‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 360 sur 545 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

» aucune confusion, commixlion ou conjonction qui » soit d'une façon charnelle ni autrement naturelle; » mais une conjonction vraie, très-étroite, et d'une » façon spirituelle, par laquelle Jésus-Christ lui- » même est tellement fait notre , et nous siens, qu'il » n'y a aucune conjonction de corps ni naturelle ni » arlillcielle qui soit tant étroite; laquelle ne tend )) point à cette fm toutefois que de sa substance et » personne, jointe avec nos substances et person- » nés, soit composée quelque troisième personne » et substance; mais seulement à ce que sa vertu, » et tout ce qui est en lui requis h notre salut, nous » soit par ce moyen plus étroitement donné et com- » muniquè : ne consentant avec ceux qui nous di- » sent que nous nous joignons avec tous ses mérites » ET DONS ET AVEC SON ESPRIT Seulement , sans que » lui-même soit nôtre. » Voilà bien des paroles sans rien dire. Ce n'est pas une commixtion charnelle ni naturelle : qui ne le sait pas? Elle n'a rien de commun avec les mélanges vulgaires : la fm en est divine; la manière en est toute céleste, et en ce sens spirituelle : qui en doute? Mais quelqu'un a- t-il jamais seulement songé que de la substance de Jésus-Christ unie à la notre il s'en fit une troisième personne, une troisième substance? Il ne faut point tant perdre de temps à rejeter ces prodiges, qui ne sont jamais entrés dans aucun esprit.

III. Vains efforts du synode pour trouver la substance du corps et du sang da7is la doctrine des Eglises prétendues réformées. — C'est quelque chose de rejeter ceux qui ne veulent participer qu'aux mérites de Jésus-Christ, à ses dons, et à son esprit , sans que lui-même se donne à nous : il ne faudrait qu'ajouter qu'il se donne à nous en la propre et naturelle substance de sa chair et de son sang; car c'est de quoi il s'agit; c'est ce qu'il faut expliquer. Les catholiques le font très-nettement ; car ils disent que Jésus-Christ en prononçant : Ceci est mon corps , le même qui a été licré pour tous; ceci est mon sang , le même quia été répandu pour vous ', en désigne non la ligure , mais la substance, laquelle en disant prenez, il rend toute notre, n'y ayant rien qui soit plus à nous que ce qui nous est donné de cette sorte. Cela parle, cela s'entend. Au lieu de s'expliquer ainsi nettement et précisément, nous allons voir nos ministres se perdre en vagues discours, et entasser passages sur passages sans rien conclure. Reprenons où nous avons fini : voici ce qui se présente : « Ne consen- ') tant, poursuivent-ils, avec ceux qui disent que » nous nous joignons avec ses mérites et avec ses » dons et son esprit seulement, ainsi admirant avec » l'apotre, Eph. 5, ce secret supernalurel et incom- >> préhensible à notre raison , nous croyons que » nous sommes faits participants du corps livré » pour nous; que nous sommes^/iair de sa chair, » et os de ses os , et le recevons avec tous ses dons " avec lui par foi engendré en nous par l'efficace et ■> vertu incompréhensible du Saint-Esprit; en en- ') tendant ainsi ce qui est dit : Qui mange la chair et » boit le sang a la vie éternelle; item, Christ est le 0 cep, et nous les sarments, et qu'il nous fait de- « meurer en lui afin de porter son fruit , et que " nous sommes membres de son corps , de sa chair

I. Mallli., XXVI. 2(5, 28 ; Luc, xxii. 19, 20; /. Coi-., xi. 24.

» et de ses os. » On craint assurément d'être entendu, ou plutôt on ne s'entend pas soi-même quand on se charge de tant de paroles inutiles , de tant de phrases enveloppées , de tant de passages confusément entassés. Car enfin, ce qu'il faut montrer c'est le tort qu'ont ceux qui ne voulant reconnaître dans l'Eucharistie que la communication des mérites et de l'esprit de Jésus-Christ, rejettent de ce mystère, la propre substance de son corps et de son sang. Or c'est ce qui ne parait dans aucun de ces passages entassés. Ces passages concluent seulement que nous recevons quelque chose découlée de Jésus-Christ poumons vivifier comme les membres reçoivent du chef l'esprit qui les anime; mais ne concluent nullement que nous recevions la propre substance de son corps et de son sang. Il n'y a aucun de ces passages, à la réserve d'un seul, c'est-à-dire, celui de saint Jean VI, qui regarde l'Eucharistie; et encore celui de saint Jean VI ne la regarde-t-il pas, si nous en croyons les calvinistes. Et si ce passage bien entendu montre en effet dans l'Eucharistie la propre substance de la chair et du sang de Jésus-Christ, il ne la montre plus de la manière qu'il est ici employé par les ministres; puisque tout leur discours se réduit enfin à dire , que nous recevons Jésus-Christ avec tous ses dons avec lui par foi engendré en nous. Or Jésus-Christ par foi engendré en nous n'est rien moins que Jésus-Christ uni à nous en la propre et véritable substance de sa chair et de son sang; la première de ces unions n'étant que morale , faite par de pieuses affections de l'âme; et la seconde étant physique , réelle et immédiate de corps à corps et de substance à substance : ainsi ce grand synode n'explique rien moins que ce qu'il veut expliquer.

