‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 311 sur 545 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

quitte pour le bhimer sans se mettre autrement en peine d'empèclier le progrès d'un crime si noir '? Si Bèze eût cru que Calvin eut autant détesté cette entreprise qu'elle méritait de l'être, l'aurait-il approuvée lui-même, et nous aurait-il vanté l'approbation des pJws doctes théologiens du parti? Qui ne voit donc que Calvin agit ici trop mollement , et ne se mit guère en peine qu'on hasardât la conjuration, pourvu qu'il put s'en disculper, en cas que le succès en fût mauvais? Si nous en croyons Brantôme, l'amiral était bien dans une meilleure disposition ' : et les écrivains protestants nous vantent ce qu'il a écrit dans la Vie de ce seigneur, qu'on n'osa jamais lui parler de cette entreprise, « parce • qu'on le tenait pour un seigneur de probité, » homme de bien, aimant l'honneur; et pour ce, eût » bien renvoyé les conjurateurs rabroués, et révélé » le tout, voire aidé à leur courir sus-. » Mais cependant la chose fut faite, et les historiens du parti racontent avec complaisance ce qu'on ne devrait regarder qu'avec horreur.

XXXIV. Les réflexions sur l'incerlilude des histoires inutiles en cette occasion. — • Il n'est pas ici question d'éluder un fait constant , en discourant sur l'incertitude des histoires et sur les partialités des historiens^. Ces lieux communs ne sont bons que pour éblouira Quand nos réformés douteraient de M. de Thou qu'ils ont imprimé à Genève, et dont un historien protestant vient d'écrire encore, que la foi ne leur fut jamais suspecte^; ils n'ont qu'à lire La Poplinière un des leurs, et Bèze un de leurs chefs, pour trouver leur parti convaincu d'un attentat, que l'amiral, tout protestant qu'il était, trouva si indigne d'un homme d'honneur.

XXXV. Les premières guerres civiles sous Charles IX, où tout le parti concourt (1 5(52). — Mais cependant ce grand homme d'honneur qui eut tant d'horreur de l'entreprise d'Amboise, ou parce qu'elle était manquée, ou parce que les mesures en étaient mal prises, ou parce qu'il trouva mieux ses avantages dans la guerre ouverte, ne laissa pas deux ans après de se mettre à la tète des calvinistes rebelles. Alors tout le parti se déclara. Calvin ne résista plus à cette fois; et la rébellion fut le crime de tous ses disciples. Ceux que leurs histoires célèbrent comme les plus modérés, disaient seulement qu'il ne fallait point commencer^. Au reste, on se disait les uns aux autres, que se laisser égorger comme des moutons sans se défendre, ce n'était pas le métier de gens de cœur. Mais quand on veut être gens de cœur de cette sorte, il faut renoncer à la qualité de réformateurs , et encore plus à celle de confesseurs de la foi et de martyrs : car ce n'est pas en vain que saint Paul a dit après David : On nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie''; et .Jésus-Christ lui-même : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups^. Nous avons en main des lettres de Calvin , tirées de bon lieu , où dans les commencements des troubles de France

1. Crii., ibiii., Lell.. ii, n. 2. — 2. Branl., Vie de l'a'r.iral de Chàtlllon. — 3. Criiiq., ibid., n. i. i.

4. L'auteur de la Critique de l'Histoire du Calvinisme du P. Mairabourg, que Bossuet a ici en vue, était le fameux Bayle, sophiste adroit , qui , par son artificieuse dialectique, s'efforçait d'obscurcir les raisonnements les plus clairs, et de mettre en doute les faits les plus certains. [Edit. de Versailles.)

5. Burn., loin. i. Préf. — 6. Lf Popelin., lie. Tiii; Bè:e, t. II, lie. VI, p. 5. —7. Rom., vai. 36. —S. Malth., s. 16.

il croit avoir assez fait d'écrire au baron des Adrets contre les pillages et les violences, contre les briseimages , et contre la déprédation des reliquaires et des trésors des églises sans l'autorité publique. Se contenter, comme il fait , de dire à des soldats ainsi enrôlés : Ne faites point de violence, et contentez-vous de votre paie', sans rien dire davantage , c'est parler de celte milice comme on fait d'une milice légitime; et c'est ainsi que saint Jean-Baptiste a décidé en faveur de ceux qui portaient les armes sous l'autorité de leurs princes. La doctrine qui permettait de les prendre pour la cause de la religion fut depuis autorisée , non plus seulement par tous les ministres en particulier, mais encore en commun dans les synodes ; et il en fallut venir à cette décision pour engager à la guerre ceux des protestants qui, ébranlés par l'ancienne foi des chrétiens, et par la soumission tant de fois promise au commencement de la nouvelle Réforme, ne croyaient pas qu'un chrétien dut soutenir la liberté de conscience autrement qu'en souffrant, selon l'Evangile, en toute patience et humilité. Le brave et sage La Noue, qui d'abord était dans ce sentiment, fut entraîné dans un sentiment et dans une pratique contraire par l'autorité des ministres et des synodes. L'Eglise alors fut infaillible, et on céda aveuglément à son autorité contre sa propre conscience,

XXXVI. Décision des synodes nationaux des calvinistes pour approuver la prise des armes. — Au reste , les décisions expresses sur cette matière , furent faites pour la plupart dans les synodes provinciaux ; mais pour n'avoir pas besoin de les y aller chercher, il nous suffira de remarquer que ces décisions furent prévenues par le synode national de Lyon en 1563, article XXXVIII des faits particuliers où il est porté , « Qu'un ministre de Limosin , qui » autrement s'étoit bien porté, par menace des en- 1) nemis a écrit à la reine-mère, qu'il n'avoit jamais » consenti au port des armes, jaçoit qu'il y ait con- » senti et contribué. Item , qu'il promettoit de ne » point prêcher jusqu'à ce que le roi lui permetlroit. » Depuis , connoissant sa faute , il en a fait confes- » sion publique devant tout le peuple , et un jour » de Gène, en la présence de tous les ministres du » pays et de tous les lidèles. On demande s'il peut » rentrer dans sa charge? On est d'avis que cela » suffit : toutefois il écrira à celui qui l'a fait ten- » ter, pour lui faire reconnoitre sa pénitence , et le » priera-t-on qu'on le fasse ainsi entendre à la » reine : et là où il adviendroit que le scandale en » demeurât à son Eglise, sera en la prudence du sy- » node de Limosin de le changer de lieu. »

XXXVII. .iutre décision. — C'est un acte si chrétien et si héroïque dans la nouvelle Réforme de faire la guerre à son souverain pour la religion , qu'on fait un crime à un ministre de s'en être repenti , et d'en avoir demandé pardon à la reine. Il faut faire réparation devant tout le peuple dans l'action la plus célèbre de la religion , c'est-à-dire , dans la Cène , des excuses respectueuses qu'on en a faites à la reine, et pousser l'insolence jusqu'à lui déclarer à elle-même, qu'on désavoue ce respect, atin quelle sache que dorénavant on ne veut garder aucunes mesures : encore ne sait-on pas, après cette réparation et ce désaveu , si on a ôié le scandale que

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