CLXXIV. Faibles commencements de cette secte
1. Lisp. cum. lioki/s., Can. 15. Ant. Irct., tom. m, II. part. ,p. 472. — 2. Camer., lùst. narr.ApoL, frat., p. 115, etc. — 3. Apol. 1,5,32, /. part.— 4. Cnmer., de Ecoles, frai., p. 67, 84, etc.; Apol. frat. 1532, /. jiarl.
LIVI'.I'; M.
lllSTdDlE DES ALBIGEOIS, DES VAL'DOIS, ETC.
— Je trouve ici un peu de contradiclion entre ce (|u'iis racontent de leur histoire dans leur Apologie de 1532, et ce qu'ils en disent dans la préface de 1572 : car ils disent dans cette préface qu'en 1457, dans le temps qu'ils se séparèrent d'avec les calixtins, ils étaient un peuple ramassé de toutes sortes de conditions' : et dans leur Apologie de 1532 où ils étaient un peu moins tiers, ils reconnaissent franchement qu'ils étaient ramassés du menu peuple et de quelquiis prêtres bohémiens en petit nombre , tous ensemble un très-jjetit nombre de gens, petit reste cl méprisables ordures, ou, comme on voudra traduire, miserabiles quisquiliœ, laissées dans le monde par Jean Hus-. C'est ainsi qu'ils se séparèrent des calixtins, c'est-à-dire des seuls hussites qui fussent alors. Voilà comme ils sont disciples de Jean Hus : morceau rompu d'un morceau; schisme séparé d'un schisme; hussites divisés des hussites, et qui n'en avaient presque retenu que la désobéissance et la rupture avec l'Eglise romaine.
GLXXV^ Ils ne prenaient que le nom de Jean Hus , et n'en suivaient pas la doctrine. Si on demande comment ils pouvaient reconnaître Jean Hus, comme ils font i)arlout, jjour un docteur évangélique, pour un saint martijr, pour leur maître, et pour l'apôtre des Bohémiens, et en môme teuqjs rejeter comme sacrilège la messe que leur apôtre avait dite constamment jusqu'à la fin, la transsubstantiation et les autres dogmes qu'il avait toujours retenus; c'est qu'ils disaient que Jean Hus n'avait fait que commencer le rétablissement de l'Ecanf/ile; et ils voulaient croire qu'il aurait bien changé d'autres choses, si on lui en eût laissé le temps^. En attendant il ne laissait pas d'être martyr et apôtre , encore qu'il persévérât dans des pratiques si damnables selon eux; et les frères en célébraient le marlyredans leurs églises le huitième juillet, comme nous l'apprenons de Rudiger''.
CLXXVI. Leur extrême ignorance, et leur audace « rebaptiser toute la terre. — Camerarius demeure d'accord de leur extrême ignorance, et fait ce qu'il peut pour l'excuser. Ce qui est de Ijieu certain, c'est que Dieu ne fit pas des miracles pour les éclairer. Tant de siècles après que la question du baptême des hérétiques avait été si bien éclaircie du commun consentement de toute l'Eglise, ils furent si ignorants, qu'ils rebaptisèrent tous ceux qui venaient à eux des autres Eglises^. Ils persistèrent cent ans durant dans cette erreur, comme ils l'avouent dans tous leurs écrits; et ils reconnaissent tians la préface de 1558 qu'il n'y avait que très-peu de temps qu'ils en él;iient revenus". Il ne faut pas s'imaginer que ce fût une erreur médiocre, puis(|ue c'était dire que le baptême était perdu dans toute l'Eglise, et ne restait ([ue parmi eux. C'est ce qu'osèrent penser deux ou trois mille hommes, plus ou moins, également révoltés et contre les calixtins parmi lesrjuels ils vivaient, et contre l'Eglise romaine dont ils s'étaient séparés les uns et les autres trente ou (piarante ans auparavant. Une si petite
1. De orirj. Eccl. ISok. post. hist. Camer., p. 267. — 2. /. pari., Apot. Lyd., t. S21 cl 222, 232, elc. — 3. .\pol. 1532, /. pan., alu Lyd., l. n.p. IIU, 117, US, elc. — 4. Rudiy. narr. post. Cum., lîist., p. 151. — 5. Cnmcr., Hist. narr., p. 102. -- 6. Praf. Apol. 1.538, ap»ii. Lyd., l. il, ji. 105; Ihid., Apol.,p. IV, p. 274; ConI'. lid. 155S, art. 12 Si/nl. Geii., p. 1U5; Ibid.., p. 170.
