C^Jr., C. II, p. 4S
2. Théodore était famine de Théophile. A la mort de ce prince, arrivée au mois de janvier S42, elle prit les rênes du gouvernement pendant la minorité de Michel III son fils. Ce fut pendant sa régence, qu'après avoir inutilement tente de convertir les pauliciens ou manichéens dWrménie par les voies de douceur, elle employa la rigueur contre eux. Ces hérétiques se réfugièrent sur les terres des Musulmans , et en tirèrent des secours pour faire la guerre à l'Empire. Basile le Macédonien, qui succe-a à Michel, remporta sur eux de grandes victoires {Edit. de Versailles).
3. Cedr., t. ir, p. 541.— 4. Petr. Sic. Bisl. de Munich. — 5. Cedr., ibid., p. 541, — 6. Voss., de Hist. Griec. —7. Pst. Sic, Ibid., Prœf., etc. — 8. Cedr., loni. ii, p. 434. — 9. .iug., Hœr. 4ô, etc., tom. viii, col. 13.
sacrifices qu'ils olïraient sur leurs reliques'. Mais saint Augustin leur faisait voir que ce culte n'avait rien de commun avec celui des païens, parce que ce n'était pas le culte de latrie ou de sujétion et de servitude parfaite-; et que, si on olTrait à Dieu l'oblalion sainte du corps et du sang de Jésus- Christ aux tombeaux et sur les reliques des martyrs, on se gardait bien de leur olïrir ce sacrifice; mais qu'on espérait seulement « par là s'exciter à » l'imitation de leurs vertus , s'associer à leurs mé- » rites , et enfin être secouru par leurs prières^? » Une réponse si nette n'empêcha pas que les nouveaux manichéens ne continuassent dans les calomnies de leurs pères. Pierre de Sicile nous rapporte qu'une femme manichéenne séduisit un laïque ignorant nommé Serge\ en lui disant que les catholiques honoraient les saints comme des divinités, et que c'était pour celle raison qu'on empêchait les laïques de lire la sainte Ecriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs.
XVI. Dessein des pauliciens et des Bulgares , et instruction de Pierre de Sicile pour en empêcher l'effet. — C'était par de telles calomnies que les manichéens séduisaient les simples. On a toujours remarqué parmi eux un grand désir d'étendre leur secte. Pierre de Sicile découvrit , durant le temps de son ambassade à Tibrique, qu'il avait été résolu dans le conseil des pauliciens , d'envoyer des prédicateurs de leur secte dans la Bulgarie , pour en séduire les peuples nouvellement convertis^. La Thrace, voisine de cette province, était il y avait déjà longtemps infectée de celte hérésie. Ainsi il n'y avait que trop à craindre pour les Bulgares , si les pauliciens les plus artificieux des manichéens, entreprenaient de les séduire; el c'est ce qui obligea Pierre de Sicile d'adresser à leur archevêque le livre dont nous venons de parler, afin de les prémunir contre des hérétiques si dangereux. Malgré ses soins, il est constant que l'hérésie manichéenne jeta de profondes racines dans la Bulgarie , et c'est de là qu'elle se répandit bientôt après dans le reste de l'Europe; ce qui fit donner, comme nous verrons , le nom de Bulgares aux sectateurs de cette hérésie.
XVII. Les manichéens cotnmencent à paraître en Occident après l'an 1000 de Notre Seigneur. — Mille ans s'étaient écoulés depuis la naissance de Jésus-Christ, et le prodigieux relâchement de la discipline menaçait l'Eglise d'Occident de quelque malheur extraordinaire. Celait peut-être aussi le temps de ce terrible déchaînement de Satan, mar-què dans l'Apocalypse*, après mille ans; ce qui
' peut signifier d'extrêmes désordres : mille ans après ' que le fort armé, c'est-à-dire le démon victorieux, fût lié par Jésus-Christ venant au monde'. Quoi qu'il en soit , dans ce temps el en 1017, sous le roi Robert, on découvrit à Orléans des hérétiques d'une doctrine qu'on ne connaissait plus il y avait longtemps parmi les Latins *.
