CLXVIII. Les calixtins. — L'autre secte, qui se
1. De frat. narrai., p. 158. — 3. Idem, p. 155. — 3. Ibid. — 4. Prœf. Confess. 1673, seu de orig. Eccl. Boti. etc., i>ost Hist. Camer. init: prœf. — 5. Pag. 176.
IIISTOIRH DES VMUAÏIONS.
glorifia du nom de Jean llus , fut celle des calixlins, ainsi appelés, i)arce qu'ils croyaienl le calice absolument miccssaire au peuple. Et c'est constamment de cette secte que sortirent les frères en 1457, s(!lon qu'ils le déclarent eux-mêmes dans la prérace de leur Confession de fui de 1558, et encore dans celle de 1572 que nous avons tant de fois citées , où ils parlent en ces termes : « Ceux qui ont fondé » nos églises se séparèrent alors des calixlins par » une nouvelle séparation'; » c'est-à-dire, comme ils rexpli(iucnt dans leur Apologie de 1533, que de même que les calixlins s'étaient séparés de Rome , ainsi les Frères se séparèrent des calixlins- : de sorte que ce fût un schisme et une division dans une autre division et dans un autre schisme. Mais quelles furent les causes de cette séparation? On ne les peut pas bien comprendre sans connaître et la croyance et l'étal où se trouvèrent alors les calixlins. CLXIX. Le CoMP.\cTATUi\i , ou les quatre arlicles accordés par le concile de Belle. — Leur doctrine consistait d'abord en quatre arlicles. Le premier concernait la coupe : les trois autres regardaient la correction des péchés publics et particuliers qu'ils portaient à certains excès; la libre prédication de la parole de Dieu, qu'ils ne voulaient pas qu'on put défendre à personne, et les biens d'église. Il y avait là quelque mélange des erreurs des Vaudois. Ces quatre articles furent réglés dans le concile de liàle d'une manière dont les calixlins furent d'accord, et la coupe leur fut accordée à certaines conditions, dont ils convinrent. Cet accord s'appela Compaclalum , nom célèbre dans l'histoire de Bohème. Mais une partie des Hussiles, qui ne voulut pas se contenter de ces articles , commença, sous le nom des Taborites, ces sanglantes guerres dont nous venons de parler; et les calixlins , l'autre partie des hussiles qui avait accepté l'accord , ne s'y tint pas ; puisqu'au lieu de déclarer, comme on en clail convenu à Bàle, que la coupe n'était pas nécessaire, ni commandée de Jésus-Christ, ils en pressèrent la nécessité, môme à l'égard des enfants nouvellement baptisés. A la réserve de ce point, on est d'accord que les calixlins convenaient de tout le dogme avec l'Eglise romaine; et leurs disputes avec les taborites le font voir. Lydius un ministre de Dordrecht en a recueilli les actes'; el ils ne sont pas révoqués en doute par les protestants.
GLXX. Les calixlins disposés à reconnaîlre le Pape. — On y voit donc que les calixlins ne conviennent pas seulement de la transsubslanlialion, mais encore en tout el partout sur la matière de l'Eucharistie, de la doctrine et des praliciues reçues dans l'Eglise romaine, à la réserve de la communion sous le.s\leux espèces ; cl pourvu que le Pape l'accord;M, ils étaient prôls à reconnailre son autorité'. CLXXl. D'où vient donc qu'ils respectaient tant la mémoire de Wiclcf. — On pourrait ici demander d'où vient donc qu'avec de tels sentiments ils conservaient tant de respect pourWiclef, qu'ils appelaient aussi bien que les talioriles le docteur ôvangélique par excellence^? C'est en un mot, qu'on ne
1. Le frat. narrât., p. 267. Prœf. Boh. Conf. I55S; Synl., Gen. p. 164.— 2. ApoL, frat. i ; /. part., ap. Lyd., t. l!,p. 129. — 3. Lyd. Valdens., t. i; Roiero 1616. — 4. Syii. Prag. an. H31. ap. Lyd., p. 304, et an. 1134; Ibid.,p. 332,354. —5. Msp. ciim Rohys., Cnn. 15. Ant. (cet., tom. m, //. part.
trouve rien de régulier dans ces sectes séparées. Quoique Yiclef eût parlé avec tout remporlement pussilile contre la doctrine de l'Eglise romaine , et en particulier contre la transsubstantiation, les calixlins l'excusaient, en répondant que ce qu'il avait dit contre ce dogme, il ne l'avait pas dit décisiveiiient, mais scholastiquement' , comme on parlait, c'est-à-dire [lar manière de dispute ; et on peut juger par là combien ils trouvaient de facilité à justilier, quoi qu'on leur pût dire, un auteur dont ils étaient entêtés.
CLXXII. L'ambition de Roquesane et des calixlins empêche leur réunion avec l'Eglise. — Ils n'en étaient pas moins bien disposés à reconnaître le l'ape ; et les seuls intérêts de Roquesane empêchèrent leur réunion. Ce docleuravait lui-même ménagé raccommodement , dans l'espérance qu'il avait conçue, qu'après un si grand service, le Pape se porterait aisément à le pourvoir de l'archevêché de Prague, qui était l'objet de ses vceux^. Mais le Pape , qui ne voulait pas commettre les âmes et le dépôt de la foi à un homme si factieux, donna cette prélature à Budovix , autant supérieur à Rociuesanc en inérile qu'en naissance. Tout manqua |)ar cet endroit. La Bohême se vil replongée dans des guerres plus sanglantes que toutes les précédentes : Roquesane, malgré le Pape, s'érigea en archevêque de Prague , ou plutôt en Pape dans la Bohême ; et Pogiebrac qu'il éleva par ses intrigues à la royauté ne lui pouvait rien refuser.
CLXXIII. Origine des frères de Bohème qui se séparent de Roquesane et des calixlins. — Durant ces troubles, des gens de métier qui commençaient à gronder dès le règne précédent, se mirent plus que jamais à parler entre eux de la réforme de l'Eglise. La messe, la transsubstantiation, la prière pour les morts, les honneurs des saints , et surtout la puissance du Pape les choquait. Enfin ils se plaignaient que les calixlins romanisaient en tout et partout, à la réserve de la coupe^. Ils entrcprirenl de les corriger. Roquesane irrité contre le Saint-Siège, leur parut un instrument propre à entreprendre cette atïairc. Rebuté par ses superbes réponses qui ne respiraient que l'amour du monde, ils lui reprochèrent son ambition; qu'il n'élait qu'un mondain, et qu'il les abandonnerait plutôt que ses honneurs''. En même temps ils mirent à leur tête un Kclesiski, maître cordonnier, qui leur lit un corps de doctrine qu'on appela les formes de Kclesiski. Dans la suite ils se choisirent un pasteur nommé Matthias Convalde, homme laïque el ignorant; et en l'an 1467, ils se séparèrent publiquement des calixlins , comme les calixlins avaient fait de Rome. Telle a été la naissance des frères de Bohème; et voilà ce que Camerarius , el euxmêmes, tant dans leurs Annales que dans leurs Apologies el dans les préfaces de leurs Confessions de foi, nous racontent de leur origine; si ce n'est qu'ils mi'ltenl leur séparation en 1457; cl il me paraît plus net de lametlre dix ans après en 14(57, dans le temps qu'ils marquent cux-môraes la créalion de leurs nouveaux pasteurs.