IV. Erreur du syiwde , gui cherche le mystère de l'Eucharistie, sans en produire l'institution. — Je remarque dans ce décret que les calvinistes, ayant entrepris d'expliquer le mystère de l'Eucharistie, et dans ce mystère, la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ qui en est le fond , nous allèguent toute autre chose que les paroles de l'institution : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; car ils sentent bien qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps et du sang, c'est faire clairement paraître que le dessein de Notre Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang, non point en figure ni même en vertu; mais en eiret, en vérité et en substance. Ainsi cette substance sera non-seulement par la foi dans l'esprit et dans la pensée du fidèle , mais en efl'et et en vérité sous les espèces sacramentelles où Jésus-Christ la désigne , et par là même dans nos corps où il nous est ordonné de la recevoir, afin qu'en toutes manières nous jouissions de notre Sauveur et partioipions à notre victime.

V. Raison du synode pour établir la substance. On conclut que l'autre opinion est contraire à la parole de Dieu. — Au reste , comme le décret n'avait allégué aucun passage qui établît la propre substance dont il était question, mais plutôt qu'il l'avait exclue en ne montrant Jêsu.s-Christ uni f[ue par foi, on revient enfin à la substance par les paroles suivantes : « Et de fait, ainsi que nous tirons » notre mort du premier Adam, en tant que nous » participons à sa substance ; ainsi faut -il que

lIISTOinR DES VARIATIONS.

1) nous parlicipinns vraiment nu second Adam , .16- » sus-Chrisl, alin d'en lirer notre vie. Partant seront » tous pasteurs , et f^énéralement tous lidèles ex- » liortés à. ne donner aucun lieu aux opinions con- » traires à ce que dessus, qui a fondement exprès

» EN L.\. PAROLE DE DiEU.

VI. Le synode dit plus qu'il ne veut. — Les saints Pères se sont servis de celte comparaison d'Adam pour montrer que Jèsus-Clu'isl devait être en nous autrement que par foi ou par aflection , ou moralement : car ce n'est i)oint seulement par allectiou et par la pensée, qu'Adam et les parents sont dans leurs enfants; c'est par la communication du mi'me sang et de la même substance : et c'est pourquoi l'union que nous avons avec nos parents, et par leur moyen avec Adam d'où nous sommes tous descendus, n'est pas seulement morale, mais physique et substantielle. Les Pères ont conclu de là que le nouvel Adam devait être en nous d'une manière aussi physique et aussi substantielle, alin que nous puissions lirer de lui l'immortalité, comme nous tirons la mortalité de notre premier père. C'est aussi ce qu'ils ont trouvé, et bien plus abondamment dans l'Eucharistie que dans la génération ordinaire, puisque ce n'est pas une portion du sang et de la substance; mais que c'est toute la substance et tout le sang de Noire Seigneur Jésus-Christ qui nous y est communiqué. Dire maintenant avec les ministres que cette communication se fasse simplement par foi, c'est non-seuleraenl affaiblir la comparaison, mais encore anéantir le mystère; c'est en ôter la substance : et au lieu qu'elle se trouve plus abondamment en Jésus-Christ qu'en Adam , c'est faire qu'elle s'y trouve beaucoup moins, ou plutôt point du tout.

Vil. Il s'agissait d'un point de doctrine. — C'est ainsi que nos docteurs s'embarrassent, et que plus ils font d'etVorIs pour s'expliquer plus ils jettent d'obscurité dans les esprits. Cependant à travers ces obscurités, on démêle clairement que, parmi les défenseurs du sens figuré, il y avait à la vérité une opinion qui ne voulait dans l'Eucharistie que les dons et les mérites de Jésus-Christ ou tout au plus son esprit, et non pas la propre substance de sa chair et de son sang; mais que cette opinion était expressément contraire a la parole de Dieu , et ne devait trouver aucun lieu parmi les fidèles.

VIII. Les Suisses se croient condamnés dans cette décision. — Il n'est pas malaisé de deviner qui étaient les défenseurs de cette opinion : c'étaient les Suisses, disciples de Zwingle, et les Français, qui en approuvant leur sentiment, voulaient faire réformer l'article. C'est pourquoi on entenilil aussitôt les plaintes des Suisses, (jui crurent voir leur condamnation dans le synode de la Rochelle , et la fraternité rompue; puisque, malgré le tour de douceur qu'on prenait dans le décret, leur doctrine au fond était rojetée comme contraire à la parole de Dieu, avec expresse exhortation à n'y donner aucun lieu parmi les pasteurs et les fidèles.

IX. Le sijnode fait répondre par Rèze, que celte doctrine n'est que pour la France. Les luthériens aussi liicn que les catholiques détestés comme défenseurs d'une opinion monstrueuse. — Ils écrivirent à Bèzo dans cet esprit', et la ré|)onso (|u'on leur lit

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