XVIII. Manichéens venus d'Italie, découverts sous le roi Robert à Orléans. — Une femme italienne avait apporté en France celte daranable hé-
1. Lib. XX, cont. Fausl., c. 4, tom. viii , col. 233 et seq. — ■Z. Idem, c. 21 et seq. — 3. Ibid., c. 18. — 4. Pet. Sic, ilnd. — 5. Petr. Sic, initia lib. — 6. Apoceil., xx, 2 , 3, 7.-7 Matth. xii, 29 ; Luc, si. 21, 22. — 8. A.cta Conc. .\wel.,Spicil., tom. ii ; Cône. Lab., t. ix, col. 836; Glab., lib. m, c. S.
HISTOir.E DES VARIATIONS.
résie. Doux chanoines d'Orli-ans , l'un nomni6 Etieiino ou llcribort , ot l'autre nommé Lisoïus, qui étaionl en réputalion, furent les premiers séduits. On eut beaucouj) de peine à découvrir leur secret. Mais enlin un Arifasio, qui soupçonna ce que c'était, s'étant introduit dans leur familiarité , ces hérétiques et leurs sectateurs confessèrent avec beaucoup do peine qu'ils niaient la chair humaine en Jésus-Christ; qu'ils ne croyaient pas que la rémission des péchés fût donnée dans le Baptême , ni que le pain et le vin pussent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ'. On découvrit qu'ils avaient une Eucharistie particulière, qu'ils appelaient la viande céleste. Elle était cruelle et aliominable, et tout k fait du génie des manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. ]\Iais outre ce qu'on en vit à Orléans , Gui de Nogcnt la remarque encore dans d'autres pays". Il ne faut pas s'étonner qu'on trouve de nouveaux prodiges dans une secte si cachée, soit qu'elle les invente, ou qu'on les y découvre de nouveau.
XIX. Suite. — Voilà de vrais caractères de manichéisme. On a vu que ces hérétiques rejetaient l'Incarnalion. Pour le Baptême, saint Augustin dit expressément que les manichéens ne le donnaient pas, et le croyaient inutile^. Pierre de Sicile, et après lui Cédrénus nous apprennent la même chose des pauliciens^ : tous ensemble nous font voir que les manichéens avaient une autre Eucharistie que la nôtre. Ce que disaient les hérétiques d'Orléans , qu'il ne fallait pas implorer le secours des saints, était encore de môme caractère, et venait, comme on a vu, de l'ancienne source de cette secte.
XX. Suite. — Ils ne dirent rien ouvertement des deux principes : mais ils parlèrent avec mépris de la création, et des livres où elle était écrite. Cela regardait l'Ancien Testament; et ils confessèrent dans le supplice, qu'ils avaient eu de mauvais sentiments sur le Seioneur de l'univers^. Le lecteur se souvient bien que c'est celui que les manichéens croyaient mauvais. Ils allèrent au feu avec joie, dans l'espérance d'en être miraculeusement délivrés, tant l'esprit de séduction agissait en eux. Au reste , c'est ici le premier exemple d'une semblable condamnation. On sait que les lois romaines condamnaient à mort les manichéens* : le saint roi Robert les jugea dignes du feu.
XXI. Ln même hérésie en Gascogne et à Toulouse. — En même temps la même hérésie se trouve en Aquitaine et à Toulouse, comme il paraît par l'histoire d'Adémare de Chalianes, moine de l'abbaye de Saint-Ciliard d'Angouléme, contemporain de ces hérétiques''. Un ancien autour de l'histoire d'Aquitaine, que le célèlire Pierre Pithou adonnée au public, nous apprend qu'on découvrit en cette province, dont le Périgord faisait partie, des manichéens qui rejetaient le Baptême , le siçine de la sainte croix, l'Eqlise, et le Rédempteur lui-même, dont ils niaient l'Incarnation et la Passion , l'honneur dû aux saints, le mariage légitime, et l'usage de la mande '. Et le même auteur nous fait voir
1. Clal).,lih. Ml, c. 8; Artri Conc. Aurel., Conc. Labli., t. IX, col. 836. — 2. De vilâ sud, lih. m, c. 16. —3. Dehœres. in hceres. Manîck., tom. viir, col. 17. — 4. Petr. Sic, ihid.; Cedr., tom. I, p. 434. — .5. Idem, — 6. Cod. de hœt:, l. 5. — 7. Bib nov.. Labb., t. II, p. 170, 180. — 8. Fragm. hîst. Aquit. édita à Pctro Pith. Bar., t. m, an. 1017.
qu'ils étaient de la même secte que les hérétiipies d'Orléans, dont l'erreur était venue d'Italie.
