Pijlicd., c. I, t. IV, Blbl. pp., II. part., p. 7S
HISTOIRE DES VAUIATIONS.
rien flo plus ôlabli dans cette secte, que le droit des laïques pens de bien : « Un bon laïque, disaient-ils, » avait pouvoir d'absoudre : » ils se gloriliaicnl tous « de renicllre les péchés par l'imposition des » mains : ils entendaient les confessions; ils enjoi- » pliaient des pénitences : de peur qu'on ne décou- » vrit une pratique si extraordinaire, ils écoulaient » très-secrètement les confessions , et recevaient » même celles des femmes dans des caves, dans des » cavernes , et dans d'autres lieux retirés : ils prô- » citaient en secret dans les coins des maisons, et » souvent pendant la nuit'. »
CVI. Que les Vaudois faisaient à l'extérieur, les devoirs de catholiques. — Mais ce qu'on ne peut assez remarquer, c'est qu'encore qu'ils eussent de nous l'opinion que nous avons vue, ils assistaient à nos assemblées. « Ils y offrent, dit Renier-, ils » s'y confessent, ils y communient, mais avec » feinte. » C'est qu'enfin, quoi qu'ils pussent dire , « il leur restait quelque défiance de la communion » qui se faisait parmi eux'. » Ainsi « ils venaient » communier dans l'église aux jours qu'il y avait le » plus de presse, de peur qu'on ne les connût. >i Plusieurs aussi demeuraient jusqu'à quatre et » jusqu'à six ans sans communier, se cachant ou » dans les villages ou dans les villes , au temps de » Pâques, de peur d'être remarqués. On conseillait » aussi parmi eux de communier dans l'église; » mais seulement à Pâques : et ils passaient pour » chrétiens sous cette apparence*. » C'est ce qu'en disent les anciens auteurs'', et c'est aussi ce qu'on voit très-souvent dans ces interrogatoires dont nous avons parlé". « Interrogé s'il se confessait à son » curé, et s'il lui découvrait la secte, a répondu » qu'il s'y confessait tous les ans, mais qu'il ne lui » disait pas qu'il fût Vaudois, et que les barbes » défendaient de le découvrir. » Ils répondent aussi, comme on a vu, « que tous les ans ils cornmu- » niaient à Pâques , et recevaient le corps de Jésus- » Christ, et que les barbes les avertissaient que » devant que de le recevoir, il fallait être bien con- » fessé. » Remarquez qu'il n'est parlé que du corps seul et d'une seule espèce, comme on la donnait alors dans toute l'Eglise, et après le concile de Constance , sans que les barbes s'avisassent de le trouver mauvais. Un ancien auteur a remarqué » qu'ils recevaient très-rarement de leurs maîtres, le » liaptciiie et le corps de Jésus-Christ ; mais que » tant les maîtres que les simples croyants les al- >, laient demander aux prêtres'. » On ne voit pas même que pour le Bai)téme ils eussent pu faire aulremeiil sans se déclarer; car on eût bientôt remarqué qu'ils ne portaient pas leurs enfants à l'église, et on leur en eût demandé compte. Ainsi séparés de cœur d'avec l'Eglise catholique , ces hypocrites, autant qu'ils pouvaient , paraissaient à l'extérieur de la même foi que les autres, et ne faisaient en public aucun acte de religion qui ne démentit leur doctrine.
