Expos., n. I
AVERTISSEMExNT.
personne ne peut Irouver étrange qu'on dislingue les scntiinenls de l'Eglise d'accc ceux qui lui sont l'aussemcnt imputes. Quiind on s'écliauH'c démcsurénicnl faute de s'entendre , et (|ue de l'icheux préjugés causent de grandes disputes , il n'y a rien de plus naturel , ni rien de ])lus charitable ciue de s'expliquer nettement. Les saints Pères ont pratiqué un moyen si doux et si innocent de ramener les esprits. Pendant que les ariens et les dcini-aricns décriaient le Symbole do Nicée, et la consubstanlialité du Fils de Dieu par les fausses idées qu'ils y attachaient, saint Athanase et saint llilaire , les deux plus illustres défenseurs de la foi de Nicée, leur représentaient le sens véritable du concile; et saint Hilaire leur disait' : « Condamnons tous en- » semble les mauvaises interprétations; mais ne
» détruisons pas la sûreté de la foi Le consubs-
» tanticl peut être mal entendu : établissons de
» quelle manière on pourra le bien entendre
» Nous pouvons poser entre nous l'étal véritable de » la foi , si on ne renverse pas ce qui a été bien » établi, et qu'on ùte la fausse intelligence. »
C'est la charité elle-même qui dicte de telles paroles, et qui suggère de tels moyens de réunir les esprits. Nous pouvons dire de même à messieurs de la religion prétendue réformée : Si le mérite des œuvres, si les prières adressées aux saints, si le sacrilice de rEucharistie, et ces humbles satisfactions des pénitents qui tâchent d'apaiser Dieu , en vengeant volontairement sur eux-mêmes par des exercices laborieux sa justice offensée; si ces termes, que nous tenons d'une tradition qui a son origine dans les premiers siècles, faute d'être bien entendus, vous offensent; l'auteur de l'Exposilion se présente à vous pour vous en donner la simple et naturelle intelligence, que l'Eglise catholique a toujours fidèlement conservée. Il ne dit rien de luimême ; il n'allègue pas des auteurs particuliers; et afin qu'on ne puisse le soupçonner d'altérer les sentiments de l'Eglise , il les prend dans les propres termes du concile de Trente , où elle s'est expliquée sur les matières dont il s'agit ; qu'y avait-il déplus raisonnable ?
C'est la seconde chose qu'il avait promise , et en cela il n'a fait que suivre l'exemple des prétendus réformés. Ces messieurs se plaignent , aussi bien que nous, qu'on entend mal leur doctrine; et le moyen qu'ils proposent pour s'en éclaircir n'est pas différent de celui dont se sert M. de Condom. Leur synode de Dordreclit demande « qu'on juge » de la foi de leurs Eglises, non par des calomnies » qu'on ramasse deçà et delà , ou par les passages » des auteurs particuliers, que souvent on cite de » mauvaise foi, ou qu'on détourne à un sens con- » traire à l'intention des auteurs; mais par les con- » fessions de foi des Eglises, par la déclaration de » la doctrine orthodoxe qui a été faite unanimement » dans ce synode^. »
C'est donc des décrets publics qu'il faut apprendre la foi d'une Eglise, et non des auteurs particuliers, i|ui peuvent être mal allégués, mal entendus, et même mal expliquer les sentiments de leur religion. C'est pourquoi, pour exposer aux prétendus
1. Hilar., lili. île Syn., ». 88, «1 ; col. 1201, 1202 ft 1205.— 2. Conctusio synodi Dordr. in Syntagm. Confess. fidei; édit Oenev., part. H, p. -10.
réformés ceux de la nôtre, il n'y avait qu'à produire les décisions du concile de Trente.
Je sais que le nom seul de ce concile choque ces messieurs; et l'anonyme témoigne souvent ce chagrin'. Mais que lui servent ces reproches? Il ne s'agit ])as ici do justifier le concile : il sufiit, pour l'usage qu'en a voulu faire l'auteur de {'Exposition, que la doctrine de ce concile soit reçue sans contestation i)ar toute l'Eglise callioli(iue , et que, sur les matières controversées, elle ne reconnaisse point d'autres décisions que les siennes.
Les prétendus réformés ont toujours voulu faire croire que ces décisions étaient ambiguës; et l'anonyme nous reproche encore qu'elles peucent recevoir un double et un triple sens^. Ceux qui n'ont lu ce concile que dans les invectives des ministres, et dans l'histoire de Fra Paolo, son ennemi déclaré, le croiront ainsi : mais un mot les va satisfaire. Il est vrai ([u'il y a eu des matières que le concile n'a pas voulu décider; et ce sont celles dont la tradition n'était pas constante, et dont on disputait dans les écoles ; il avait raison de les laisser indécises.
Mais pour celles qu'il a décidées, il a parlé si précisément, que parmi tant de décrets de ce concile , qui sont produits dans le livre de l'Exposition, l'anonyme n'en a pu remarquer un seul où il ait trouvé ces doubles et ces triples sens qu'il nous objecte. En effet, on n'a qu'à les lire, on verra qu'ils n'ont aucune ambiguïté, et qu'on ne peut pas s'expliquer jilus nettement.
