‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 319 sur 545 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

foi est la plus aalurelle et la plus simple de loules; ce que je dis, non-seulement à l'égard du point de l'Eucharistie, mais à l'égard de tous les autres : et en un mot, de toutes les Confessions de foi; que je vois dans le parti protestant, celle de 1566 est, avec tous ses défauts, celle qui dit le plus nettement ce qu'elle veut dire.

LXIX. Confession remarquable des Polonais zwingliens, où les luthériens sont maltraite's. — Parmi les Polonais séparés de la communion romaine, il y en avait quelques-uns qui défendaient le sens figuré : et ceux-ci avaient souscrit en l'an 1 567 la Confession de foi que les Suisses avaient dressée l'année précédente. Ils s'en contentèrent trois ans durant : mais en l'an 1570 ils jugèrent à propos d'en dresser une autre dans un synode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le Recueil de Genève où ils s'expliquent d'une façon fort particulière sur la Cène'.

Ils condamnent la réalité, et selon la rêcerie des catholiques, qui disent que le pain est changé au corps, el selon la folie des luthériens qui mettent le corps avec le pain^ : ils déclarent particulièrement contre les derniers, que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un changement de substance, tel que celui qui arriva dans les eaux d'Egypte, dans la verge de Moïse , et dans l'eau des noces de Cana : ainsi ils reconnaissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire, même selon les principes des luthériens. Ils témoignent tant d'horreur pour eux, qu'ils ne leur donnent point d'autre nom que celui de mangeurs de chair humaine, leur attribuant toujours une manière de communier charnelle et sanglante, comme s'ils dévoraient de la chair crue. Après avoir condamné les papistes et les luthériens, ils parlent d'autres errants qu'ils appellent sacramentaires. « Nous reje- » tons, disent-ils^, la rêverie de ceux qui croient » que la Cène est un signe vide du Seigneur ab- » sent. » Par ces mots, ils en veulent aux sociniens, comme à des gens qui introduisent une Cène vide; quoiqu'ils ne puissent ;montrer que la leur soit mieux remplie; puisqu'on ne trouve partout, à l'égard du corps et du sang, que signes, commémoration et rerlu''. Pour mettre quelque différence entre la Cène zwinglienne et la socinienne, ils disent premièrement que la Cène n'est pas la seule mémoire de Jésus-Christ absent, et ils font un chapitre exprès de la présence de Jésus-Christ dans ce mystère^. Mais, en la voulant expliquer, ils s'embarrassent de termes qui ne sont d'aucune langue , et que je ne puis traduire en la nôtre , tant ils sont étranges et inouïs. C'est, disent-ils, que Jésus-Christ est présent dans la Gène, et comme Dieu et conmie homme. Comme Dieu, enter, yrœsenler : traduise ces mots qui pourra : par sa divinité Jéhocale, c'est-à-dire, en termes vulgaires, par sa divinité proprement dite et exprimée par le nom incommunicable, comme la vigne dans les sarments, et

1. Synod. Cseng. Synt. Conf., part. I,pag. 148. — 2. Cap, de Cœn. Boni., p. 153. — 3. Cap. de Sacramt:nUiriis,p. 155. — 4. Idem, p. 153, 154. — 5. Cap. de Prœf. in Cœn.,p, 155.

comme le chef dans les membres. Tout cela est vrai, mais ne sert de rien à la Gène, où il s'agit du corps et du sang. Ils en viennent donc à dire que Jésus-Ghrist est présent comme homme en quatre manières. « Premièrement, disent-ils', par son » union avec le 'Verbe, en tant qu'il est uni au » Verbe qui est partout. Secondement , il est pré- » sent dans sa promesse , par la parole et par la foi , » se communiquant à ses élus comme la vigne se » communique à ses branches, et la tète à ses » membres, quoiqu'éloignés d'elle. Troisièmement, » il est présent par son institution sacramentelle et » l'infusion de son Saint-Esprit. Quatrièmement, » par son ofTice de dispensateur, ou par son inter- » cession pour ses élus. » Ils ajoutent qu'il n'est pas présent charnellement , ni localement ; ne devant être corporellement que dans le ciel jusqu'au jour du jugement universel.

LXX. L'ubiquité enseignée par les Polonais zvnngliens. — De ces quatre manières de présence, les trois dernières sont assez connues parmi les défenseurs du sens figuré. Mais pourront-ils nous faire entendre ce que veut dire la première dans leur sentiment? Ont-ils jamais enseigné, comme font les Polonais de leur communion, que Jésus-Christ « fût présent comme homme à la Gène, par son » union avec le Verbe , à cause que le Verbe est » présent partout? » C'est le raisonnement des ubiquitaires, qui attribuent à Jésus-Ghrist d'être partout , même selon la nature humaine : mais cette rêverie des ubiquitaires n'est soutenue que parmi les luthériens. Les zwingliens et les calvinistes la rejettent, aussi bien que les catholiques. Cependant les zwingliens polonais empruntent ce sentiment; et n'étant pas pleinement contents de la Confession zwinglienne qu'ils avaient souscrite, ils y ajoutent ce nouveau dogme.

LXXI. Leur accord avec les luthériens et les vaudois. — Ils firent plus, et la même année, ils s'unirent avec les luthériens, qu'ils venaient de condamner comme des hommes grossiers et charnels, comme des hommes qui enseignaient une communion cruelle et sanglante. Ils recherchèrent leur communion; et ces mangeurs de chair humaine devinrent leurs frères. Les vaudois entrèrent dans cet accord ; et tous ensemble s'étant assemblés à Sendomir, ils souscrivirent ce qui avait été résolu sur l'article de la Cène dans la Confession de foi qu'on appelait Sa.xonique.

Mais pour mieux entendre cette triple union des zwingliens , des luthériens et des vaudois , il faut savoir ce que c'est que ces vaudois qu'on trouve alors dans la Pologne. Il est bon aussi de connaître ce que c'est en général que les vaudois, puisqu'à la tin ils sont devenus calvinistes, et que plusieurs protestants leur font tant d'honneur, qu'ils assurent même que l'Eglise persécutée par le Pape a conservé sa succession dans cette société : erreur si grossière et si manifeste , qu'il faut tâcher une bonne fois de les en guérir.

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