HISTOIRE DES VAUDOIS
LXXI. Commencement des Vaudois, ou pauvres de Lyon. — Les Vaudois ne valent pas mieux pour établir une succession légitime. Leur nom est tiré de Valdo , auteur de la secte. C'est dans Lyon qu'ils prirent naissance. On les nomma les Pauvres de Lyon, à cause de la pauvreté qu'ils affectaient; et comme la ville de Lyon se nommait alors Leona en latin, on les appela aussi tout court Léonistes, ou Lionistes , comme qui eût dit les Lyonnais.
LXXII. Les noms de la secte. — On les appela encore les Insabbatés , d'un ancien mot qui signifiait des souliers , d'où sont venus d'autres mois d'une semblable signification, qui sont encore en usage en beaucoup de langues aussi bien que dans la notre. C'est de là donc qu'on les appela les Insabbatés^, à cause de certains souliers d'une forme particulière qu'ils coupaient par-dessus pour faire paraître les pieds nus, à l'exemple des apôtres, à ce qu'ils disaient; et ils affectaient cette chaussure, ]iour marque de leur pauvreté apostolique.
LXXllI. Leur histoire divisée en deux. Leurs eommencements spécieux. — Voici maintenant leur histoire en abrégé. Lorsqu'ils se sont séparés, ils n'avaient encore que très-peu de dogmes contraires aux nôtres, et peut-être point du tout. En l'an 1 160, Pierre Valdo, marchand de Lyon, dans une assemblée où il était selon la coutume, avec les autres riches trafiquants , fut si vivement frappé de la mort subite d'un des plus apparents de la troupe, qu'il distribua aussitôt tout son bien, qui était grand, aux pauvres de cette ville', et en ayant par ce moyen ramassé un grand nombre, il leur apprit la pauvreté volontaire, et à imiter la vie de Jésus-Christ et des apôtres. Voilà ce que dit Renier, que les prolestants , llattés des éloges que nous verrons qu'il donne aux Vaudois, veulent qu'on croie sur ce sujet |)lus ipie tous les autres auteurs. Mais on va voir ce ([ue peut la piété mal conduite. Pierre Pylirdorf, tiui a vu les Vaudois dans leur force, et en a rcpré-
1. Senn. i,xv, in CnnC, n. 8. Ei:h. Ren. — 2. Ebr. ihid., c. S5. Conrad. Ursper. Chron. ad an. 12)2. — 3. Ren., cap. v, p. 719.
sente non-seulement les dogmes, mais encore la conduite avec beaucoup de simplicité et de doctrine, dit que ce Valdo, touché des paroles de l'Evangile où la i)auvreté est si hautement recommandée, crut que la vie apostolique ne se trouvait plus sur la terre'. Résolu de la renouveler, il vendit tout ce qu'il avait. D'autres en firent autant touchés de componction, et ils s'unirent ensemble dans ce dessein. Au commencement cette secte , obscure et timide , ou n'avait encore aucun dogme particulier, ou ne se déclarait pas; ce qui a fait qu'Ebrard de Béthune n'y remarque que l'affectation d'une superbe et oisive pauvreté. On voyait ces insabbatés ou ces sabbalés, comme il les nomme ^, avec leurs pieds nus, ou plutôt avec leurs souliers coupés pardessus , attendre l'aumône , et ne vivre que de ce qu'on leur donnait. On n'y blâmait d'abord que l'ostenlalion; et sans encore les ranger avec les hérétiques, on leur reprochait seulement qu'ils en imitaient l'orgueiP. Mais écoutons la suite de leur histoire''. « Après avoir vécu quelque temps dans » leur pauvreté prétendue apostolique, ils s'avisè- » rent que les apôtres n'étaient pas seulement pau- » vres, mais encore prédicateurs » de l'Evangile. Ils se mirent donc à prêcher à leur exemple , afin d'imiter en tout la vie apostolique. Mais les apôtres étaient envoyés; et ceux-ci, que leur ignorance rendait incapables de cette mission, furent exclus par les prélats, et enfin par le Saint-Siège, d'un ministère qu'ils avaient usurpé sans leur permission. Ils ne laissèrent pas de continuer secrètement, et murmuraient contre le clergé qui les empêchait de prêcher, à ce qu'ils disaient, par jalousie, et à cause que leur doctrine et leur sainte vie confondaient ses mœurs corrompues'.
LXXIV. Si Valdo était un homme de savoir. — Quelques protestants ont voulu dire que Valdo était un homme de savoir : mais Renier dit seulement qu'if avait quelque peu de litlérature ; aliquanlulùm lilleratus^' . D'autres protestants, au contraire, tirent avantage du grand succès qu'il a eu dans son ignorance. Mais on ne sait que trop les adresses qui se peuvent souvent trouver dans les esprits les plus ignorants pour attirer leurs semblables : et Valdo n'a séduit que de telles gens.
LXXV. Les Vaudois condamnés par Lucius III. — Cette secte en peu de temps fit des progrès. Bernard , abbé de Fontcald , qui en a vu les commencements, en marque l'élévation sous le pape Lucius III'. Le pontificat de ce Pape commence en 1181, c'est-à-dire vingt ans après que Valdo eût paru dans Lyon. Il lui fallut bien vingt ans à s'étendre , et à faire un corps de secte qui méritât d'être regardé. Alors donc Lucius III les condamna : et comme son pontificat n'a duré que quatre ans, il faut que cette première condamnation des Vaudois soit arrivée entre l'année 1181, où ce Pape fut élevé à la chaire de saint Pierre, et l'année 118."), où il mourut.
LXXVI. Ils tiennent à Rome. On ne les accuse de rien sur la présence réelle. — Conrad, abbé d'Ursperg, qui a vu de près les Vaudois, comme nous
1. Lib. cont. Vald., c. i, lom. n', Bibt. PP., II. part., p. 77U. — 2. AniicA., c. 25; /deni, p. 116S. — 3. /dij., p. 1170.— 4. Pylicd., ibid. — 5. Pijlicd., ihid.; Ren., ibid. — 6. Ren., c. Cl. — 7. Bern. Abb. Fontisc, adv. Vald. sect. iv, Bibl. PP. pi-œf., p. 1195.