LIVRE XI. - HISTOIRE DES ALBIUIIOIS, DES VAUDOIS, ETO
Jean, l'Eglise romaine était devenue la prostituée et la Babylone'. Jean Hus, disciple de Wiclef , a mérité les mômes honneurs, puisqu'il a si bien suivi son maître dans cette doctrine.
CLXIII. Jean Hus dit la messe, et n'a point d'autre sentiment sur l'Eucharistie que ceux de l'Eglise romaine. — Il l'avait abandonné dans d'autres chefs. Autrefois on a disputé de ses sentiments sur l'Eucharistie : mais la question est jugée du consentement des adversaires, depuis que M. de la Roque, d;ins son Histoire de l'Eucharistie^, a fait voir par les auteurs du temps , par le témoignage des premiers disciples de Hus , et par ses propres écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine, sans en excepter un seul, si ce n'est la communion sous les deux espèces; et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu'tà la mort. Le même ministre démontre la même chose de Jérôme de Prague, disciple de Jean IIus : et le fait est incontestable.
CLXIV. Pourquoi on a doute' de la doctrine de Jean Hus. — Ce qui faisait douter de Jean Hus était quelques paroles qu'il avait inconsidérément proférées , et qu'on avait mal entendues , ou qu'il avait rétractées. Mais ce qui le fit plus que tout le reste tenir pour suspect en celte matière, c'étaient les louanges excessives qu'il donnait à Wiclef, ennemi de la transsubstantiation. Wiclef était en effet le grand docteur de Jean Hus , aussi bien que de tout le parti des Hussites : mais il est constant qu'ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue, et qu'ils tâchaient de l'expliquer, comme faisait aussi Jean Hus, à qui Rudiger donne la louange « d'avoir adroitement explique, et coura- « geusement défendu les sentiments de Wiclef^. » On demeurait donc d'accord dans le parti , que Wiclef, qui, à vrai dire, en était le chef, avait bien outré les matières, et avait grand besoin d'être explique. Mais quoi qu'il en soit, il est bien constant que Jean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin, et n'a jamais discontinué de dire la messe tant qu'il a pu.
CLXV. Jean Hiis catholique en tout dans les points controversés, excepté la communion sous les deux espèces, et le Pape. — M. de la Roque le jeune soutient fortement les sentiments de son père; et il est même assez sincère pour avouer « qu'ils déplaisent à bien des gens du parti, et sur- » tout au fameux M... qui n'aimait pas d'ordinaire » les vérités qui avaient échappé à ses lumières''. » Tout le monde sait que c'est M. Claude, dont il supprime le nom. Mais ce jeune auteur pousse ses recherches plus avant que n'avait fait encore aucun protestant. Personne ne peut plus douter, après les preuves qu'il rapporte^, que Jean Hus n'ait prié les saints, honoré leurs images, reconnu le mérite des œuvres, les sejjt sacrements, la confession sacramentale et le purgatoire. La dispute roulait principalement sur la communion sous les deux espèces; et ce qui était le plus important, sur cette damnable doctrine de Wiclef, que l'autorité, et surtout l'autorité ecclésiastique se perdait par le péché';
I. Wif., l. IV, c. 1, etc. — 2. //. part., c. 19, p. 481. — 3. Rudig., narr., p. 153. — 4. Nouv. ucc. cont.\ Varil., p. H8 et suiv. — 5. Idem, p. 140 , 150, 158 et suiv. — 6. Conc. Const., Sess. ^v,prop. 11, 12, 13, etr.
car Jean Hus soutenait dans cet article , des choses aussi outrées que celles que Wiclef avait avancées; c'est de là qu'il lirait ses pernicieuses conséquences.
CLXVI. Que tout est bon aux protestants, pourvu qu'on crie contre le Pape. — Si avec une semblable doctrine, et encore en disant la messe tous les jours jusqu'à la fin de sa vie, on peut être non-seulement un vrai fidèle , mais encore un saint et un martyr, comme tous les protestants le publient de Jean Hus, aussi bien que de son disciple Jérôme de Prague, il ne faut plus disputer des articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier contre le Pape et l'Eglise romaine : mais surtout si l'on s'emporte avec Wiclef et Jean Hus jusqu'à appeler cette Eglise, l'Eglise de l'Antéchrist, cette doctrine est la rémission de tous les péchés, et couvre toutes les erreurs.
CLXVII. Les taborites. — Revenons aux frères de Bohême, et voyons comme ils sont disciples de Jean Hus. Incontinent après sa condamnation et son supplice, on vit deux sectes s'élever en Bohème sous son nom; la secte des calixtins et la secte des taborites : les calixtins, sous Roquesane, qui, du commun cunsentemenl de tous les auteurs catholiques et protestants, fut, sous prétexte de réforme, le plus ambitieux de tous les hommes : les taborites , sous Zisca , dont les actions sanguinaires ne sont pas moins connues que sa valeur et ses succès. Sans nous informer de la doctrine des taborites, leurs rébellions et leur cruauté les ont rendus odieux à la plupart des protestants. Des gens qui ont porté le fer et le feu dans le sein de leur patrie vingt ans durant, et qui ont laissé pour marque de leur passage, tout en sang et tout en cendres, ne sont guère propres à être tenus pour les principaux défenseurs de la vérité, ni à donner à des Eglises une origine chrétienne. Rudiger, qui seul de sa secte, faute d'avoir trouvé mieux, a voulu que les frères bohémiens descendissent des taborites' , demeure d'accord que Zisca , « poussé par ses inirai- » tiés particulières, porta si loin la haine qu'il » avait contre les moines et contre les prêtres , que )) non-seulement il mettait le feu aux églises et aux » monastères (où ils servaient Dieu); mais encore » que pour ne leur laisser aucune demeure sur la » terre, il faisait passer au fil de l'épée tous les ha- » bitants des lieux qu'ils occupaient^. » C'est ce que dit Rudiger, auteur non suspect; et il ajoute que les frères, qu'il faisait descendre de ces barbares taborites', avaient honte de cette origine^. En effet, ils y renoncent en termes formels dans toutes leurs Confessions de foi et dans toutes leurs Apologies , et ils montrent même qu'il est impossible qu'ils soient sortis des taborites, parce que dans le temps qu'ils ont commencé de paraître, cette secte abattue par la mort de ses généraux , et par la paix générale des calholiqucs et des calixtins, qui réunirent toutes les forces de l'Etal pour la détruire, « ne fit plus que traîner jusqu'à ce que Po- » giebrac et Roquesane achevassent d'en ruiner les » misérables restes; en sorle , disent-ils, qu'il ne » resta plus de taborites dans le monde'' : » ce que Camerarius confirme dans son Histoire''.