CVII. Si les Vaudois ont retranché quelqu'un des sacrements : la Confirmation. — Les protestants peuvent connaître par cet exemple, ce que c'était
1. Ind. err., UM.. p. 832, n. 12; Ren., ibid., p. 750; Pxjlicd., ibid., Cl, p. 7S0; Ibid., r.8,p. 7S2, S20. — 2. Ren , ibid., c. 5, p. 752. — 3. Ibid., 7 , p. 765. — 4. Ind. crr., n. 12, 13 ; Ibid., p. 832. — 5. Pijlicd., c. S5; Ibid., p. 79G. — G. Interrogatoire de Quoti et des autres. — 7. Pi/licd., ibid., c. 24, n. 796.
que ces lïdéles cachés qu'ils nous vantent avant la Réforme, qui n'avaient pas lléclii le genou devant Baal. (tu jiourrail douter si les Vaudois avaient retranché quelques-uns des sept sacrements. Et déjà il est certain qu'au commencement on ne les accuse d'en nier aucun : au contraire, nous avons vu un auteur qui en leur reprochant qu'ils changeaient , excepte les sacrements. On pouvait soupçonner ceux de Renier d'avoir varié en cette matière, à cause qu'il semble dire qu'ils rejetaient non-seulement l'Ordre, mais encore la Condrmation et l'Extrôme-Onction' : mais visiblement il faut entendre celle qui se donnait parmi nous. Car, pour la Confirmation, Renier qui la leur fait rejeter, ajoute : « qu'ils s'étonnaient qu'on ne permit qu'aux » évêques de la conférer. » C'est qu'ils voulaient que les laïques, gens de bien, eussent pouvoir de l'administrer comme les autres sacrements. C'est pourquoi ces mêmes hérétiques, à qui on fait rejeter la Confirmation , se vantent après « de donner » le Saint-Esprit par l'imposition de leurs mains*;» ce qui est en d'autres paroles, le fond môme de ce sacrement.
CVIII. L' Extrême-Onction. — A l'égard de l'Extréme-Onction, voici ce qu'en dit Renier : « Ils )i rejettent le sacrement de l'Onction; parce qu'on » ne la donne qu'aux riches, et que plusieurs prê- » très y sont nécessaires'. » Paroles qui font assez voir que la nullité qu'ils y trouvaient parmi nous, venait des prétendus abus, et non pas du fond. Au reste, comme saint Jacques avait dit qu'il fallait appeler les prêtres'' en pluriel, ces chicaneurs voulaient croire que l'Onction donnée par un seul , comme on faisait ordinairement parmi nous dès ce temps-là, ne suffisait pas; et ils prenaient ce mauvais prétexte de la négliger.
CIX. Ce que c'était que l'ablution , dont parle Renier, dans le Baptême. — Quant au Baptême , encore que ces hérétiques ignorants en rejetassent avec mépris les plus anciennes cérémonies, on ne doute pas qu'ils ne le reçussent. On pourrait seulement être surpris des paroles de Renier, lorsqu'il fait dire aux Vaudois ; que l'ablution qu'on donne aux enfants ne leur sert de rien^. Mais comme cette ablution se trouve rangée parmi les cérémonies du Baptême que ces hérétiques improuvaieni, on voit bien qu'il parle du vin qu'on donnait aux enfants après les avoir baptisés : coutume qu'on voit encore dans plusieurs Rituels voisins de ce siècle-là, et qui était un reste de la communion qu'on leur adminislrail autrefois sous la seule espèce liquide. Ce vin, qu'on mettait dans un calice pour le donner à ces enfants, s'appelait alilution, par la ressemblance de cette action avec l'ablution que les prêtres prenaient à la messe. Au surplus , on ne trouve point chez Renier le mot d'a;)h<(io?ipour signifier le Baptême : et en tout cas si on s'opiniâtre à le vouloir prendre pour ce sacrement, tout ce qu'on pourrait conclure, ce serait au pis, que les Vaudois de Renier trouvaient inutile un Baptême donné par des ministres indignes , tels qu'ils croyaient tous nos Ijrélres ; erreur qui est si conforme aux principes de la secte, que les Vaudois, que nous avons vus ' approuver notre Baptême , ne le pouvaient faire
1. Pi/licd., ibid., c. 5, )). 750, 751. — 2. Idem , p. 751.— 3. Ibid . — 1. Jac, V, 14. — 5. .Ren., ibid., v, 14.