On ne peut mettre à la même épreuve l'Exposition elle-même, et par là on pourra juger si l'anonyme a raison de reprocher à l'auteur de ce Traité, ces termes vagues et généraux dont il enveloppe , dit-il', les choses les plus difficiles.
La troisième chose qu'a promise l'auteur de l'Exposition, c'est de traiter les matières qui ont donné sujet à la rupture. C'est précisément ce qu'il fallait faire. Il n'y a personne qui ne sache que dans les disputes il y a toujours certains points capitaux, auxquels les esprits s'arrêtent. C'est à ceux-là que doit s'attacher celui qui songe à finir ou à diminuer les contestations. Aussi l'auteur de V Exposition at-il déclaré d'abord aux prétendus réformés, qu'il leur exposerait les matières dont ils ont fait le sujet de leur rupture''; et afin qu'il n'y eût aucune surprise, il déclare encore à la fin, « que, pour » s'attacher à ce qu'il y a de principal, il laissait » quelques questions que messieurs de la religion » prétendue réformée ne regardaient pas comme » un sujet légitime de rupture^. » Il a fidèlement tenu sa parole; et les seuls titres de V Exposilio7i peuvent faire voir qu'il n'a omis aucun de ces articles principaux.
Ainsi l'anonyme ne devait pas dire que « M. de » Condom a des termes choisis pour passer à côté » des difiicultês qui lui font le plus de peine; qu'il » laisse plusieurs questions; et se hâte de passer à » celle de l'Eucharistie, où il a cru ])ouvoir s'étendre » avec moins de désavantage". «
Quelle idée il voudrait donner du livre de l'Exposition! Mais elle se détruit par elle-même. On voit assez que M. de Condom devait s'étendre sur la
1. p. 7. —2. An., p. 11, 12. —3. Ave>-t.,p. 24; iïeyi., p. 14. — 4. Exi>o.i.,u. \. — 5 Expos. Conc. — 6. Avcrl.,p. 2i; Rép., p. 168.
AVERTISSEMENT
matière de rEucharislie, non i)arce qu'il croyait le pouvoir faire arec moins de désavantage, mais parce que cette matière est en eflet la plus difficile et la plus remplie de grandes tiuestions. Ainsi il se trouvera qu'il traite les choses avec plus ou moins d'étendue , selon qu'elles paraissent plus ou moins embarrassantes, non à lui, mais à ceux pour qui il écrit. Que s'il est vrai qu'il passe à côle des di(licultes qui lui font le jjlus de peine , il demeurera pour constant que celles qui lui en font le moins, sont
justement les plus essentielles, et celles où les prétendus réformés se sont toujours crus les plus forts. Il a traite du culte qui est dû à Dieu, des prières que nous adressons aux saints, de l'honneur que nous leur rendons, aussi bien qu'à leurs reliques et à leurs images. Il a parlé de la grâce qui nous justifie, du mérite des bonnes œuvres, de la nécessité des œuvres satisfactoires, du purgatoire et des indulgences, de la confession et de l'absolulion sacraraentale , de la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, de l'adoration qui lui est due, de la transsubstantiation et du sacrifice de l'autel , de la communion sous une espèce , de l'autorité de la Tradition et de celle de l'Eglise, de l'institution divine de la primauté du Pape, où il a dit en un mot ce qu'il fallait croire de celle de l'épiscopat. Il a exposé toutes ces matières; et il no faut qu'un peu d'équité pour lui avouer que, loin d'éviter les difficultés, comme l'anonyme le veut faire croire, il s'est attaché, au contraire, principalement à celles oii les prétendus réformés ont le plus de peine. L'anonyme nous dit lui-même que rinvocation des saints est un des articles les plus essentiels de la religion' ; et il ajoute en même temps que c'est un de ceux sur lesquels M. de Condoin s'est le plus arrête'. Quelle matière est traitée plus exactement dans VExpositimi , que celle de l'Eucharistie et du sacrifice, celle des images, celle du mérite des œuvres et des satisfactions'!' Et n'estce pas sur ces points que les prétendus réformés souffrent le plus de difficulté? Enfin, nous leur demandons à eux-mêmes, s'il n'est pas vrai qu'étant satisfaits sur les matières traitées dans VExpositiun , ils n'hésiteraient plus à embrasser la foi de l'Eglise '■? Il est donc certain que l'auteur y a traité les points capitaux, sur lesquels nous convenons tous que roulent toutes nos disputes. Bien plus, il s'est toujours attaché àce qui fait le nœud principal de la difficulté; puisqu'il s'applique principalement, comme il l'a promis d'abord-, aux endroits où l'on accuse la doctrine catholitpie d'attaquer les fondements de la foi et de la piété chrétienne. Ce n'est donc point pour éviter les difficultés, qu'il a laissé quelques questions , qui ne sont que des suites et de plus amples explications de celles qu'il
• a traitées, ou en tout cas qui sont telles qu'elles n'arrêteront jamais personne; mais au contraire, c'est pour s'attacher avec moins de distraction aux difficultés capitales, d'où dépend la décision de nos controverses.
L'auteur de l'Exposition n'a pas été moins fidèle à exécuter la quatrième chose qu'il avait promise, qui était de ne rien dire, pour mieux faire entendre le concile, qui n'y fàl manifestement conforme, et qui ne fût approucé dans l'Eglise^.