‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 317 sur 545 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

vrcs'. Dans l'accord fait avec Calvin en 1554, on voit que le calviniste commençait à gagner; la justice imputative parait-; on avait été réformé près de quarante ans, sans connaître ce fondement de la Réforme. La chose ne fut expliquée à fond qu'en 1536^; et ce fut par un tel progrès que des e.xcès de Zwingle on passa insensiblement à ceux de Calvin.

LXI. Le mérite des œuvres comment rejeté. — Au chapitre des bonnes œuvres on en parle dans le même sens que font les autres protestants, comme des fruits nécessaires de la foi, et en rejetant leur mérite, dont nous avons vu qu'on ne disait mot dans les Confessions précédentes. On se sert ici , pour les condamner, d'un mot souvent inculqué par saint Augustin; mais on le rapporte mal; et au lieu que saint Augustin dit et répète sans cesse que Dieu couronne ses dons en couronnant nos mérites, on lui fait direqu'ii couronne en nous, non pas nos mérites , 7nais ses dons''. On voit bien la différence de ces deux expressions, dont l'une joint les mérites avec les dons, et l'autre les en sépare. Il semble pourtant qu'à la On on ait voulu faire entendre qu'on ne condamnait le mérite que comme opposé à la grâce, puisqu'on finit par ces paroles : Nous condamnons donc tous ceux qui défendent tellement le mérite, qu'ils nient la grâce. A vrai dire, ce n'est donc ici que les pélagiens dont on condamne l'erreur; et le mérite que nous admettons est si peu contraire à la grâce, qu'il en est le don et le fruit.

LXIl. La foi propre aux élus. La certitude du salut. L'inamissibililéde la justice. — Dans le chapitre X, la vraie foi est attribuée aux seuls prédestinés, par ces paroles : « Chacun doit tenir pour I) indubitable , que s'il croit, et qu'il soit en Jésus- » Christ , il est prédestiné^. » Et un peu après : « Si nous communiquons avec Jésus-Christ, et » qu'il soit à nous , et nous à lui par la vraie foi; » ce nous est un témoignage assez clair et assez » ferme que nous sommes écrits au livre de vie. » Par là il parait que la vraie foi, c'est-à-dire, la foi justiliante , n'appartient qu'aux seuls élus; que celle foi et cette justice ne se perd jamais finalement; et que la foi temporelle n'est pas la vraie foi juslilianle. Ces mômes paroles semblent établir la certitude absolue de la prédestination : car encore qu'on la fasse dépendre de la foi, c'est une doctrine reçue dans tout le parti prolestant, que le fidèle, puisqu'il dit : Je crois, sent la vraie foi en luimême. Mais en cela ils n'entendent pas la séduction de notre amour-propre , ni le mélange de nos passions si étrangement compliquées que nos propres (lis|jositions, et les motifs véritables qui nous font agir, sont souvent la chose du monde que nous connaissons avec le moins de certitude : de sorte qu'en disant : Je crois, avec ce père affligé de l'Evangile^; quelque touchés que nous nous sentions, él quand nous pousserions à son exemple des cris lamenlables , accompagnés d'un torrent de larmes , nous devons toujours ajouter avec lui : Aidez, Seiijneur, mon incrédulité ; et montrer par ce moyen , que dire : Je crois, c'est plutôt en nous un effort

1. Conf. 1532, art. ix, S)jnt. Oen., I. p., 1536, art. u, m; idem. P'iij. 72. — 2. Consens., art. m, Opiisc. Culv., p. 751. — 3. Conf. lid.. cap. XV, Synt. Gen., I. part., pag. SS. — l. Idem. — 5. Cap. X, p. 15. —6. Marc, ix. 23.

pour produire un si grand acte, qu'une certitude absolue de l'avoir produit.

LXIII. La conversion mal expliciuée. — Quelque long que soit le discours que font les zwingliens sur le libre arbitre, dans le chapitre ix de leur Conj fession ', voici le peu qu'il y a de substantiel. Trois états de l'homme sont bien distingués, celui de sa première institution, où il pouvait se porter vers le bien et se détourner du mal; celui de la chute, où ne pouvant plus faire le bien, il demeure libre pour le mal, parce qu'il l'embrasse rolontairemenl, et par conséquent avec liberté, quoique Dieu prévienne souvent l'effet de son choix, et l'empêche d'accomplir ses mauvais desseins; et celui de sa régénération, où rétabli par le Saint-Esprit dans le pouvoir de faire le bien volontairement, il est libre, mais non pleinement, à cause de l'infirmité et de la concupiscence qui lui restent; agissant néanmoins non point passivement : ce sont les termes, assez étranges, je l'avoue; car qu'est-ce qu'agir passivement? et à qui une telle idée peut-elle être tombée dans l'esprit? ]\Iais enfin nos zwingliens ont voulu parler ainsi. Agissant (ils continuent à parler de l'homme régénéré) non point passivement , mais activement , dans le choix du bien et dans l'opération par laquelle il l'acomplit. Qu'il restait à dire de choses pour s'expliquer nettement ! Il fallait joindre à ces trois états celui où se trouve l'homme entre la corruption et la régénération, lorsque touché par la grâce il commence à enfanter l'esprit de salut parmi les douleurs de la pénitence. Cet état n'est pas l'état de la corruption où on ne veut que le mal, puisqu'on y commence à vouloir le bien; et si les zwingliens ne voulaient point le regarder comme un état, puisque c'est plutôt le passage d'un état à l'autre; ils devaient du moins expliquer en quelque autre endroit, que dans ce passage et avant la régénération, l'elïort qu'on fait par la grâce pour se convertir n'est pas un mal. Nos réformés ne connaissent point ces précisions nécessaires. Il fallait aussi expliquer si, dans ce passage, lorsque nous sommes attirés au bien par la grâce , nous y pouvons résister; et encore si dans l'état de la corruption, nous faisons tellement le mal de nous-mêmes, que nous ne puissions môme nous abstenir d'un mal plutôt que d'un autre; et enfin si dans l'état de la régénération, faisant le bien par la grâce, nous y sommes si fortement entraînés que nous ne puissions alors nous détourner vers le mal. On avait besoin de toutes ces choses pour bien entendre l'opération et même la notion du libre arbitre, que ces docteurs laissent embrouillée par des notions trop vagues et trop équivoques.

LXIV. Doctrine prodigieuse sur le libre arbitre. — Mais ce qui finit le chapitre montre encore mieux la confusion de leurs pensées. « On ne doute point, » disent-ils, que les hommes régénérés ou non régé- » nérés n'aient également leur libre arbitre dans » les actions ordinaires, puisque l'homme n'étant » pas inférieur aux bêtes, il a cela de commun avec 1) elles, qu'il veut de certaines choses et n'en veut 0 pas d'autres : ainsi il peut parler et se taire , I) sortir de la maison et y demeurer. » Etrange pensée de nous faire libres à la manière des bêtes! Ils n'ont pas une idée plus noble de la liberté de

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