LIVRE XI. — HISTOIRE DES ALRIGEOIS, DES VAUDOIS, ETC
remarque un caraclère bien parliculier de ces faux paus'res'. Ils n'allaient point comme un saint Bernard, comme un saint François, comme les autres prédicateurs apostoliques, attaquer au milieu du monde les impudiques, les usuriers, les joueurs, les blasphémateurs , et les autres pécheurs publics, pour tâcher de les convertir. Ceux-ci au contraire, s'il y avait dans les villes ou dans les villages des gens retirés et paisibles , c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaient avec leur simplicité apparente. A peine osaient-ils élever la voix, tant ils étaient doux ; mais les mauvais prêtres et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis; une satire subtile et impitoyable prenait la forme de zèle; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris ; et transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient encore devenir plus gens de bien en devenant hérétiques : ainsi tout se corrompait. Les uns étaient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paraissaient dans le monde de tous cotés : le démon prenait les simples d'une autre manière ; et par une fausse horreur des méchants, il les aliénait de l'Eglise , où l'on en voyait tous les jours croître le nombre.
CXLV. Eminente sainteté dans l'Eglise catholique. Saint Bernard. — Il n'y avait rien de plus injuste; puisque l'Eglise, loin d'approuver les désordres qui donnaient lieu aux révoltes des hérétiques, les détestait par tous ses décrets, et nourrissait en même temps dans son sein des hommes d'une sainteté si eminente, qu'auprès d'elle toute la vertu de ces hypocrites ne paraissait que faiblesse. Le seul saint Bernard, que Dieu suscita en ce temps-là avec toutes les grâces des prophètes et des apôtres pour combattre les nouveaux hérétiques, lorsqu'ils faisaient de plus grands efforts pour s'étendre en France , sulTisait pour les confondre. C'était là qu'on voyait un esprit vraiment apostolique, et une sainteté si éclatante, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs; de manière qu'il y en eut, qui en damnant insolemment les saints docteurs, exceptaient saint Bernard de cette sentence-, et se crurent obligés à publier, qu'à la lin il s'était mis dans leur parti , tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. Parmi ses autres vertus, on voyait reluire et dans lui et dans ses frères les saints moines de Cîteaux et de Clairvaux, pour ne point parler des autres, cette pauvreté apostolique dont les hérétiques se vantaient ; mais saint Bernard et ses disciples, pour avoir porté cette pauvreté et la mortification chrétienne à sa dernière perfection, ne se glorifiaient pas d'être les seuls qui eussent conservé les sacrements , et n'en étaient pas moins obéissants aux supérieurs même mauvais, distinguant avec Jésus-Christ les abus d'avec la chaire et la doctrine.
CXLVI. Aigreur et présomption des hérétiques. — On pourrait compter dans le même temps, de très-grands saints , non-seulement parmi les évoques , parmi les prêtres , parmi les moines , mais encore dans le commun peuple, et même parmi les princes, et au milieu des pompes du monde : mais les hérétiques ne voulaient voir que les vices , afin