‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 316 sur 545 · Pay. 291. — 2. Pag. 306. — 3. Pag. SOS · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DES VARIATIONS

si rcdoiilablc. La Cour le vil bien aussi, el on acheva le procès. Pollrol, qui s'était dédit de la charge qu'il avait mis sus et à l'amiral cl à Bcze, persista jusqu'à la mort à décharger Bèze : mais pour l'aïuiral , il le chargea de nouveau par trois déclarations consécutives, et jusqu'au milieu de son supplice, de l'avoir induit à ce meurtre jwwr le service de Dieu'. A l'égard de Bèze, il ne parait pas qu'il ail eu part à celle action autrement (pie par ses prêches séditieux, el par l'approbation qu'il avait donnée à l'entreprise d'Amboise, beaucoup plus criminelle; mais, ce qui est bien certain, c'est que devant l'action il ne fil rien pour l'empêcher, encore qu'il ne piit pas ne la pas savoir, el qu'après qu'elle eût été i'aitc il n'oublia rien pour lui donner la couleur d'une action inspirée. Le lecteur jugera du reste, et il n'y en a que trop, pour faire connallre de quel esprit étaient animés ceux dont on nous vante la douceur.

LVI. Les catholiques cl les proteslanls d'accord sur la question de la punition des hérétiques. — Je n'ai pas besoin ici de m'expliquer sur la question, savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Eglise el de la saine doctrine, puisqu'on ce point les protestants sont d'accord avec nous. Luther el Calvin ont fait des livres exprès pour établir sur ce point le droit et le devoir du magistrat^. Calvin en vint à la pratique contre Servet et contre Valentin Gentil'. Mélanchton en approuva la conduite par une lettre qu'il lui écrivit sur ce sujet''. La discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas ; el on trouve parmi les articles de la discipline de l'Eglise de Genève, que les ministres doivent déférer au magistral les incorrigibles qui méprisenl les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes , sans distinction. El encore aujourd'hui celui de tous les auteurs calvinistes qui reproche le plus aigrement à l'Eglise romaine la cruauté de sa doctrine, en demeure d'accord dans le fond, puisqu'il permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience^ : chose aussi qui ne peut être révoquée en doute sans énerver el comme estropier la puissance publique; de sorte qu'il n'y a point d'illusion plus dangereuse que de donner la soull'rance pour un caractère de vraie Eglise : et je ne connais parmi les chrétiens, que les sociniens et les anabaptistes qui s'opposent ta cette doctrine. En un mot, le droit est certain: mais la modération n'en est pas moins nécessaire.

LVII. Mort de Calvin. — Calvin mourut au commencement des troubles. C'est une faiblesse de vouloir trouver ipielque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens : Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies pour l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever cette épreuve , il laisse dominer en eux jusqu'à la fin l'esprilde séduction avec toutes les belles apparences dont il se couvre; et sans m'informer davantage de la vie cl de la mort de

1. Puy. 312, 31U, 327. — 2. Luth., de Maqist., lom. m . Calv., Opuac.,p- 592.— 3. Idem, p. 600, 059. — 4. Melatu:., Calvino, inter Caiv. Ep., p. 109. — 5. Jur., Syst. u, ch. 22, 23,- Leli, Past. de la i. année, i, ii, m ; Hist. du Papism., 2. liecrim., ch. II, etseq.

Calvin, c'en est assez d'avoir allumé dans sa patrie une llanime que tant de sang répandu n'a \\\\ éteindre, et d'être allé comparaître devant le jugement de Dieu sans aucun remords d'un si grand crime.

LVllI. Nouvelle Confession de foi des Eglises hclrétiques. — Sa mort ne changea rien dans les alïaires du parti : mais l'instabilité naturelle aux nouvelles sectes donnait toujours au monde de nouveaux spectacles, et les Confessions de foi allaicul leur train. En Suisse les défenseurs du sens ligure, bien éloignés de se contenter de tant de Confessions de foi faites en France et ailleurs pour expliquer leur doctrine, ne se contentèrent pas même de celles qui s'étaient faites parmi eux. Nous avons vu celle de /wingle en l'iSO, nous en avons une autre publiée à Piàle en l.'i32, et une autre de la môme ville en 1536, une autre en 1554, arrêtée d'un commun accord entre les Suisses el ceux de Genève. Toutes ces Confessions de foi, quoique confirmées par plusieurs actes , ne furent pas jugées suffisantes, et il en fallut faire une cinquième en 1560'.

LIX. Frivoles raisons des ministres sur cette nouvelle Confession de foi. — Les ministres qui la publièrent virent bien que ces changements dans une chose si iraportante, et qui doit être aussi ferme el aussi simple qu'une Confession de foi , décriaient leur religion. C'est pourquoi ils font une préface , où ils lâchent de rendre raison de ce dernier changement : et voici toute leur défense^ : « C'est qu'encore que plusieurs nations aient déjà » publié des Confessions de foi dilTérentes , el » qu'eux-mêmes aient fait la même chose par des » écrits publics; toutefois ils proposent encore celle- » ci (lecteur, remarquez.) à cause que ces écrits ont » peut-être été oubliés, ou qu'ils sont répandus » en divers lieux, et qu'ils expliquent la chose si » amplement, que tout le monde n'a pas le temps » de les lire. » Cependant il est visible que ces deux premières Confessions de foi que les Suisses avaient publiées, tiennent à peine cinq feuilles; et une autre qu'on y pourrait joindre est à peu près de même longueur; au lieu que celle-ci , qui devait être plus courte , en a plus de soixante. Et quand leurs autres Confessions de foi auraient été oubliées, rien ne leur était plus aisé que de les puldier de nouveau, s'ils en étaient satisfaits; lellemenl qu'il n'eut pas été nécessaire d'en proposer une quatrième , n'était qu'ils s'y sentaient obligés par une raison qu'ils n'osaient dire; c'est qu'il leur venait continuellement de nouvelles pensées dans l'esprit; et comme il ne fallait pas avouer que tous les jours ils chargeassent leur Confession de foi de semblables nouveautés , ils couvrent leurs changements par ces vains prétextes.

LX. On commence seulement alors à connaître parmi les Suisses la jtistice imputatire. — Nous avons vu que Zwingle fut aiiotre et réformateur, sans connaître ce que c'était «ine la grâce par laquelle nous sommes chrétiens; et sauvant jusqu'aux philosophes par leur morale, il était bien éloigné de la justice imputalive. En cfi'et, il n'en parut rien dans les Confessions de foi de 1532 el de 1530. La grâce y fut reconnue d'une manière que les catholiques eussent pu approuver si elle cul été moins vague , et sans rien dire contre le mérite des œu-

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