‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 318 sur 545 · Cap. m , p · texte numérisé non relu

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lIISTdlliK DES VAIilATloNS.

riioinnio, puisqu'ils disent un pou dovanl (pic par sa chute , il n'est pas tout à fait chniKjr en ]iierre et en bûche' ; cnmnic, si on voulait dire (pi'il ne s'en faut guère. Quoi ([u'il en soit, les Suisses zwinglicns n'en prétendent pas davantage; et les protestants d'Allemagne se nicltent encore au-dessous, lors(]u'ils disent que dans la conversion, c'est-à-dire, dans la plus noble action de l'homme, dans l'action où il s'unit avec Dieu, il n'agit non plus qu'une pierre ou qu'une liiiche , quoique hors de là il agisse d'une autre manière 2. 0 homme, oii t'es-tu laissé loi-môme, quand tu expliques si bassement ton libre arbitre! Mais enlin, puisque l'homme n'est ])as une biicbe , et que dans les actions ordinaires on fait consister son libre arbitre à pouvoir l'aire et ne faire pas certaines choses, il fallait considérer que ne trouvant pas en nous-nuMnes une autre manière d'agir dans les actions naturelles que dans les autres, cette même liberté nous suit partout, et que Dieu sait bien nous la conserver, lors môme qu'il nous élève par sa grâce à des actions surnaturelles; n'étant pas digne de son Saint-Esprit de nous faire agir dans celles-là, non plus que dans les autres, comme des bèlcs, ou plutôt comme des liicrres et comme des bûches.

LXV. Nos calvinistes s'expliquent moins, et pourquoi. — On s'étonnera peut-être de ce que nous n'avons rien dit de toutes ces choses en parlant de la Confession des calvinistes. Mais c'est qu'ils les passent sous silence , et ne trouvent pas à propos de parler de la manière dont l'homme agit, comme si c'était une matière indiiïérente à l'homme môme, ou qu'il n'appartint pas à la foi de connaître dans la liberté, avec l'un des plus beaux traits que Dieu mit en nous pour nous faire à son image, ce qui nous rend dignes de blâme ou de louange devant Dieu et devant les hommes.

LXVI. /.a Cène sans substance, et la présence seulement en vertu. — Il reste l'article de la Cène, où les Suisses paraîtront plus sincères que jamais. Ils ne se contentent plus de ces termes vagues que nous leur avons vu employer une seule fois en 1530 par les conseils de Rucer, et par complaisance pour les luthériens. Calvin môme leur bon ami, ne leur put persuader la propre substance, ni les miracles incompréhensibles par lesquels le Saint-Esprit nous la donnait , malgré l'éloignement des lieux. Ils disent donc' qu'à la vérité , nous recevons non pas une « nourriture imaginaire, mais le propre corps, » le vrai corps de Notre Seigneur livré pour nous; » mais intérieurement, spirituellement, par la foi : » le corps et le sang de Notre Seigneur; « mais spi- » rituellement par le Saint-Esprit, qui nous donne » et nous appli(]ue les choses ([ue le corps et le » sang de Notre Seigneur nous ont méritées, c'est- » à-dire, la rémission des péchés, la délivrance de » nos àincs et la vie éternelle. » Voilà donc ce qui s'appelle la chose reçue dans ce sacrement. Cette chose reçue en elTct, c'est la rémission des péchés et la vie spirituelle; et si le corps et le sang sont reçus aussi, c'est par leur fruit et par leur effet; ou , comme l'on ajoute après , jmr leur figure , par leur commémoration, et non pas par leur substance. C'est pourquoi , après avoir dit « que le

I. Paff. 12, 13. — 2. Concord,, p. 062; cJ-desaus, liv. viii, n. •19. —3. Cup. xxr,j<. iS.

» corps de Notre Seigneur n'est que dans le ciel » où il le faut adorer, et non pas sous les espèces )> du jiain ' : » pour ex]iliquer la manière dont il est présent, « il n'est pas, disent-ils, absent de la » Cène. Bien loin que le soleil soit dans le ciel » absent de nous, il nous est présent efTicaeement, » » c'est-à-dire, présent par sa vertu. Combien plus » Jésus-Christ nous est-il présent par son opération » viviliante? » Qui ne voit que ce qui est présent seulement par sa vertu , comme le soleil , n'a pas besoin de communiquer sa propre substance? Ces deux idées sont incompatibles; et personne n'a jamais dit sérieusement qu'il reçoive la propre substance et du soleil et des astres, sous prétexte qu'il en reçoit les influences. Ainsi les zwingliens et les calvinistes , qui de tous ceux qui se sont séparés de Rome se vantent d'être les plus unis entre eux, ne laissent pas de se réformer les uns les autres dans leurs propres Confessions de foi, et n'ont pu convenir encore d'une commune et simple explication de leur doctrine.

LXVII. Rien de particulier à la Cène. — Il est vrai que celle des zwingliens ne laisse rien de particulier à la Cène. Le corps de Jésus-Christ n'y est pas plus que dans tous les autres actes du chrétien; et c'est en vain que Jésus-Christ a dit de la Cène seule avec tant de force : Ceci est mon corps, puisqu'avec ces fortes paroles il n'a pu venir à bout d'y rien opérer de particulier. C'est le faible inévitable du sens figuré; les zwingliens l'ont senti et l'ont avoué franchement : « Cette nourrilure spirituelle » se prend, disent-ils, hors de la Cène; et toutes » les fois qu'on croit, le fidèle qui a cru, a déjà reçu » cet aliment de vie éternelle , et il en jouit; mais » pour la même raison quand il reçoit le sacre- » ment, ce qu'il reçoit n'est pas un rien : No7i ni- » hil accipit. » Où en est réduite la Cène de Notre Seigneur? On n'en peut dire autre chose, sinon que ce qu'on y reçoit n'est pas un rien. Car, poursuivent nos zwingliens, « on y continue à participer » au corps et au sang de Notre Seigneur : » ainsi la Cène n'a rien de particulier. « La foi s'échauffe , » s'accroît, se nourrit par quelque aliment spiri- » tuel, car, tant que nous vivons, elle reçoit do » continuels accroissements. » Elle en reçoit donc autant hors de la Cène que dans la Cône, et Jésus- Christ n'y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu'après avoir dit que ce qu'on reçoit de particulier dans la Gène n'est pas un rien, et qu'en effet on le réduit à si peu de chose; on ne peut encore expliquer ce peu qu'on y laisse. Voilà un grand vide, je l'avoue : c'était pour couvrir ce vide que Calvin et les calvinistes avaient inventé leurs grandes phrases. Ils ont cru remplir ce vide affreux, en disant dans leur Caléchismc que hors de la Cène on ne reçoit Jésus-Christ qu'en partie; au lieu que dans la Cène on le reçoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien? J'aime mieux la sincérité de Zwingleet des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur Cène , que la fausse abondance de nos calvinistes, riches seulement en paroles.

LXVIII. Les Suisses sont les plus sincères de tous les défenseurs du sens figuré. — Je dois donc ce témoignage aux zwingliens, que leur Confession de

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