglise anglicane sous Elisabeth ; et on ne peut pas en convenir plus ilairement que M. Burnet en est convenu dans les |iaroles que nous avons rapportées , où il parait en termes formels que ce ne fut ni par hasard ni par oubli qu'on omit les expressions du temps d'Edouard; mais par un dessein bien médité de ne rien dire qui censurât la présence corporelle, et au contraire de laisser ce dogme indécis, en sorte que chacun eût la liberté de l'embrasser ou de le rejeter : ainsi , ou sincèrement ou [)ar politique, on revint de la foi aux réformateurs, et on laissa pour indilTérent le dogme de la présence corporelle , contre lequel ils avaient comljaltu jusqu'au sang.

IX. L'Angleterre est indifférente sur la présence réelle. — C'est là encore l'élat présent de l'Eglise d'Angleterre , si nous en croyons M. Burnet. C'a été sur ce fondement que l'évèque Guillaume Bedel , dont il a écrit la vie, crut qu'un grand nombre de luthériens qui s'étaient réfugiés à Dublin, pouvaient communier sans crainte avec l'Eglise anglicane-, « qui en effet, dit M. Burnet, a eu une telle » modération sur ce point, (de la présence réelle,) » que n'y ayant aucune délinition positive de la » manière dont le corps de Jésus-Christ est présent » dans le sacrement, les personnes de différent sen- 9 liment peuvent pratiquer le môme culte sans cire » obligées de se déclarer, et sans qu'on puisse pré- » sumer qu'elles contredisent leur foi. » C'est ainsi ijue l'Eglise d'Angleterre a réformé ses réformateurs et corrige ses maîtres.

X. On ne se sert point du mot de substance, ni des miracles que Calvin admet dans l'Eucharistie. — Au reste, ni sous Edouard, ni sous Klisabelh , la Itéformation anglicane n'employa jamais dans l'explication do l'Eucharistie, ni la substance du corps , ni ces opérations incompréhensibles tant exaltées par Calvin. Ces expressions favorisaient trop une présence réelle, et c'est pourquoi on ne s'en servit ni sous Edouard oii on la voulait exclure, ni sous Elisabeth où on voulait laisser la chose in-, décisc; et l'Angleterre sentit bien que ces mots de Calvin, peu convenables à la doctrine du sens figu-

1. Hum. , lit-- ■ tu. p. cm. -2, Vie de GiilU. n.'d,-t,p. Ki, l.«.

ré, n'y pouvaient (Mrc inlroduils qu'en forçant trop visiblement leur sens naturel.

XI. La suprématie de la reine dans les matières spirituelles est rétablie malgré ses scrupules. — Il reste que nous cxpliiiuions l'article de la suprématie. Il est vrai qu'Elisabeth y répugnait; et ce titre de chef de l'Eglise trop grand à son avis, même dans les rois , lui parut encore plus insupportable , pour ne pas dire plus ridicule, dans une reine'. Un célèbre prédicateur prolestant lui avait, dit M. lîurnet, suggéré cette délicatesse; c'est-à-dire, qu'il y avait encore quelque reste de pudeur dans l'Eglise anglicane, et que ce n'était pas sans quelques remords qu'elle abandonnait son autorité à la puissance séculière : mais la politique l'emporta encore en ce point. Avec toute la secrète honte que la reine avait pour sa qualité de chef de l'Eglise, elle l'accepta, et l'exerça sous un autre nom. Par une loi |)ubliée en 1559, « on attacha de nouveau la » |)rimauté ecclésiastique à la couronne. On déclara » que le droit de faire les visites ecclésiastiques , et » de corriger ou de réi'ormer les abus de l'Eglise , » était annexé pour toujours à la royauté ; et qu'on » ne pourrait exercer aucune charge publique, soit » civile, ou militaire, ou ecclésiastique, sans jurer » de reconnaître la reine pour souveraine gouver- » nante dans tout son royaume, en toutes sortes de ') causes séculières et ecclésiastiques^. » Voilà donc à quoi aboutit le scrupule de la reine; et tout ce t[u"olle adoucit dans les lois do Henri VIII sur la ])rimauté des rois , fut qu'au lieu que sous ce roi on perdait la vie en la niant, sous Elisabeth on ne perdait que ses biens^.

XII. Fermeté des écéques catholiques. — Les évoques catholiques se souvinrent à cette fois de ce qu'ils étaient; et attachés invinciblement à l'Eglise catholique et au Saint-Siège , ils furent déposés pour avoir constamment refusé de souscrire à la primauté de la reine'', aussi bien qu'aux autres articles de la Piéforme. Mais Parker, archevêque protestant de Cantorbéri, fut le plus zélé à subir le joug 5. C'était à lui qu'on adressait les plaintes contre le scrupule qu'avait la reine sur sa qualité de chef; on lui rendait compte de ce qu'on faisait pour engager les catholiques à la reconnaître; et ennn la Réformation anglicane ne pouvait filus compatir avec la liberté et l'autorité que Jésus-Christ avait donnée à son Eglise. Ce qui avait été résolu dans le Parlement en 1559 en faveur de la primauté de la reine, fut reçu dans le synode de Londres en 15G2, du commun consentement de tout le clergé, tant du premier que du second ordre.

XIII. Déclaration du clergé sur la suprématie d'Elisabeth.— Là on inséra en ces termes, la su|)rématic parmi les articles de foi : « La majesté royale a » la souveraine puissance dans ce royaume d'Angle- » l(!rrecl dans ses autres domaines; et le souverain » gouvernement de tous les sujets , soit ecclésias- » tiques ou laïques, lui apparlient en toutes sortes » de causes, sans qu'ils puissent être assujétis à » aucune puissance étrangère". » On voulut exclure le Pape par ces derniers mots; mais connue ces autres mots en toutes sortes de causes, mis ici sans

1. IJurn., liv. m, p. îiSS , 571. —2. Idem, p. 570 el seq. — 3. Ihid., p. 571. — 4. Ibià., ]>. 572, 5S6 , etc. —5. Ihid., p. 571 el se(/. —G. Si/li. Loild., art. swvii: Si/nt. Gen., I. part., p. 107.

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