‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 312 sur 545 · Luc, III, H · texte numérisé non relu

Luc, III, H

UISTniUK DES VARIATIONS.

celte soumissioa avait causé parmi le peuple réformé. Ainsi on ne peut nier que l'obéissance n'y fut scandaleuse : un synode national le décide ainsi. Mais voici, dans l'article XLVIII, une autre décision qui ne paraîtra pas moins étrange : « Un abbé , » venu à la connaissance de l'Evangile, a brillé ses » titres, et n'a pas permis depuis six ans qu'on ait » chanté messe en l'abbaye. » Quelle réforme! Mais voici le comijle de la louange : « Ains s'est toujours

» porté FmÈLEMENT, UT A PORTÉ LES .\RMES POUR MAIN-

» TENIR l'Evangile. » C'est un saint abbé , qui trés-éloigné du papisme, et tout ensemble de la discipline de saint Bernard et de saint Benoit, n'a souiïert dans son abbaye ni messes ni vêpres, quoi qu'aient pu ordonner les fondateurs; et qui de plus, peu content de ces armes spirituelles tant célébrées par saint Paul, mais trop faibles pour son courage , a généreusement porté les armes et tiré l'épée contre son prince pour la défense du nouvel Evangile. Il doit être reçu à la Cène, conclut tout le synode national; et ce mystère de paix est la récompense de la guerre qu'il a faite à sa patrie.

XXXVIII. La môme doctrine s'est perpétuée dans les srjnodes suivants jusqu'à nos jours. — Cette tradition du parti s'est conservée dans les temps suivants; et le synode d'Alais en 1620, remercie M. de ChâtiUon , qui lui avait écrit avec protestation de vouloir employer, à l'exemple de ses prédécesseurs , tout ce qui était en lui pour l'avancement du règne de Christ. C'était le style. La conjoncture des temps, et les affaires d'Alais expliiiuent l'intention de ce seigneur; et on sait ce qu'entendaient par le règne de Christ, l'amiral de Châtillon et Dandelot ses prédécesseurs.

XXXIX. Quel fut l'esprit des huguenots dans ces guerres. — Les ministres qui enseignaient cette doctrine crurent imposer au monde , en établissant dans leurs troupes cette belle discipline tant louée par iL de Thou. Elle dura bien environ trois mois : au surplus, les soldats bientôt emportés aux derniers excès, s'en crurent assez excusés, pourvu qu'ils sussent crier : Vive l'Evangile! et le baron des Adrets connaissait bien le génie de celte milice, lorsqu'au rap[)ort d'un historien huguenot' , sur le reproche qu'on lui faisait , que l'ayant quittée on ne lui voyait plus rien entreprendre qui fût digne de ses premiers exploits, il s'en excusait en disant, qu'en ce temps il n'y avait rien qu'il ne pùl oser avec des troupes soudoyées de vengeance, de passion et d'honneur, à qui même il avait ôtétout l'espoir du pardon par les cruautés où il les avait engagées. Si nous en croyons les ministres , nos réformés sont encore dans les mêmes dispositions; et celui de tous qui écrit le plus , l'auteur des nouveaux systèmes , et l'interprète des prophéties vient encore d'imiirimer, que « la fureur où sont aujour- )> d'iuii ceux à qui on fait violence , et la race qu'ils » ont d'être forcés, forlilic l'amour et l'attache qu'ils » avaient pour la vérité^. » Voilà, selon les ministres , l'esprit qui anime ces nouveaux martyrs.

XL. Si l'exemple des catholiques justifie ks huguenots. — Il ne sert de rien à nos réformes de s'excuser des guerres civiles sur l'exemple des ca-

1. D'Auh.,t. I, liv. m, chtp. a, p. 155, 158. —2. Jurieu , Accomplis, des proph.; Avis à tous les Chrcl. à la tête de cet ouvrage , vers le milieu.

tholiques sous Henri 111 et Henri IV, puisqu'outre qu'il ne convient pas à cette Jérusalem de se défendre par l'autorité de Tyr et de Babylone, ils savent bien que le parti des catholiques qui détestait ces excès, et demeura hdèle à ses rois, fut toujours grand; au lieu que dans le parti huguenot, on peut à peine compter deux ou trois hommes de marque qui aient persévéré dans l'obéissance.

XLI. Vaine prétenlion des calvinistes , qui prétendent que ces guerres ne regardaient pas proprement la religion. — On fait encore ici de nouveaux efforts pour montrer que ces guerres furent purement politiques, et non point de religion. Ces vains discours ne méritent pas d'être réfutés , puisque , pour voir le dessein de toutes ces guerres, il n'y a seulement qu'à lire les traités de paix et les édits do pacification, dont le fond était toujours la liberté de conscience, et quelques autres privilèges pour les prétendus réformés : mais puisqu'on s'attache en ce temps plus que jamais, à obscurcir les faits les plus avérés , il est de mon devoir d'en dire un mot.

XLII. Illusion de M. Burnet. — M. Burnet , qui a pris en main la défense de la conjuration d'Amboise', vient encore sur les rangs pour soutenir les guerres civiles : mais d'une manière à nous faire voir qu'il n'a vu notre histoire non plus que nos lois, que dans les écrits des plus ignorants et des plus emportés des prolestants. Je lui pardonne d'avoir pris ce triumvirat si fameux sous Charles L\ , pour l'union du roi de Navarre avec le cardinal de Lorraine; au lieu que très-constamment c'était celle du duc de Guise, du connétable de Montmorency, et du maréchal de Saint-André; et je ne prendrais pas seulement la peine de relever ses bévues, n'était qu'elles convainquent celui qui y tombe de n'avoir pas seulement ouvert les bons livres. C'est une chose moins supportable d'avoir pris , comme il a fait , le désordre de Wassy pour une entreprise préméditée par le duc de Guise dans le dessein de détruire les édits; encore que M. de Thou , dont il ne peut refuser le témoignage , et à la réserve de Bèze trop passionné pour être cru dans cette occasion, les auteurs même protestants disent le contraire-. Mais de dire que la régence ait été donnée à Antoine, roi de Navarre; de raisonner, comme il fait, sur l'autorité du régent, et tl'assurer que ce prince ayant outrepassé son pouvoir dans la révocation des édits, le peuple pouvait se joindre au premier prince du sang après lui, c'est-à-dire, au prince de Condé; de continuer ces vains propos, en disant qu'après la mort du roi de Navarre la régence était dévolue au prince son frère, et que le fondement des guerres civiles fut le refus qu'on fit à ce prince d'un honneur qui lui était dû; c'est, à parler nettement, pour un homme si décisif, mêler ensemble trop de passion avec trop d'ignorance de nos affaires.

XIJll. Ses bévues grossières, et sa profonde ignorance sur les affaires de France. — Car premièrement, il est constant que sous Charles IX, la régence fut déférée à Catherine de Mèdicis, du commun consentement do tout le royaume, et même du roi de Navarre. Les jurisconsultes do M. Burnet, qui montrèrent , à ce qu'il prétend, (pie la régence ne pouvait être confiée à une femme, ignoraient une

1. //. p'irt., liv. m , p. 616, — 2. Thuan., lib. xxix, )'. 77 e . se/./ La l'oplin., liv. vu, p. 2S3, 281.

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