parcelle d'une autre parcelle, détachée depuis si peu d'années de l'Eglise catholique, osait rebaptiser tout le reste de l'univers, et réduire tout l'héritage de Jcsus-Ghr,ist à un coin de la Bohême. Ils se croyaient donc les seuls chrétiens, puisqu'ils se croyaient les seuls baptisés; et quoi qu'ils aient pu dire pour se défendre de ce crime , leur rebaptisation les en convainquait. Pour toute excuse , ils répondaient que s'ils rebaptisaient les catholiques, les catholiques aussi les rebaptisaient. Mais on sait assez que l'Eglise romaine n'a jamais rebaptisé ceux qui avaient été baptisés par qui que ce fut au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; et quand il y aurait eu dans la Bohême des catholiques assez ignorants pour ne savoir pas une chose si triviale , ceux qui se disaient leurs réformateurs ne devaientils pas en savoir davantage? Après tout comment ces nouveaux rebaptiseurs ne se firent-ils pas rebaptiser eux-mêmes .î' Si lorsqu'ils vinrent au monde le Baptême avait cessé dans toute la chrétienté, celui qu'ils avaient reçu ne valait pas mieux que celui des autres ; et en cassant le Baptême de ceux qui les avaient baptisés, que pouvait devenir le leur'? Ils devaient donc aussitôt se faire rebaptiser, que de rebaptiser le reste de l'univers; et il n'y avait à cela qu'un inconvénient : c'est que, selon leurs [irincipes, il n'y avait plus personne sur la terre qui leur [jùt rendre cet ollice, jjuisque le Baptême de quelque côté qu'il put venir, était également nul. Voilà ce que c'est d'être réformés de la façon d'un cordonnier, qui de leur aveu , dans une préface de leur Confession de foi', ne sut jamais un mot de latin , et qui n'était pas moins présomptueux qu'ignorant. Voilà les hommes qu'on admire parmi les protestants. S'agit-il de condamner l'Eglise romaine? Ils ne cessent de lui reprocher l'ignorance de ses prêtres et de ses moines. S'agit-il des ignorants de ces derniers siècles, qui ont prétendu réformer l'Eglise par le schisme? Ce sont des pécheurs devenus apôtres; encore que leur ignorance demeure marquée éternellement dès le premier pas qu'ils ont fait. N'importe; si nous en croyons les luthériens, dans la préface qu'ils mirent à la tête de l'Apologie des frères, en rim[)rimant à Wittemberg du temps de Luther; si, dis-je, nous les en croyons, c'était dans cette ignorante société et dans cette poignée de gens que « l'Eglise de Dieu s'était con- » servée, lorsqu'on la croyait tout à fait perdue^. » CLXXVII. Leurs vaines enquêtes à chercher dans tout l'univers qiielque Eglise de leur croyance. — Cependant ces restes de l'Eglise, ces dépositaires de l'ancien christianisme, étaient eux-mêmes honteux de ne voir dans tout le monde, aucune Eglise de leur croyance. Camerarius nous apprend^ qu'au commencement do leur séparation il leur vint en la pensée de s'informer s'ils ne trouveraient point en quelque endroit de la terre , et principalement en Crêce ou en Arménie, ou quelque part en Orient, le christianisme que l'Occident avait perdu tout à fait dans leur pensée. En ce temps plusieurs ]irè- Ires grecs qui s'étaient sauvés du sac de Constanlinople en Bohême , et que Boquesane y avait reçus dans sa maison , eurent permission de célébrer les
1. Conf. fîd. 155S, Synl. Ge»., II. part. 164. — 2. Joun. Eiisleh. in oral, prœ/ixd Apol. frai. Sub hoc titulo : Œconomia , fie, ap. Lyd., t. ii, p. 'X>. — 3. De Eccl. frat., p. 91.