XXII. J.cs manichéens cV Italie appelés cathares, et pourquoi. — En ell'et, nous voyons que les manichéens s'étaient établis en ce pays-là. On les appelait cathares, c'est-à-dire, purs. D'autres hérétiques avaient autrefois pris ce nom; cl c'était les novatiens, dans la pensée qu'ils avaient que leur vie était plus pure que celle des autres , à cause de la sévérité de leur discijiline. Mais les manichéens enorgueillis de leur continence et de l'abstinence de la viande qu'ils croyaient immonde, se regardaient non-seulement comme cathares ou purs, mais encore, au rapport de saint Augustin', comme calharistes, c'est-à-dire, purificateurs, à cause de la l)artie de la substance divine mêlée dans les herl>es et dans les légumes, avec la substance contraire, dont ils séparaient et purifiaient cette substance divine en la mangeant. Ce sont là des prodiges, je l'avoue; et on n'aurait jamais cru que les hommes en pussent être si étrangement entêtés , si on ne l'avait connu par expérience. Dieu voulant donner à l'esprit humain des exemples de l'aveuglement où il peut tomber, quand il est laissé à lui-même. Voilà donc la véritable origine des hérétiques de France venus des cathares d'Italie.
XXIII. Origine des manichéens de Toulouse et d'Italie. Preuve qu'ils renaient de Bulgarie. — Vignier, que nos réformés ont regardé comme le restaurateur de l'histoire dans le dernier siècle, parle de cette hérésie et de la découverte qui s'en lit au concile d'Orléans , dont il met la date par erreur en 1022^; et il remarque qu'en celte année, « furent pris et brûlés publiquement plusieurs per- » sonnages en présence du roi Robert pour crime » d'hérésie; car on écrit, poursuit-il, qu'ils parlaient » mal de Dieu et des sacrements, à savoir du Bap- » tême, et du corps et du sang de Jésus-Christ, » ensemble aussi du mariage; et ne voulaient user » des viandes ayant sang et graisse , les réputant » immondes. » Il raconte aussi que le principal de ces hérétiques s'appelait Etienne , dont il donne (3laber pour témoin avec la Chronique de Sainl- Cibard : « Selon lesquels continuc-t-il, plusieurs » autres sectaires de la même hérésie, qu'on appe- » lait des manichéens, furent exécutés ailleurs, » comme à Toulouse et en Italie. » N'importe que cet auteur se soit trompé dans la date et dans quelques autres circonstances de l'histoire : il n'avait pas vu les actes qu'on a recouvrés depuis. Il sutllt que celte hérésie d'Orléans dont Etienne fut l'un des auteurs, dont le roi Robert vengea les excès, et dont Glaber nous a raconté l'histoire, soit reconnue pour manichéenne par Vignier; qu'il l'ait regardée comme la source de l'hérésie qu'on punit depuis à Toulouse, et que toute cette inqiiété lïit dérivée de la lîulgarie, comme on va voir.
XXIV. La même origine prouvée par un ancien auteur, chez Vignier. — Un ancien auteur, rapporté dans les additions du môme Vignier, ne permet pas d'en douter. Le passage de cet auteur, que Vignier transcrit tout entier en latin ^, veut dire en français : « Que des que l'hérésie des Bul-
1. De Uœr. in hœr. Munich., Inm. vm , col. IS. — 2. liib. hisl., n. 2""''- à l'an 1U22, )>. 57Ï. — 3. Ad.d. à l:i II. purl. p. 133.