CXXIV. Nul secours à tirer des Vaudois pour
1. En 1543, f. 1.33. — 2. En 1561, /•. 533. — 3. Liv. i, p. 23, 1536. — 4. Idem, p. 35, 36, 1514. —5. Gilles, c. 3 et 29.
HISTOIRE DES VARIATIONS
ies calvinistes. — Mais, après tout, de quel secours sont aux calvinistes ces Vaudois dont ils veulent s'autoriser? Il est constant, par cette histoire, que Vnldo et ses disciples sont tous de simples laïques, (|ui sans ordre et sans mission, se sont ingérés de prêcher, et dans la suite d'administrer les sacrements. Ils se sont séparés de l'Eglise sur une erreur manifeste et détestée par les prolestants autant que par les catholiques, qui est celle du donatisme : encore ce donatisme des Vaudois est-il sans comparaison plus mauvais que l'ancien donatisme de l'Afrique, si puissamment réfuté par saint Augustin. Ces donatistes d'Afrique disaient à la vérité qu'il fallait être saint pour administrer validement les sacrements; mais ils n'étaient pas venus à cet excès des Vaudois , de donner l'administration des sacrements aux saints laïques comme aux saints prêtres. Si les donatistes d'Afrique prétendirent que les évoques et les prêtres catholiques étaient déchus de leur ministère par leurs crimes, ils les accusaient du moins de crimes effectivement réprouvés par la loi de Dieu. Mais nos nouveaux donatistes se séparent de tout le clergé catholique , et le prétendent déchu de son ordre , à cause qu'il ne gardait pas leur prétendue pauvreté apostolique, qui tout au plus n'était qu'un conseil; car voilà l'origine de la secte, et ce que nous y avons vu tant qu'elle a suhsisté dans sa première croyance. Oui ne voit donc qu'une telle secte n'est au fond qu'une hypocrisie qui nous vante sa pauvreté avec ses autres vertus, et fait dépendre les sacrements non de l'elTicace que leur a donnée Jésus-Christ, mais du mérite des hommes? Et enfin ces nouveaux docteurs, dont les calvinistes prennent leur suite, d'où venaient-ils eux-mêmes, et qui les avait envoyés? Embarrassés de cette demande aussi bien que les protestants, comme eux ils se cherchaient des prédécesseurs : et voici la fable dont ils se payaient. On leur disait que du temps de saint Silvestre, lorsque Constantin donna du bien aux églises, « un » des compagnons de ce Pape n'y voulut pas con- » sentir, et se retira de sa communion en demeu- » rant avec ceux qui le suivirent dans la voie de la » pauvreté; qu'alors donc l'Eglise avait défailli dans » Silvestro et ses adhérents, et qu'elle était demeu- » réc parmi eux'. » Qu'on ne dise point que c'est ici unecalonuiic des ennemis des Vaudois; car nous avons vu que les auteurs qui le rapportent unanimement n'avaient point eu dessein de les calomnier. La fable durait encore du temps de Séyssel. On disait encore au vulgaire, que « cette secte avait pris » son commencement d'un certain Léon , homme » très-religieux , du temps de Constantin le Grand , » qui détestant l'avarice de Silvestre, et l'excessive » largesse de Constantin, aima mieux suivre la » [tauvreté et la simplicité de la foi, que d'être avec » Silvestre souille d'un gras et riche bénéfice; au- » quel se seraient joints tous ceux qui sentaient » bien de la foi'''. » On avait persuadé à ces ignorants (juc c'était de ce faux Léon que la secte des Uamislex avait pris son nom et sa naissance. Les chrétiens veulent voir une suite dans leur doctrine cl dans leur Eglise. Les protestants se rcnonnnent des Vaudois, les Vaudois de leur prétendu compa-
I. Ren., ibid., c. i, 5, p. 749; Pylial., c. i, p. 779; Fragm. P'jlicd., p. 815, 816, etc. — 2. Séi/ss., f. 5.
gnon de saint Silvestre; et l'un et l'autre est également fabuleux.
CX.W^ Les calvinistes n'ont aucim aute%ir du temps qui favorise leur prétention sur les Vaudois. — Ce ([u'il y a de véritable dans l'origine des Vaudois est qu'ils tirèrent le motif de leur séparation de la dotation des Eglises et des ecclésiastiques, contraires à la pauvreté qu'ils prétendaient que Jésus-Christ exige de ses ministres. Mais comme celle origine est absurde , et que d'ailleurs elle n'accommode pas les protestants, on a vu ce que Paul Perrin en a raconte dans son Histoire des Vaudois. Il nous a fait de Valdo un des hommes des phcs courageux pour s'opposer à la présence réelle en l'an 1 IGO '. Mais produit-il quelque auteur qui confirme ce qu'il en a dit? Il n'en produit pas un seul : ni Aubertin, ni la Roque, ni Gappel, ni enfin aucun prolestant ou d'Allemagne ou de France , n'ont produit ni ne produiront jamais aucun auteur, ni du temps, ni des siècles suivants, trois là quatre cents ans durant, qui ait donné aux Vaudois l'origine que cet historien pose pour fondement de son histoire. Les calholiques , qui ont tant écrit ce que Bérenger et les autres ont dit contre la présence réelle, ont-ils du moins nommé Valdo parmi ceux qui s'y sont opposés. Pas un seul n'y a pensé. Nous avons vu qu'ils ont dit tout autre chose de Valdo. Mais pourquoi l'auraient-ils épargné seul? Quoi! cet homme, qu'on nous fait si courageux à s'opposer au torrent, cachait-il tellement sa doctrine que personne ne se soit jamais aperçu qu'il ail combattu un article de cette importance? Ou Valdo était-il si redoutable, qu'aucun catholique n'osi'it l'accuser de celte erreur en l'accusant de tant d'autres? Un historien qui commence par un fait de cette nature , et qui le pose pour fondement de son histoire, de quelle créance est-il digne? Cependant Paul Perrin est écoulé comme un oracle dans le calvinisme , tant on y croit aisément ce qui favorise les ijréjugés do la secte.
CXXVI. Litres vaudois produits par Perrin. — Mais au défaut des auteurs connus, Perrin produit pour toutes preuves quelques vieux livres des Vaudois écrits à la main, qu'il prétend avoir recouvrés; entre autres un volume où était « un livre de l'An- » lechrist en date de onze cent vingt, et en ce môme » volume, plusieurs sermons des barbes vaudois '•'. » Mais il est déjà bien certain qu'il n'y avait ni Vaudois ni Barbes en l'an 1120, puisque Valdo, selon Perrin même, n'est venu qu'en 1160. Ce mol de Barije n'est connu parmi les Vaudois pour signifier leurs docteurs, que plusieurs siècles après, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on ne peut faire passer tous ces discours pour être de onze cenl vingt. Perrin se réduit aussi à conserver celte date au seul discours sur l'Anlcchrisl, qu'il espère par ce moyen, pouvoir attribuer à Pierre de Pu'uis, ipii vivait environ en ce temps-là, ou à qucli]ues-uns de ses disciples. Mais la date étant à la lête, semble devoir être commune, et par consé(|uent Irès-fausse pour le premier, comme elle l'est visiblement jiour les autres. Et d'ailleurs ce traité sur l'Anlechrisl, qu'on prétend être de 1100, n'est point d'un autre
1. Hist. des Vaudois, c. i. — 2. Ilist. des Vaudois, t. i, c. 7, p. 57; ilisl. des Vaudois et AUnrjeois, III. pnrt.,l. m, c. i, p. 353.