IIISTOIKK l)i:S VAi;i.\TI()NS.
saillis lUYslprcs selon leur ril. Les Ircrcs y virent leur couduumalion, cl la virenl encore plus dans les enlreliens qu'ils eurent avec ces prêtres. Mais (pioique ces Grecs les eussent assurés ([n'en vain ils iraient en Grèce y chercher des chrétiens à leur inoile, et qu'ils n'en Irouvcraient jamais; ils nomuiérent des dé|>Mlôs, gens habiles et avisés, dont les uns coururent tout l'Orient , d'autres allèrent du C(5lé du Nord dans la Moscovic , et d'autres prirent leur route vers la Palestine et l'Egypte; d'où s'ôlant rejoints à Gonslanlino|ile selon le projet qu'ils en avaient l'ail, ils revinrent enfin en Bohême dire à leurs frères pour toute réponse, qu'ils se pouvaient assurer d'être les seuls de leur croyance dans toute la terre.
CLXXVIII. Comment ils recherchaient Vorclination dans l'Eglise catholique. — Leur solitude dénuée de la succession et de toute ordination légitime leur fit tant d'horreur, qu'encore du temps de Luther ils envoyaient de leurs gens qui se coulaient furtivement dans les ordinations de l'Eglise romaine : un traité de Luther, que nous avons cité ailleurs, nous l'apprend. Pauvre Eglise, qui, destituée du principe de fécondité que Jésus-Christ a laissé à ses apôtres et dans l'ordre apostolique, était contrainte de se mêler parmi nous pour y venir mendier ou plutôt dérober des ordres.
CLXXIX. Reproches que leur fait Luther. — Au reste, Luther leur reprochait qu'ils ne voyaient goutte non plus que Jean Hus dans la Justitication, qui était le point principal de l'Evangile : car « ils » la mettaient, poursuit-il', dans la foi et dans les » œuvres ensemble, ainsi qu'ont fait plusieurs Pè- » res; et-Jean Hus était jdongé dans cette opinion. » Il a raison : car ni les Pères, ni Jean Hus, ni Wiclef son maître, ni les orthodoxes, ni les hérétiques, ni les Albigeois, ni les Vaudois , ni aucun autre, n'avaient songé avant lui à la justice iinputative. C'est pourquoi il méprisait les frères de Bohème, « comme des gens sérieux, rigides, d'un » regard farouche, qui se martyrisaient avec la loi » et les œuvres, et qui n'avaient pas la conscience » joyeuse^. » C'est ainsi que Luther traitait les plus réguliers à l'extérieur de tous les réformateurs schisniatiques, et les seuls restes de la vraie Eglise, à ce qu'on disait. Il fut bientôt satisfait : les frères outrèrent la justitication luthérienne, jusqu'à donner aveuglément dans les excès des calvinistes , et même dans ceux dont les calvinistes d'aujourd'hui l;\chent de se défendre. Les luthériens voulaient que nous fussions justiliés sans y coopérer, et sans y avoir part. Les frères ajoutèrent que c'était nicme « sans le savoir et sans le sentir, comme un » embryon est vivilié dans le ventre de sa mère'. » Après qu'on élait régénéré, Dieu commençait à se faire sentir : el si Luther voulait qu'on connut avec certitnile sa justilicalion , les frères voulaient encore qu'on fût mlièrcment et indubitablement assuré de sa persévérance et de son salut. Ils poussèrent l'imputation de la justice jusqu'à dire que les péchés, quelque moi-mes qu'ils fussent, étaient véniels, ])ourvu qu'on les commit ai:ec répurjnance'' ; et que c'était do ces péchés que saint Paul disait, qu'ii
1. Luth, coll., p. 2S6; cilil. Franc, an. 167G. -- 2. Tdem. — 3. Apol., part. IV, ap. Ltjl., t. ii . p. 214, 248. — 4. Idem, II. part., p. 172, l'.'î; IV. part., p. 'iii; Ibid., part. Il, p. ItiS.
n'y avait point de damnation pour ceux qui étaient en Jésus-Christ '.
GL.\.\X. Leur doctrine sur les sept sacrements. — Les frères avaient comme nous sept sacrements dans la Confession de 1504, présentée au roi Ladislas. Ils les prouvaient i)ar les Ecritures, et ils les reconnaissaient établis pour l'accomplissement des promesses que Dieu amit faites aux fidèles'^. Il fallait qu'ils conservassent encore cette doctrine des sept sacrements du temps de Luther, puisqu'il le trouva mauvais. La Confession de foi fut réformée, et les sacrements réduits à deux , le Baptême et la Cène, comme Luther l'avait prescrit. L'absolution fut reconnue, mais hors du rang des sacrements'. En 1504, on parlait do la confession des péchés comme d'une chose d'obligation. Celte obligation ne parait i)lus si précise dans la Confession réformée, et on y dit seulement « qu'il faut demander » au prêtre l'absolution de ses péchés par les clefs » de l'Eglise, et en obtenir la rémission par ce mi- » nistère établi de Jésus-Christ pour cette fin\ »
CLXXXI. Sur la présence réelle. — Pour la présence réelle , les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens liguré ont également tâché de tirera leur avantage les Confessions de foi des bohémiens. Pour moi, à qui la chose est indifférente, je rapporterai seulement leurs paroles; et voici d'abord ce qu'ils écrivirent à Roquesane, comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apologie '. « Nous » croyons qu'on reçoit le corps et le sang de Notre » Seigneur sous les espèces du pain et du vin. » El un peu après : « Nous ne sommes pas de ceux qui » entendent mal les paroles de Notre Seigneur, » disent qu'il a donné le pain consacré en mémoire » de son corjis, qu'il montrait avec le doigt, en » disant : Ceci est mon corps. D'autres disent que » ce pain est le corps de Notre Seigneur qui est » dans le ciel, mais en signification. Toutes ces )i exiilications nous paraissent éloignées de l'inten- » lion de Jésus-Christ , et nous déplaisent beau- » coup. »
CLXXXH. Suite.— Dans leur Confession de foi de 1504, ils parlent ainsi "^ : Toutes Icsfois « qu'undigne » prètreavecun [leuple fidèle, prononce ces paroles : » Ceci est mon corps, ceci est mon sang, le pain pré- » sent est le corps de Jésus-Christ qui a été oITert » pour nous à la mort , et le vin est le sang répandu » pour nous ; et ce corps et ce sang sont présents sous » les csi)èces du pain et du vin en mémoire de sa I) mort. » Et pour montrer la fermeté de leur foi, ils ajoutent qu'ils en croiraient autant d'une pierre, si Jésus-Christ avait dit que ce fut son corps '.
CLXXXIH. Ils font dépendre le sacrement du mérite du ministre. — On voit ici le môme langage dont se servent les catholiques : on voit le corps el le sang sous les espèces, incontinent après les paroles; et on les y voit non point en figure , mais en vérité. Ce qu'ils ont de particulier, c'est ([u'ils veulent que ces paroles soient prononcées par un digne prèlre. Voilà ce qu'ils ajoutaient à la doctrine ca-
1. Rom., VIII. 1. — 2. Con/'. fîd. "P- i.V<'-. '■ ", P- 8 et seq. citât, in .Ipol. 1531, np. eumd. Lijd. 296, (. li, len. Gerni., liv. De Pudor., p. 2SS), 230. — 3. Idem, art. Il, 12, 13. — 4. Ihid., art. 5, 14. Prof. fid. ad Lad., cap. de Pœnit. laps. ap. Lyd,, t. II, p. 15, — 5. Apol. 1532, IV. part., ap. Lyd., p. 295. — 0. Prof. fîd. ad Lad., cap. de Euch. ap. Lyd., I. ii, p. 10, citât. Apol., IV. part.. Ibid. 296. — 7. Prof. fid. ad Lad., C"p. de Euch. ap. Lyd. t.ii,p. 12.